Guerre en Ukraine: Pékin sauvera-t-il Moscou?

Les sanctions occidentales à l’égard de la Russie sont à double tranchant. Elles pourraient aussi favoriser les relations économiques entre celle-ci et la Chine.

Poutine et Jinping
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En se tournant vers la Chine, son 1,4 milliard de citoyens et son économie croissante, Poutine pourrait ne plus avoir besoin de l’Occident pour acheter son gaz, son uranium ou son blé. Des récents contrats de plusieurs milliards de dollars ont d’ailleurs été signés, notamment avec Gazprom. Côté chinois, on pourrait en profiter pour accélérer le développement de son économie et se rapprocher de son but: devenir la première puissance mondiale pour le centenaire de la République, en 2049.

Les deux partenaires n’ont d’ailleurs pas attendu le conflit ukrainien pour se ­rapprocher. Poutine et Xi Jinping ont scellé une importante déclaration commune début février, lors de l’ouverture des J.O. Celle-ci défie la structuration ­américano-centrée des relations internationales. Dans le contexte de la guerre en Ukraine, une phrase de cette déclaration résonne particulièrement: “L’amitié entre nos deux pays ne connaît pas de limites”. Mais est-ce vraiment le cas? La Chine opte jusqu’ici pour un silence stratégique. Lors du vote au Conseil de sécurité de l’ONU d’une résolution déplorant “l’agression contre l’Ukraine”, Pékin s’est abstenu. Les autorités chinoises refusent encore le terme d’“invasion”, insistent sur le “principe de souveraineté des États” mais aussi sur “l’histoire compliquée” entre l’Ukraine et la Russie. Au passage, elle accuse l’Amérique de “jeter de l’huile sur le feu”.

Sur la route de la soie

Certes, la Chine s’oppose à l’élargissement de l’Otan. Néanmoins, la marche en avant de Poutine ne l’arrange pas à plusieurs égards. Car deux adversaires de l’Occident ne font pas nécessairement deux amis. Premièrement, si la Russie est un important partenaire, l’Ukraine en est un autre. Le pays se trouve à une position stratégique sur la nouvelle route de la soie vers l’Union européenne. Voilà pourquoi en juin dernier, Pékin signait des accords avec Kiev, comprenant la multiplication par trois des exportations agricoles vers la Chine. Le géant asia­tique loue en outre 3 millions d’hectares de terres arables sur le sol ukrainien, soit 5 % du territoire.

La Chine ne peut pas non plus négliger les conséquences sur la coopération ­Chine-UE, encore primordiale à son développement économique. Le conflit ukrainien pousse le mastodonte dans un chemin de contradictions. La situation à Taïwan en est une autre illustration. Pour rappel, le régime de Xi Jinping souhaite récupérer le contrôle de l’île, ce qui pourrait avoir des conséquences sem­blables à celles causées par le conflit ukrainien. Sauf que le principal argument de Xi Jinping est justement la nécessité viscérale de respecter les ­frontières historiques, Taïwan ayant longtemps été sous l’emprise de Pékin.

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