La France a continué de livrer des armes à la Russie entre 2015 et 2020

D'après une récente enquête, après l'annexion de la Crimée, la France a continué de livrer des armes à la Russie, malgré l'embargo imposé par l'UE.

Livraison d'armes françaises à la Russie
Poutine et Macron à l’Elysée (illustration). (@Belga Image)

Aujourd’hui, de nombreux pays de l’Union européenne apportent une aide matérielle à l’Ukraine en lui fournissant ce dont elle a besoin pour résister à l’envahisseur russe. Médicaments, produits de soin mais surtout équipement militaire.

Ce que l’on ignorait jusqu’il y a peu, c’est que la France a, pendant 5 ans, a très discrètement continué de livrer des armes à la Russie alors que ça lui était interdit. De l’équipement militaire qui permet aujourd’hui aux soldats russes d’envahir l’Ukraine.

En effet, depuis 2014, l’annexion de la Crimée et les tensions russo-ukrainiennes liées aux républiques séparatistes prorusses, l’Union européenne a imposé un embargo : plus question que l’Europe des 28 (à l’époque) vende armes et équipements militaires à la Défense russe. Rien d’étonnant: l’UE ne voulait pas offrir les moyens techniques à Poutine de déclencher une guerre.

Mais comme le révèle le média d’investigation Disclose, la France, sous François Hollande, a préféré exploiter un point de détail de cette règle européenne plutôt que cesser complètement les accords commerciaux qu’elle entretenait avec la Russie.

L’embargo de l’UE n’est pas rétroactif. Cela signifie que tout nouveau contrat de vente d’armement avec la Russie est interdit aux 28 pays, mais que ces derniers peuvent tout à fait respecter leurs engagements conclus auparavant. Ce que la France a continué de faire entre 2015 et 2020, sous François Hollande et Emmanuel Macron.

Caméras, détecteurs…

Toujours selon l’enquête de Disclose, la France a accordé 76 licences d’exportation de matériel de guerre à la Russie sur cette période, pour des contrats d’un montant total de 152 millions d’euros.

Cela comprend principalement de l’équipement technologique de pointes, rendant les véhicules militaires bien plus efficaces, notamment des caméras thermiques pour plus de 1.000 tanks, ainsi des systèmes de navigation et détecteurs infrarouges pour avions et hélicoptères de combat.

Par exemple, la société française Thalès, dont l’Etat est actionnaire principal, a signé deux contrats, l’un en 2007, l’autre en 2012, pour des caméras thermiques permettant aux chars de viser des cibles humaine de très loin ou en pleine nuit. 55 caméras de ces caméras ont été livrées en 2019, bien après le début des tensions entre l’Ukraine et la Russie.

Aujourd’hui, les photos et vidéos diffusés sur les réseaux sociaux par les Russes et les Ukrainiens permettent de voir que les équipements made in France équipent bien les véhicules de guerre de l’armée de Poutine.

Respecter la position

Moralement, ces livraisons d’armes sont discutables, surtout que Macron est un grand défenseur des solutions diplomatiques sur la scène internationale, comme il l’a encore montré dernièrement. Difficile d’avaler que les chars et avions russes sont plus meurtriers grâce à des technologies françaises livrées ces cinq dernières années.

Mais côté législatif, on pourrait se dire que la France n’a pas enfreint de règles. Presque.

La position commune de la Commission européenne (2008) " stipule que les Etats membres doivent refuser les exportations d’armement dès lors qu’elles peuvent provoquer ou prolonger un conflit armé ". Et en 2015, on était déjà un dans un tel scénario.

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