Covid: la France s’apprête à lever l’essentiel des restrictions ce lundi

La France abandonnera ce lundi presque toutes les mesures sanitaires anti-Covid, ce qui suscite toutefois quelques craintes vu le récent rebond épidémique.

Passe sanitaire et masque à Colmar
Pass sanitaire, masque et passeport français à Colmar, le 19 juillet 2021 @BelgaImage

Plus de pass vaccinal, fin presque totale du masque obligatoire… Le gouvernement français s’apprête à lever lundi l’essentiel des restrictions anti-Covid, suivant l’exemple d’autres pays européens malgré de premiers signes de reprise de l’épidémie. Au programme, "la levée de presque l’intégralité des mesures restantes à compter de lundi prochain", a résumé mercredi le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, à la sortie du conseil des ministres.

Deux grandes mesures

Deux ans après le premier confinement anti-Covid, "ces avancées nous les attendions depuis très longtemps, les Français les attendaient, elles marquent un pas décisif", s’est-il félicité, alors que les restrictions avaient déjà été progressivement allégées ces dernières semaines dans un contexte de déclin de l’épidémie.

L’étape de lundi se résume à deux grandes mesures. Le pass vaccinal, qui impose d’être vacciné contre le Covid pour accéder à de nombreux lieux, sera levé même si sa version "sanitaire", qui fonctionne aussi avec un test négatif au virus, sera maintenue dans les établissements de santé au sens large: hôpitaux, Ehpad… Le masque, lui, ne sera plus obligatoire, à l’exception des transports et, là encore, des établissements de santé. Cet allègement concerne notamment les écoles, les commerces et les entreprises, qui garderont le choix de l’imposer ou non à leurs employés. Les cinémas, restaurants ou musées n’étaient déjà plus soumis à cette obligation depuis fin février.

"Considérations électorales"

Avec ce vaste allègement, la France suit l’exemple de plusieurs pays européens, à commencer par le Danemark qui a lancé le mouvement début janvier. Mais la date choisie apparaît paradoxale au moment même où "le nombre de cas (…) semble ne plus diminuer", selon les termes de M. Attal, un euphémisme alors que l’épidémie enregistre un petit rebond depuis plusieurs jours. Celui-ci est en partie lié à une moindre vigilance des Français –logique alors que la fin des restrictions est annoncée depuis des semaines– et à l’essor de "BA.2", une version particulièrement transmissible du variant Omicron, déjà très contagieux dans sa précédente incarnation. Le gouvernement se dédit donc, car il avait dit qu’il ne mettrait fin au pass vaccinal que si l’épidémie cessait sa progression.

Une autre condition, évoquée voici plusieurs semaines par le ministre de la Santé, Olivier Véran, n’est pas non plus remplie pour l’heure. La fin du pass était censée intervenir à moins de 1.500 personnes hospitalisées en réanimation avec le Covid. Plus de 1.800 patients étaient encore dans ce cas en cette fin de semaine. Certes, M. Véran a tempéré vendredi l’enthousiasme du gouvernement, promettant de rester "extrêmement vigilants".

Cela ne suffit pas à rassurer certains médecins et chercheurs qui regrettent un allègement qu’ils jugent illisible, trop précoce et suspect de démagogie à un mois de l’élection présidentielle lors de laquelle le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, est candidat à un nouveau mandat. Le gouvernement obéit plus à des "considérations électorales que de santé publique", a estimé cette semaine dans le journal Libération l’épidémiologiste Dominique Costagliola.

Quid des immunodéprimés?

Ces chercheurs sont moins inquiets de la fin du pass vaccinal, dont l’effet sur l’épidémie reste très incertain, que de la levée de l’obligation du port du masque. Ils se préoccupent surtout du sort des personnes immunodéprimées, à qui la vaccination fait peu d’effet. Mais si une partie du monde médical s’inquiète, ce n’est pas le cas du monde politique, signe que le retour à la normale fait largement consensus. Aucun adversaire de M. Macron, à gauche comme à droite, n’a jugé trop rapide l’allègement des mesures, dans un contexte surtout dominé par la guerre en Ukraine et, dans une moindre mesure, des considérations économiques comme les retraites ou le pouvoir d’achat.

Au-delà du consensus politique, le gouvernement peut aussi s’appuyer sur des prévisions relativement optimistes de l’Institut Pasteur, dont les modélisations servent de base au conseil scientifique qui, en retour, conseille l’Etat dans la crise sanitaire. Même dans le pire des cas, l’Institut estime que la vague sera loin du pic observé en début d’année à plus de 300.000 cas par jour. Quant aux effets sur les hospitalisations, l’enjeu le plus crucial, ils seraient limités par le fait qu’Omicron – dans sa version BA2 comme dans sa précédente incarnation – apparait nettement moins dangereux que son prédécesseur Delta, qu’il a désormais presque totalement supplanté.

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