Qu’est-ce que Swift, la plateforme bancaire dont les Occidentaux veulent exclure des banques russes?

Les pays occidentaux se sont accordés samedi pour exclure de nombreuses banques russes de la plateforme Swift. Une sanction, réclamée par le président ukrainien, qui n'est pas anodine, tant le système est utilisé partout dans le monde.

Qu’est-ce que Swift, la plateforme bancaire dont les Occidentaux veulent exclure des banques russes?
© Belga Image

Ce samedi soir, les pays occidentaux ont adopté de nouvelles sanctions à l’encontre de Moscou, alors que l’invasion de l’Ukraine se poursuit. De nombreuses banques russes vont ainsi être exclues de la plateforme interbancaire Swift. Comme l’a expliqué le gouvernement allemand, " toutes les banques russes déjà sanctionnées par la communauté internationale, ainsi si nécessaire que d’autres instituts " sont concernées par l’exclusion. Soit environ 70% du secteur bancaire russe selon l’Union européenne.  Les mesures ont éé prises par les Etats-Unis, la France, l’Allemagne, la Grande Bretagne, le Canada, l’Italie et la Commission européenne. L’Allemagne qui était, jusque là, plus réticente à cette exclusion en raison notamment de sa dépendance au gaz russe. Elle a finalement annoncé samedi qu’elle était prête à accepter " une restriction ciblée " pour la Russie de l’accès à la plateforme.

Qu’est ce que Swift? 

Swift signifie " Society for Worldwide interbank Financial Telecommunication ". Comme le rappellent nos confrères de la Libre, il s’agit d’une coopérative fondée en 1973 et installée en Belgique, à la Hulpe. Sur son site internet, Swift explique fournir " une plateforme pour la messagerie, des standards pour communiquer et des produits et services pour faciliter l’accès et l’intégration; l’identification, l’analyse et la conformité en matière de lutte contre la criminalité financière ".  Plus concrètement, " c’est un système de messagerie financière entre banques de différents pays qui leur permet de se donner mutuellement des ordres de payement de manière rapide et sécurisé ", résume Eric Dor, professeur d’économie à l’IESEG de Lille, à nos confrères de la RTBF. 

C’est notamment via cette coopérative que sont apparus les codes BIC, qui permettent d’identifier une banque via un code unique. Swift met aujourd’hui en relation quelques 11.000 organisations bancaires de 200 pays différents. En 2021, quelque 42 millions de messages financiers ont transité chaque jour par la plateforme. Soit en moyenne plus de 5 milliards par an. 

Des précédents? 

En 2012, une trentaine de banques iraniennes avaient été exclues de Swift. La mesure avait, comme le rappelle une note du Carnegie Moscow Center, eu des conséquences économiques importantes pour le pays. " Après la déconnexion des banques iraniennes de Swift, le pays a perdu près de la moitié de ses revenus d’exportation de pétrole et 30% de son commerce extérieur ". Après une " reconnexion " en 2016, Swift a suspendu à nouveau l’accès à certaines banques iraniennes en novembre 2019, dans le cadre des sanctions américaines contre l’Iran. Le secrétaire américain au Trésor de l’époque, Steven Mnuchin, avait promis de soumettre la société  " à des sanctions américaines " si elle fournissait " des services de messagerie financière à certaines institutions financières iraniennes ".

Comme le rappelle France 24, la mesure avait déjà été envisagée en 2014 contre la Russie lors de l’annexion de la Crimée.

Quelles conséquences pour la Russie?  

Si l’on comprend aisément que la portée de la plateforme est mondiale, l’exclusion de Swfit peut-elle réellement faire mal à la Russie?  Les Etats-Unis parlent d’une " bombe nucléaire économique "" Si on retire les banques russes du système, elles devront procéder à l’ancienne ", expliquait Gauthier Rybinski sur les ondes de France 24. " Ça risque d’être très long, surtout pour des gros montants, par exemple les factures de gaz que la Russie encaisse. C’est quelque chose d’intéressant en matière de sanction ".  D’autant plus que comme le rappelle l’agence de presse AFP, Swift n’a pas de réel concurrent. 

Selon le site de l’association nationale Rosswift, la Russie serait, en nombre d’utilisateurs, le deuxième pays après les Etats-Unis avec quelque 300 banques et instituts membres du système. Dans sa note, le Carnegie Moscow Center juge pour sa part qu’une déconnexion des banques russes aurait des conséquences " dévastatrices, particulièrement à court terme ".  Cela les empêchera d’opérer dans le monde entier et bloquera effectivement les exportations et importations russes ", rejoignait, dans la nuit de samedi à dimanche, la présidente de la Commission européenne Ursula Von Der Leyen. 

Eric Dor estime, de son coté, qu’il y a, en réalité, une arme " encore plus puissante que l’exclusion des banques russes de Swfit, c’est de les interdire de transactions en dollars ou en euro ". Selon le professeur d’économie, cela compliquerait " énormément les échanges financiers avec la Russie ". Et de préciser à la RTBF, " mais pour cela, il faudrait accepter de ne plus rien acheter aux Russes, et par exemple de ne plus acheter de gaz ". 

Cette exclusion de Swfit pourrait par ailleurs accélérer le développement par la Russie d’un système concurrent à la plateforme. Yamina Fourneyron, professeure de sciences économiques à l’Université de Lorraine, estime même, au micro de France 24, que " connaissant la rapidité des innovations financières, l’Inde ou la Chine seront tout à fait capables de proposer des alternatives ".

Et pour l’Occident? 

La mesure pourrait aussi, par ricochet, avoir des effets néfastes sur les économies européennes. Comme l’expliquent nos confrères français, des entreprises européennes comme TotalEnergies, pourraient en pâtir. " Le problème va notamment se poser pour le paiement du gaz russe en Europe ", craint Yamina Fourneryron. " Pour payer les entreprises russes, les européens devront eux aussi avoir recours à des montages financiers ".

Exclure la Russie de Swift serait très pénalisant. Cela reviendrait à déclarer une guerre économique totale ", jugeait Georges Hubner, professeur en finance à HEC Liège, interrogé par nos confrères de la Libre ce vendredi. " Mais comme dans toute guerre de cette ampleur, il y aurait des pertes des deux côtés et les dommages collatéraux seront énormes ".

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