Vladimir Poutine peut-il être classé à l’extrême-droite?

Le président russe entretient une relation troublante avec l'extrême-droite européenne. Des liens très politiques mais aussi idéologiques.

Vladimir Poutine et Marine Le Pen au Kremlin
Vladimir Poutine recevant Marine Le Pen au Kremlin, à Moscou le 24 mars 2017 @BelgaImage

Depuis le début de la guerre en Ukraine et même avant, Vladimir Poutine a un argument pour justifier l’invasion par la Russie du pays voisin. Selon lui, le pouvoir ukrainien serait entre les mains de néo-nazis tyranniques, au point que celui-ci serait responsable de commettre un "génocide". Des affirmations qui sont au centre d’une intense campagne russe de propagande. Car si l’armée ukrainienne a bien recruté des membres du bataillon néo-nazi Azov (qui représentent aujourd’hui 3.500-5000 soldats sur un total de 250.000 militaires), le reste des informations données dans les médias russes relève bien souvent du mythe. Lors des élections ukrainiennes de 2019, le seul parti d’extrême-droite, Svoboda, n’a récolté que 2,15% des voix. La désinformation est également à l’honneur sur les réseaux sociaux avec de multiples contenus falsifiés pour discréditer le président ukrainien, comme le montre au cas par cas l’analyse du journal Le Monde par exemple.

Mais alors qu’il se plaît à évoquer l’extrême-droite ukrainienne, Vladimir Poutine se montre paradoxalement proche de ce spectre idéologique.

Quand le Kremlin soutient l’extrême-droite européenne

L’exemple le plus flagrant du lien entre Poutine et l’extrême-droite, c’est son soutien continu aux partis européens qui s’inscrivent dans cette lignée idéologique. C’est le cas en France avec Marine Le Pen, reçue avec les honneurs au Kremlin durant la campagne présidentielle de 2017. En Italie, c’est Matteo Salvini qui avait ses faveurs et qu’il a rencontré en personne. Cela a d’ailleurs valu au chef de la Lega d’être ridiculisé cette semaine lors de sa visite en Pologne. Le politologue Jean-Yves Camus explique aussi à la RTBF que "le parti AFD en Allemagne et le FPÖ en Autriche ont signé des protocoles d’accord avec Russie Unie", le parti présidentiel russe, et ils ne sont pas les seuls partis d’extrême-droite à se montrer proches de la Russie du Kremlin. Il y a parfois une véritable relation entre eux, parfois même financière.

Mais comme le précise le politologue du Crisp Benjamin Biard, ce soutien de Poutine à l’extrême-droite européenne est surtout une relation intéressée. "Cela lui permettait, si pas de fragiliser l’Union européenne, tout au moins de la déstabiliser, toujours dans une perspective géopolitique, et notamment dans sa relation avec les États-Unis", explique-t-il.

Les idées de Le Pen "proches" de celles de Poutine

Est-ce que cela veut dire que l’alliance entre le Kremlin et ces partis extrémistes sont seulement un concours de circonstance? Pas forcément. C’est ce que révèle par exemple un passage du documentaire "La vengeance de Poutine", diffusé par France 5. Parmi les intervenants, on trouve l’oligarque russe Konstantin Malofeev, l’un des plus proches de Poutine. Voici ce qu’il dit face caméra lorsqu’il est interrogé sur les relations entre le chef d’État russe et la cheffe du Front national français: "Marine Le Pen affiche des valeurs et des idées proches de celles du président Poutine. C’est pourquoi elle est devenue intéressante à ses yeux". Selon lui, la relation entre les deux personnes est donc bien avant tout le fait d’une correspondance idéologique.

Ce n’est d’ailleurs pas la seule preuve de la proximité entre les idées de Vladimir Poutine et celles des partis d’extrême-droite. Plusieurs partis de ce spectre politique ont soutenu les objectifs du président russe, de son opposition aux États-Unis à son aversion pour la communauté LGBT+ en passant par la mise en valeur du christianisme. Parmi ces formations, on trouve notamment Aube Dorée, un parti grec… néo-nazi. Ce dernier était ainsi invité à une grande conférence conservatrice organisée à Saint-Pétersbourg par un parti russe pro-Poutine, Rodina, en 2015. Le parti allemand NPD, lui aussi néo-nazi, était également convié. Lors de cette réunion, des manifestants avaient protesté contre ce rassemblement d’extrême-droite en criant "Non aux nazis". Ils ont été interpelés par la police.

Poutine d’extrême-droite ou pas? Une question de perspective

La Russie de Poutine a donc une attitude très bipolaire sur le néo-nazisme, parfois en se montrant tolérante envers lui, parfois en utilisant au contraire l’argument de se battre contre lui pour envahir un pays comme l’Ukraine. Est-ce que Poutine est d’extrême-droite? Comme le montre la position de Konstantin Malofeev, ses idées pourraient en tout cas chez nous facilement être classée comme telle.

Vu depuis la Russie, c’est une autre histoire car le parti de Vladimir Poutine, Russie unie, n’est pas le plus à droite de l’échiquier politique locale. L’exemple le plus flagrant, c’est le Parti libéral-démocrate de Russie. Connu pour son ultra-nationaliste, il est régulièrement qualifié de fasciste et il s’agit de la quatrième formation la plus représentée à la Douma (la Chambre basse du Parlement russe). Rodina appartient également à cette famille idéologique. Donc pour la population russe, Poutine n’est pas d’extrême-droite.

Le même type de parallèle pourrait être fait avec les USA où Donald Trump est classé à droite, là où il serait en Europe clairement d’extrême-droite. Pour Vladimir Poutine, c’est un peu pareil. Pas étonnant d’ailleurs que les deux hommes se sont montrés assez proches lors de l’élection de l’homme d’affaires américain à la Maison-Blanche. Mais ici, comme le montre le documentaire "La vengeance de Poutine", il s’agissait surtout pour Vladimir Poutine d’une occasion d’affaiblir les États-Unis, voire d’obtenir quelques concessions sur le plan de l’OTAN. Un espoir déçu, l’amitié de Donald Trump pour le chef du Kremlin (qui continue encore aujourd’hui) ne s’étant jamais concrétisé par des mesures politiques claires et nettes.

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