Tchernobyl aux mains de la Russie: faut-il s’inquiéter?

L’invasion de l’Ukraine par la Russie se poursuit. Au chaos s'ajoute un nouvel élément qui inquiète: la centrale nucléaire de Tchernobyl est tombée aux mains des russes.

Site de la centrale nucléaire de Tchernobyl
© Belga Image

Bombardements aériens, assauts terrestres, immeubles ravagés, civils en fuite. La guerre en Ukraine renvoie l’Europe à ses heures les plus sombres. L’invasion russe déstabilise tout le continent. Depuis hier, la Russie contrôle la centrale accidentée de Tchernobyl, une autre cicatrice européenne.

Guerre de communication, encore et toujours

Le 26 avril 1986, alors que le territoire de l’actuelle Ukraine fait partie de l’URSS, un réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl explose. La fumée qui s’en échappe contamine la majorité des pays européens et la zone, dans un périmètre de 30 kilomètres, est évacuée. Tchernobyl devient une ville fantôme.

L’arrivée de l’armée russe sur le site ravive ces souvenirs. Et comme depuis le début des tensions autour du conflit ukrainien, la bataille des mots fait rage. L’Ukraine affirme avoir enregistré des données de radiation préoccupantes sur le site de Tchernobyl. Selon la Russie, qui assure le contraire, tout serait sous contrôle. " Un accord a été trouvé avec un bataillon de la force de sécurité de l’énergie atomique d’Ukraine en vue d’une sécurisation en commun des blocs énergétiques et du sarcophage de la centrale nucléaire de Tchernobyl ", a déclaré Igor Konachenkov, le porte-parole du ministère russe de la Défense.

Tchernobyl: symbole ou réel danger?

Des militaires russes armés jusqu’aux dents autour et sur le site de Tchernobyl, dans un contexte de guerre, ça fait froid dans le dos. Mais la peur est peut-être davantage construite sur la symbolique du lieu que sur le vrai intérêt russe. " Ce n’est pas rassurant mais il ne faut pas s’inquiéter plus que ça. Si l’objectif des russes était d’avancer en territoire ukrainien, il fallait qu’ils prennent cette zone aussi ", explique Julien Pomarède, chercheur en relations internationales à l’Université Libre de Bruxelles et à l’Université d’Oxford. " Les russes n’ont pas d’intérêt à déterrer des quelconques matières radioactives. Ce serait une catastrophe pour tout le monde ", poursuit-il.

La Russie est l’une des plus grandes puissances nucléaires au monde. Menace ultime que Vladimir Poutine dégaine dès qu’il en a l’occasion. Et c’est justement parce que son arsenal nucléaire est colossal que Tchernobyl ne devrait pas inquiéter. " Les technologies nucléaires civiles russes sont largement suffisantes. Il n’y a aucun intérêt stratégique à ce niveau-là en Ukraine ", rassure Julien Pomarède.

Sur France Inter, Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, calme également le jeu: " A ma connaissance, il n’y a aucun risque sérieux de catastrophe radiologique de type Tchernobyl pendant ce conflit ".

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