En pleins JO d’hiver, la vidéo d’une "femme esclave" secoue la Chine

Les Jeux olympiques d'hiver battent leur plein à Pékin. Mais toute la Chine est secouée par la vidéo d'une femme «esclave», enchaînée à un mur dans un petit abri. Devenue virale sur les réseaux sociaux, elle relance le débat sur la vente des femmes dans certaines régions reculées du pays.

En pleins JO d’hiver, la vidéo d’une
© Capture France Info

Alors que le monde a les yeux rivés sur Pékin et les Jeux Olympiques d’hiver, la Chine est ébranlée par une affaire pour le moins alarmante.  Le 28 janvier dernier, un blogueur poste sur Douyin (l’équivalent de Tiktok en Chine), une vidéo tournée dans le comté de Feng, dans la province du Jiangsu, à l’est du pays. On y voit une femme dans un abri en brique, enchaînée à un mur, avec ce qui semble être de la nourriture gelée près d’elle. Comme l’expliquent nos confrères du Monde, son comportement laisse penser qu’elle souffre de problèmes psychiatriques.  Le blogueur apporte pour seule information le fait que la femme est mariée avec le propriétaire de la maison et qu’elle a 8 enfants de 2 à 23 ans. 

Selon le Monde, le blogueur à l’origine de la vidéo voulait initialement illustrer le courage du mari qui s’occupe de ses enfants, malgré la folie apparente de sa femme. Dans une autre vidéo, le mari explique au blogueur qu’il prend effectivement soin de ses enfants, et que sa femme est attachée, " en raison de ses problèmes mentaux ". Très vite cependant, les images vont susciter de vives interrogations des internautes sur les conditions de vie de cette femme et la possibilité qu’elle ait été vendue à son mari et soit retenue " en esclave ". Selon le correspondant à Pékin du journal français, le sujet attire en une semaine " plus de deux milliards de vues ". Comme le rapportent le Washington Post, une femme a expliqué, sur les réseaux sociaux chinois, avoir essayé de rendre visite à la femme de la vidéo. Avant d’être arrêtée en chemin par la police. 

Face à cette montée de suspicion, le post, devenu viral, a été suspendu mais aussi le compte du blogueur à son origine. Selon le Washington Post, les plateformes des réseaux sociaux ont aussi censurer certains commentaires et articles sur le sujet. Les autorités locales ont d’abord assuré qu’il n’y avait " pas eu de trafic ni d’enlèvement ", que la femme était " une vagabonde " qui avait épousé l’homme de la vidéo en 1998. Pas de quoi calmer le flot d’indignations et de questionnements. L’affaire met en lumière la problématique de la vente des femmes en Chine et le rôle des autorités locales dans la lutte contre ce trafic. La vente de femmes est en effet " fréquente dans certaines localités ", a reconnu Hu Xijin, éditorialiste au Global Times. Selon un blogueur local, quelque 48.000 femmes auraient été achetées par les paysans des villages voisins de la ville de Xuzhou dans les années 80. " Cette affaire ne doit pas ternir la réussite des JO. La Chine est un pays en voie de ­développement, avec une réalité ­complexe. Nous émerveillons le monde avec la cérémonie d’ouverture des JO, nous avons le plus grand réseau mondial de trains rapides, mais, en même temps, nous avons encore des endroits arriérés. Cette sale affaire [de Feng] démontre cette complexité. ", a ajouté lundi Hu Xijin, dont les propos sont relayés par le Monde.

Les médias officiels ont finalement couvert l’affaire. Quelques heures après la réaction de l’éditorialiste du Global Times, la chaîne de télévision d’état CCTV a expliqué que la femme filmée s’appelait Xiao Huamei et qu’elle avait divorcé en 1996 de son premier mari. Elle aurait ensuite été emmenée dans la province du Jiangsu pour y soigner ses troubles mentaux. La chaîne explique qu’elle aurait alors quitté son accompagnante qui l’aidait. Le reportage assurait par ailleurs que Xiao Huamei avait été prise en charge à l’hôpital et qu’une enquête avait été ouverte.

Une version qui peine à convaincre la population. Comme l’explique le Monde, plusieurs milliers de kilomètres séparent la région natale de la femme et le Jiangsu. Dans un sondage diffusé lundi sur les réseaux sociaux, une majorité de Chinois ont estimé que les autorités étaient les principales responsables de ce genre de drame.

 

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