France: le broyage des poussins mâles désormais interdit

Le broyage des poussins devra être arrêté d'ici la fin 2022. Les couvoirs brandissent déjà une solution mais pour les défenseurs des animaux, ce n’est pas assez.

Poussin dans le Finistère
Poussin dans un élevage agricole à Plougoulm (Finistère, France), le 31 décembre 2020 @BelgaImage

Le broyage routinier des poussins mâles dans la filière des poules pondeuses est désormais interdit, selon un décret paru dimanche qui laisse aux couvoirs jusqu’au 31 décembre pour changer leurs pratiques.

Des "avortements poulaillers" pour régler le problème

Cette mesure, réclamée notamment par les associations de défense des animaux, était attendue depuis plusieurs années en France, premier producteur d’œufs en Europe. On estime qu’environ 300 millions de "frères" de poules sont tués chaque année dans l’Union européenne, dont 50 millions en France, car incapables de pondre les œufs qui finiront dans nos assiettes.

Cinq couvoirs spécialisés dans la fourniture de poules pondeuses aux éleveurs sont concernés. Certains ont commencé à installer des machines permettant de déterminer le sexe des embryons dans l’œuf (ovosexage) – et donc d’éliminer les mâles avant éclosion. Selon le décret paru au Journal officiel, les couvoirs devront justifier pendant l’année qu’ils ont bien commandé des machines d’ovosexage et engagé les travaux pour les installer. Ces matériels "permettant de déterminer le sexe de l’embryon au plus tard le quinzième jour d’incubation" sur 21 doivent fonctionner "au plus tard le 31 décembre 2022". Une amende est instituée pour les contrevenants.

La filière se dit pressée, les défenseurs des animaux insatisfaits

"C’est allé un peu plus vite que ce qu’on souhaitait", a réagi auprès de l’AFP le président de l’interprofession de l’œuf (CNPO), Philippe Juven. "Comme ce sont des technologies nouvelles, il y a des mises au point à faire sur ces installations. Les entreprises vont faire le maximum", a-t-il ajouté, sans pouvoir assurer que les couvoirs seront en mesure d’ovosexer tous les poussins d’ici à la fin de l’année. Compte tenu de la "bonne volonté" de la filière, il estime qu’il y aura une "compréhension de la part des pouvoirs publics" si les délais ne sont pas tenus.

Le décret aurait pu être "plus ambitieux", a estimé de son côté la directrice de l’association de défense des animaux d’élevage CIWF France, Léopoldine Charbonneaux. L’association souhaitait que l’Etat fixe comme objectif "à plus long terme" d’ovosexer avant le septième jour, pour s’assurer que les embryons sont éliminés avant d’être sensibles à la douleur. Un sexage au quinzième jour, "c’est trop tard", selon Mme Charbonneaux. Les technologies disponibles en France permettent de sexer au 13e jour voire au neuvième pour le dispositif le plus onéreux.

CIWF regrette aussi qu’aucune mesure n’ait été prise pour les canetons femelles. Ces derniers sont souvent éliminés, en particulier dans la filière foie gras où seuls les mâles sont gavés, leur foie étant jugé de meilleure qualité. La filière s’est donnée jusqu’à fin 2024 pour mettre fin au broyage des femelles.

Des œufs bientôt plus chers?

Dès 2019, dans l’optique d’accélérer la recherche d’options alternatives par les entreprises, le ministre de l’Agriculture d’alors, Didier Guillaume, avait promis que l’abattage des poussins serait interdit d’ici à fin 2021. Le ministre Julien Denormandie avait finalement assuré à l’été 2021 que 2022 serait "l’année de la fin du broyage et du gazage des poussins mâles en France". L’interdiction est effective depuis le début de l’année en Allemagne, où ont été mises au point les machines d’ovosexage dont les couvoirs français doivent aujourd’hui s’équiper. En Belgique, la Wallonie a remis au Conseil d’État en mars 2021 un projet d’arrêté incluant cette même mesure dans le cadre du Code du Bien-être animal.

L’État doit subventionner une partie des investissements des couvoirs, chiffrés à 15 millions d’euros. Quant à la prestation d’ovosexage, elle rendra les futures poules nettement plus chères. Un surcoût annuel estimé à 47 millions d’euros. La filière réfléchit aux moyens de répercuter ce surcoût au niveau des consommateurs, via une cotisation prélevée sur les œufs vendus.

L’interdiction d’abattre les poussins ne concerne pas les lignées destinées à la reproduction, ni le marché spécifique de l’alimentation animale – quand les poussins servent à nourrir des reptiles ou rapaces, par exemple. Les couvoirs pourront aussi continuer d’éliminer les mâles "accidentellement non détectés".

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