" Les Blancs d’abord ": des Africains tentant de fuir l’Ukraine victimes de racisme?

Des étudiants africains et indiens disent s’être vus refuser l’entrée dans les trains et être retenus aux frontières, tandis que les Ukrainiens étaient autorisés à passer en premier.

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Des réfugiés ukrainiens à la frontière avec la Pologne, le 28 février 2022 @BELGAIMAGE

Fuir la guerre, au plus vite : depuis le début de l’invasion russe, plus de 500.00 Ukrainiens ont rejoint des pays frontaliers, dont la moitié en Pologne, selon l’ONU. Entraînés dans cet exode forcé, de nombreux étudiants étrangers. Parmi eux, des jeunes originaires d’Afrique ou d’Inde, souvent venus étudier la médecine ou l’ingénierie.

Plusieurs médias occidentaux ont repéré sur Facebook ou Instagram un nombre grandissant de témoignages et de vidéos montrant des Africains recalés, notamment à la frontière polonaise, en raison de leur couleur de peau. À la gare de Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine, France 24 a rencontré plusieurs étudiants africains expliquant avoir été refoulés sans raison au poste-frontière de Medyka. La BBC a elle recueilli des témoignages d’étudiants africains et indiens disant avoir été retenus aux frontières en raison de leur couleur de peau.

Stéphanie Hegarty, correspondante pour la radiotélévision britannique publique a par exemple relayé le témoignage d’une étudiante nigérienne, expliquant que " les gardes-frontières arrêtent les Noirs et les envoient au fond de la file d’attente, disant qu’ils doivent d’abord laisser passer les ‘Ukrainiens' ".

Dimanche 27 février, la journaliste a également posté sur Twitter : " J’ai entendu ce matin un autre étudiant à Lviv dire que les Africains ne sont pas autorisés à monter à bord des trains jusqu’à la frontière et qu’ils sont laissés sur le quai. Trop de témoignages désormais pour en faire abstraction ".

" Plus dur pour nous "

Des étudiants sud-africains et d’autres Africains ont été maltraités à la frontière entre l’Ukraine et la Pologne ", a déclaré de son côté un haut fonctionnaire du ministère sud-africain des Affaires étrangères, Clayson Monyela. Lundi matin, l’AFP(Agence France-Presse) indiquait que le gouvernement nigérian a exhorté les autorités douanières en Ukraine et dans les pays voisins à traiter " avec dignité " ses citoyens.

Le ministre nigérian des affaires étrangères, Geoffroy Onyeama, a demandé des explications à ses homologues ukrainiens suite à la diffusion de différents témoignages. " Il y a eu des informations regrettables (selon lesquelles) la police ukrainienne et le personnel de sécurité refusent de laisser les Nigérians monter dans les bus et les trains " pour la Pologne, a déclaré le porte-parole de la présidence nigériane, Garba Shehu.

Certains Nigérians ayant réussis à franchir la frontière ont décrit leurs voyages  jusqu’aux frontières bondées, où des fonctionnaires donnaient la priorité aux femmes et enfants ukrainiens. Selon l’AFP, Stéphanie Agekameh, une étudiante en médecine désormais en Pologne, a affirmé que les responsables du poste frontière de Medyka s’occupaient d’abord des Ukrainiens. " Un des officiers est venu et nous a dit que c’est plus dur pour nous, les étrangers, parce qu’ils doivent contacter notre gouvernement dans différents pays ", a-t-elle expliqué par SMS.

Les gardes-frontières polonais démentent

Pour l’heure, plus de 260 Nigérians ont été accueillis par les ambassades, en Roumanie, en Hongrie et en Pologne. Près de 200 autres étaient attendus lundi, d’après le ministère nigérian des Affaires étrangères. La Côte d’Ivoire compterait environ 500 ressortissants en Ukraine. Des dispositions auraient été prises pour leur évacuation. D’après le ministère kényan des Affaires étrangères, 201 Kenyans sont en Ukraine, majoritairement des étudiants.

De leur côté, les gardes-frontières polonais ont démenti que des personnes d’origine africaine fuyant la guerre en Ukraine soient refoulées à la frontière pour des raisons racistes. Une porte-parole polonaise a rejeté ces allégations: " C’est absurde ", a-t-elle assuré lundi à l’agence de presse allemande DPA. " Les agents des gardes-frontières polonais aident toutes les personnes qui fuient l’Ukraine déchirée par la guerre. La nationalité ne joue aucun rôle ".

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