Conflit ukrainien: pourquoi intéresse-t-il tant l’Occident?

Suite à l'annonce de Poutine, une guerre de grande ampleur est redoutée en Ukraine. En 2022. Aux portes de l’Union européenne. La faute à qui?

Conflit ukrainien: pourquoi intéresse-t-il tant l’Occident?
©Belga

Ces dernières années, lorsqu’on évoquait la possibilité d’un conflit armé en Europe, on pensait plutôt au terrorisme, à des combats de drones, ou à des cyberattaques. Pas à une guerre terrestre, avec des chars, comme celle que l’on craint en Ukraine, soit aux portes de l’UE. Et pourtant… Samedi, les dirigeants des républiques pro-russes en Ukraine ont décrété la “mobilisation générale” après avoir annoncé des explosions dans le Donbass. Le cessez-le-feu en effet n’a pas tenu et une “hausse significative” des tirs a été enregistrée. Les autorités sépara­tistes ont même mis en scène l’évacuation de la population vers la Russie, afin d’attiser la tension.

Ce lundi 21 février, Vladimir Poutine a fait un pas de plus vers la guerre, en reconnaissant l’indépendance des Républiques de Donetsk et de Lougansk, territoires séparatistes prorusse situés dans la région ukrainienne du Donbass. Mais le régime russe cherche-t-il réellement la guerre? La stratégie de Vladimir Poutine, explique le spécialiste des conflits internationaux (UCLouvain) Michel Liégeois, est de réactiver les symboles et les discours qui font référence à la grandeur passée de la Russie afin de flatter une grande partie de l’opinion publique.

Pour autant, la guerre ne profiterait à aucune partie. “Ne fût-ce qu’économiquement. Un conflit militaire coûte extrêmement cher, au-delà des destructions et du point de vue moral. Un simple missile coûte plusieurs centaines de milliers d’euros, 1 heure d’avion de chasse se chiffre en millions… Personne ne peut aujourd’hui soutenir une guerre de plusieurs semaines ou mois. La France a déjà du mal à soutenir des opérations de basse intensité au Mali…”, explique-t-il. “Ce qui pourrait éventuellement se produire, c’est une guerre limitée. Poutine engagerait des opérations uniquement dans la zone du Donbass pour créer un fait accompli. Je pense que s’il fait ça, les ­Occidentaux ne bougeront pas militairement, mais avec des sanctions écono­miques. Les conséquences pour les Belges seraient donc essentiellement économiques, mais pas militaires. On peut par exemple craindre une hausse des prix de l’énergie, déjà sous tension.

Manœuvres occidentales

Le cliché de l’ours russe assoiffé d’invasions ne suffit pas à expliquer le conflit ukrainien. Pourquoi intéresse-t-il tant l’Occident et les États-Unis en particulier? Ces derniers se préoc­cupent beaucoup moins, par exemple, des territoires occupés en Israël ou au Sahara occidental… L’Ukraine est un pays stratégique. D’abord, l’élargissement de l’Otan pourrait affaiblir Moscou et Pékin au moment où les cartes du pouvoir mondial sont redistribuées. Ensuite, les États-Unis et la Russie se dis­putent la position de premier fournisseur mondial de gaz naturel. Dès lors, le projet Nord Stream II, gazoduc entre la Russie et l’Allemagne, n’est pas dans leur intérêt. Alors pourquoi ne pas tenter de le faire capoter? Le chancelier allemand Olaf Scholz a d’ailleurs annoncé mardi sa suspension.

Valoriser l’armée

Pour le politologue spécialiste des guerres Christophe Wasinski (ULB), “même si ce n’est pas la seule raison qui explique la crise actuelle, certaines personnes capitalisent sur la situation pour qu’on achète plus de matériel militaire. Les militaires britanniques par ­exemple insistent sur les patrouilles aériennes russes en vol au-dessus de la mer du Nord. Ces images et discours servent à convaincre le ­parlement et l’opinion publique de l’utilité d’investissements”. Mêmes observations pour la Belgique? “C’est une de mes craintes. Il y a peut-être des liens à faire entre ce qu’il se passe à l’est de l’Europe et la nécessité d’acquérir du matériel chez nous. Or si on dépense plus, les Russes vont dépenser plus.”

Des traités à revoir?

Toujours selon Christophe Wasinski, les ­Occidentaux ne respectent pas toujours leurs engagements. Après la guerre froide, des promesses sont faites de ne pas étendre l’Otan en échange d’un processus de désarmement ou de contrôle des armements. “Les USA ont décidé de mettre un terme à cet engagement et ont développé des systèmes antimissiles.” De plus, l’Otan s’est étendu malgré les promesses. “Des opérations ont été menées hors zones, en ­Bosnie-Herzégovine, au Kosovo, en ­Afghanistan. Dans la perspective de la Russie, c’est symboliquement marquant. En 2007, les Russes ont décidé de suspendre l’application des traités. Aujourd’hui, il y a une demande de leur part de réviser cette architecture pour que l’intérêt national soit mieux pris en compte.

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