Ukraine: malgré la répression, un mouvement anti-guerre s’organise en Russie

Dans la rue et plus encore sur les réseaux sociaux, certains Russes n’hésitent plus à marquer leur opposition à la guerre en Ukraine.

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Deux manifestants contre la guerre en Ukraine, entourés des forces de sécurité russes, le 2 mars à Saint-Pétersbourg @BELGAIMAGE

Ne devenons pas une nation de sans-voix apeurés, une nation de peureux qui font semblant de ne pas voir la guerre brutale déclenchée contre l’Ukraine par notre petit tsar complètement fou " a réagi depuis sa prison l’opposant à Vladimir Poutine, Alexeï Navalny. " Poutine n’est pas la Russie " a-t-il rappelé. Alors que son armée ravage l’Ukraine, l’opposition à l’invasion se manifeste, malgré une féroce répression.

Des rassemblements organisés quotidiennement à Moscou et dans une quarantaine d’autres villes du pays bravent l’interdiction de manifester contre ce que le Kremlin qualifie d’opération de " maintien de la paix ". Ces manifestations restent modestes par leur taille pour un pays de 144 millions d’habitants, mais leur simple tenue est à saluer, tant la société civile et l’opposition politiques ont été écrasées la main de fer du pouvoir.

Plus de 7.000 arrestations

L’ONG OVD-Info estime que depuis le début de la guerre, quelque 7.500 personnes ont été arrêtées par les autorités russes. Si très peu de Russes ont pris le pavé, le mouvement anti-guerre se propage sur les réseaux sociaux et les services de messagerie cryptée comme Telegram et Signal. Selon France 24, le hashtag #ЯпротивВойны (" Je suis contre la guerre ") était d’ailleurs en tête des tendances en Russie, mardi 1er mars.  " Les contacts entre protestataires se font principalement sur Twitter et Telegram ", affirmait un opposant.

Des réseaux de solidarité s’y sont développés, pour relayer des informations venant de médias indépendants, des pétitions ou pour soutenir les manifestants arrêtés par la police. Mardi 1er mars, une pétition lancée par le militant politique Lev Ponomarev et intitulée " Arrêtez la guerre avec l’Ukraine ! ", comptait plus d’un million de signatures. En prenant en compte le fait que de nombreux Russes ne peuvent accéder au Net, cela pourrait présager d’une opposition beaucoup plus massive à l’invasion.

Des oligarques mécontents

Pourrait-elle faire infléchir celui qui se rêve en " Tsar des tsars ", et renverser le cours de la guerre ? Pour  Anna Colin Lebedev, enseignante-chercheuse à l’Université Paris-Nanterre un " renversement de pouvoir " n’est pas totalement à exclure, compte tenu du fort mécontentement de la population. " Mais il ne faut pas chercher le mécontentement dans la rue. Il faut le chercher ailleurs, dans le cercle des gens influents qui, eux, non pas n’ont pas intérêt à ce qui se produit actuellement".

Selon le magazine américain Forbes, la guerre aurait déjà coûté près de 100 milliards de dollars aux cent plus gros milliardaires russes, frappés par les sanctions occidentales. Deux oligarques proches du pouvoir ont d’ailleurs émis des réserves sur l’ouverture des hostilités avec l’Ukraine. " Alors qu’une solution semble terriblement lointaine, je ne peux que me joindre à ceux qui souhaitent ardemment que l’effusion de sang cesse ", a déclaré Mikhaïl Fridman, milliardaire originaire d’Ukraine à la tête de la banque Alfa.

Et Oleg Deripaska, l’un des plus gros industriels du pays, a appelé sur Telegram à des négociations " aussi vite que possible ". Pas certain que même les milliardaires puissent se faire entendre auprès de Vladimir Poutine…

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