Guerre en Ukraine: "Nous sommes maintenant la poupée énergétique de la Russie"

Sur DH Radio, Bruno Colmant et Damien Ernst parlent de la guerre en Ukraine ainsi que des conséquences sur l'Europe.

Guerre en Ukraine
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Dans la nuit de mercredi à jeudi dernier, Vladimir Poutine a lancé une invasion en Ukraine. Depuis que la guerre en Ukraine a éclaté, l’Union européenne a pris des sanctions qui toucheront surtout la Russie d’un point de vue économique. Mais elles impacteront également l’Europe car la Russie a de quoi répliquer. Ce matin, sur le plateau de DH Radio, nous recevions Bruno Colmant, professeur en économie pour l’ULB et l’UCL, et Damien Ernst, professeur en énergies à l’Université de Liège pour évoquer cette problématique.

Tout d’abord, l’Europe a pris des sanctions très fortes envers la Russie. Plusieurs grandes banques russes ne peuvent plus utiliser la messagerie interbancaire Swift et 600 milliards d’avoirs de la population russe ont été paralysés. Pour Bruno Colmant, la guerre se mène aussi du côté financier. " J’ai été très surpris que les Russes soient exclus du système bancaire Swift, qui devait fonctionner même en cas de conflit. Cela va créer une disruption dans les paiements financiers, qui va embarrasser la Russie, mais nous aussi. Nos importations vers la Russie vont être bloquées. Et puis, bloquer les actifs d’une banque centrale, c’est extrêmement rare. (…) Aujourd’hui, la Russie devient un paria financier. Cela ne pourra pas tenir des semaines. Ca revient à mettre un caillot de sang dans un corps. Ca deviendra une embolie ou ça créera des problèmes ", commente l’économiste, qui se dit surpris de l’envergure des mesures prises par l’Europe.

De son côté, Damien Ernst craint un retour du bâton. " J’entends bien qu’on prend des sanctions financières envers la Russie. Cela menace leur capacité de faire des paiements et de recevoir de l’argent. Mais le monde dépend, à mon avis, beaucoup plus de la Russie que la Russie ne dépend du monde. Surtout les Européens. Nous importons entre 1000 et 1500 Terawatt-heure (comprenez donc entre 1000 et 1500 milliard de KW-heure) de gaz russe par an. A travers l’Europe, le Royaume-Unis et les USA, on importe chaque jour entre 3 et 4 millions de baril de pétrole de Russie. A un moment donné, si on arrête ce système de paiement vers la Russie, ils ne vont plus envoyer du gaz ou du pétrole. Donc là, on s’expose dans les jours qui viennent à avoir une coupure totale de gaz ou de pétrole depuis la Russie. Cela devient extrêmement probable. S’ils nous coupent le gaz, on peut tenir entre 2 et 4 semaines, après quoi on va commencer à faire face à d’énormes troubles en Europe et de toute façon, les prix vont flamber ".

Pour le professeur en Energies à l’Université de Liège, Vladimir Poutine pourrait répliquer et faire, à son tour, mal à l’Europe sur le plan économique. " Monsieur Poutine est détestable. C’est un dictateur brutal, un criminel. Mais il est intelligent. Depuis 10-20 ans, il a joué une géopolitique de l’énergie extrêmement efficace et il a mis l’Europe dans une position de faiblesse terrible par rapport à la Russie. Nous sommes maintenant la poupée énergétique de la Russie. C’est lui qui a la main sur notre sécurité d’approvisionnement. "

Facture salée

Damien Ernst a également évoqué la future augmentation des prix. Selon lui, le conflit lié au gaz a déjà commencé en juillet, lorsqu’on observait déjà une augmentation de prix. " On a remarqué que des ménages qui avaient une consommation moyenne de gaz et d’électricité voyaient une augmentation de leur facture de 2500€ sur l’année par mégawattheure. Je pense que ce montant peut être doublé. On peut arriver à plus de 5.000″.

Bruno Colmant, professeur en économie, confirme que ce conflit aura de lourdes répercussions économiques: " Cela va être gigantesque. Cela va créer un problème de compétitivité pour les entreprises. Car elles ont toutes un contenu énergétique, aussi petites soient elles. Mais pour les ménages, cela va avoir un impact dramatique. On parle aujourd’hui d’une inflation de 8% mais en réalité, pour les ménages moyens, l’inflation est peut-être de 15 à 20%. Et malheureusement, les salaires ne seront indexés que de 4% ce qui constituera une perte de pouvoir d’achat nette sur l’année de 8% si on considère une inflation globale de 12%. "

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