Après Versailles, l’UE veut doubler l’aide militaire à Kiev et ausculte sa défense

L'Union européenne prévoit d'envoyer bien plus de matériel militaire en Ukraine, malgré les menaces russes, et veut repenser sa propre défense.

Sommet européen de Versailles
Sommet de Versailles avec Ursula von der Leyen en avant-plan, notamment Emmanuel Macron et Charles Michel en arrière-plan, le 11 mars 2022 @BelgaImage

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a proposé vendredi à Versailles, où les chefs d’État et de gouvernement de l’UE sont réunis en sommet, de doubler le financement européen pour fournir des armes à l’Ukraine contre la Russie et de porter cette somme à un milliard d’euros.

"Je suis certain que les dirigeants vont soutenir" la proposition

M. Borrell a déclaré avoir "fait une proposition pour doubler la contribution (de l’UE) avec 500 millions d’euros en plus pour des armements en soutien à l’armée ukrainienne". "Je suis certain que les dirigeants vont la soutenir", a-t-il ajouté. Les financements proviennent de la "Facilité européenne pour la paix", un fonds doté de 5 milliards d’euros créé et abondé par les États membres hors du budget communautaire.

L’utilisation des financements est décidée à l’unanimité, mais les gouvernements ont la possibilité de recourir à une "abstention constructive" pour ne pas bloquer la décision. Cette faculté offerte aux pays qui ne peuvent accepter de livrer des armes à un pays en guerre a permis de débloquer fin février une première enveloppe de 500 millions d’euros. L’argent de la "Facilité européenne pour la paix" est utilisé pour rembourser les fournitures d’armements prélevées par les États membres sur leurs stocks. "Les matériels doivent figurer sur la liste des armements demandés par l’Ukraine et les remboursements sont rétroactifs au 1er janvier 2022", a expliqué un responsable européen chargé de la gestion de cette facilité financière.

La Russie prévient l’UE et se fait menaçante

Le gouvernement ukrainien a formulé des demandes très précises de matériel que les combattants sont capables d’utiliser, notamment des systèmes de défense antiaérienne et des armes antichars utilisées avec succès pour freiner la progression des troupes russes et les priver de la suprématie aérienne, a-t-il expliqué. Les armements sont acheminés de manière coordonnée en Pologne, qui a accepté d’être la plaque tournante de l’aide militaire au gouvernement ukrainien et elles sont ensuite acheminées en Ukraine. "Nous allons être beaucoup plus discrets sur ce que nous faisons", a souligné un responsable européen.

Le président russe Vladimir Poutine a averti que les pays qui soutiendraient l’Ukraine subiraient des attaques et son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a jugé "dangereuses" ces livraisons d’armes des Occidentaux. "Ceux qui gorgent d’armes l’Ukraine doivent bien sûr comprendre qu’ils porteront la responsabilité de leurs actes", a déclaré M. Lavrov jeudi.

Un nouvel élan pour la Défense européenne?

La guerre en Ukraine a en tout cas gommé les réticences de nombreux États européens à augmenter significativement leurs dépenses en matière de Défense (l’Allemagne et le Danemark ont fait des annonces récentes), et a donné un fameux coup de pouce à la volonté de certains de voir se dégager une réelle Défense européenne. Le Luxembourgeois Xavier Bettel et le Néerlandais Mark Rutte ont en revanche souligné en marge du sommet informel qu’il s’agit aussi de "mieux" dépenser, en se coordonnant davantage entre pays européens. "Il faut surtout que l’on s’assure de faire un usage optimal de chaque euro que l’on dépense en défense", avait indiqué Mark Rutte à son arrivée. Vendredi, le Premier ministre luxembourgeois Bettel a quant à lui rappelé que "dans l’UE on dépense davantage en Défense que la Russie, mais on achète tellement de choses différentes que l’on gaspille".

Dans leur déclaration à l’issue du sommet, les 27 dirigeants admettent devoir "résolument investir davantage et mieux dans les capacités de défense et les technologies innovantes". Les États membres sont donc convenus, entre autres, "d’augmenter considérablement les dépenses en matière de défense", en privilégiant les investissements là où des manques stratégiques sont observés, les acquisitions et projets conjoints, les synergies avec les domaines civil et spatial.

"Cela aurait du sens de mutualiser les choses"

La Commission européenne est chargée, "en coordination avec l’Agence européenne de défense", d’analyser les déficits d’investissement dans la défense que connait l’Europe, d’ici la mi-mai. Selon Emmanuel Macron, il y aura alors un sommet exceptionnel consacré à ces questions. Le texte ne fait pas mention de la demande de l’Otan de consacrer 2% du PIB national à la Défense, un objectif que de nombreux pays européens (dont la Belgique) ne remplissent pas. Dans la discussion axée sur le renforcement des capacités européennes de défense et l’indépendance énergétique, également abordée au sommet, la France pousse pour un fonds européen qui soutiendrait les investissements.

"Dans beaucoup de cas, cela aurait du sens de mutualiser les choses", appuie à l’issue du sommet le Premier ministre belge Alexander De Croo. Il voit une levée commune de fonds comme une possibilité bienvenue pour financer des investissements, typiquement dans des projets de terminaux GNL et interconnexions des réseaux énergétiques, dit-il. Pour des coûts "courants", "c’est moins évident", ajoute-t-il. En matière de Défense, "je pense que tous, nous comprenons que nous devons faire plus en termes de dépenses", indique le libéral. Là aussi une mutualisation des coûts peut être une bonne idée, sur base de l’évaluation des besoins que fera la Commission, expose-t-il.

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