Huit infos insolites sur les 70 ans de règne d’Elizabeth II

Petit tour d'horizon des anecdotes sur la reine britannique, entre privilèges personnels et mésaventures incongrues.

Elizabeth II à Sandringham
Elizabeth II dans la salle de bal du palais de Sandringham, dans le Norfolk @BelgaImage

Ce dimanche, le Royaume-Uni fêtera les 70 ans du règne d’Elizabeth II, montée sur le trône le 6 février 1952. Un anniversaire au goût amer pour elle puisqu’il s’agit aussi de la date de la mort de son père, le roi George VI, décédé d’un cancer du poumon. Raison qui explique d’ailleurs qu’elle ne fêtera son jubilé qu’en juin, lors de l’événement Trooping the Colour qui célèbre l’anniversaire officiel des souverains britanniques (qui n’est pas lié à leurs jours de naissance).

Ce début de règne en 1952 représente d’ailleurs déjà à lui seul une bizarrerie de l’histoire de Sa Majesté, comme le montre la série "The Crown". Il y a exactement 70 ans, elle était en voyage officiel au Kenya et n’a appris la mort de George VI que très tardivement, durant la soirée. Les Britanniques, eux, pleuraient déjà le décès du bien-aimé monarque depuis la matinée. Une première anecdote qui est loin d’être la seule info insolite d’un règne déjà très long.

1966: le moment le plus emblématique du règne

Si un moment du règne d’Elizabeth II est resté dans les mémoires, c’est probablement son couronnement, le 2 juin 1953 à Westminster, diffusé pour la première fois de l’histoire en Mondovision dans plusieurs pays européens. À une époque où peu de foyers ont la télé, près de 200 millions de téléspectateurs ont probablement vu l’événement (même s’il est impossible d’avoir des chiffres précis, par manque de données).

Et pourtant, outre-Manche, ce n’est pas cette date-là qui aurait marqué le plus les Britanniques. Selon un sondage rapporté par le Daily Mail, le moment le plus emblématique du règne d’Elizabeth II est… un match de football. Le 30 juillet 1966, Wembley accueille la finale de la coupe du monde et contre l’équipe ouest-allemande, il y avait les Anglais. Évidemment, la reine est présente. La partie est très serrée et doit même être prolongée au-delà des 90 minutes règlementaires. Puis Geoff Hurst délivre le public londonien avec deux buts, à la 101e et 120e minute, dont un très contesté. Le trophée est alors remis par Elizabeth II en personne à Bobby Moore, capitaine de l’équipe anglaise. Une image restée gravée comme le moment le plus inoubliable pour les Britanniques durant tout le règne de leur souveraine.

Les animaux de la reine

Au rayon insolite, la reine est bien connue pour son amour des corgis. Plus de 30 de ces chiens se sont succédés à ses côtés. Certains ont même blessé la reine ou d’autres personnes, comme un policier mordu en 1954. En 1968, un panneau "Attention au chien" a d’ailleurs dû être placé au château écossais de Balmoral après qu’un facteur ait subi le même sort. Aujourd’hui, trois corgis entourent la reine: Candy, Muick et un autre qui n’a pas de nom.

Mais Elizabeth II ne possède pas que des corgis. Outre plusieurs chevaux, elle a reçu une vache nommée Beauchamp Oxford Lady en 1957 ou encore toutes sortes d’animaux exotiques au début de son règne (hippopotames du Libéria par exemple). Plus frappant encore: la reine peut revendiquer la propriété… des animaux peuplant les eaux britanniques. Tout y passe: dauphins, baleines, poissons en tout genre, etc. Un privilège qui remonte à 1324 et qui n’a jamais été aboli. Autrement dit, elle a tout à fait le droit d’aller voir un pêcheur et de lui demander de lui remettre tout ce qu’il a pêché dans son domaine maritime.

Autre tradition qui perdure de nos jours: depuis le XIIe siècle, une cérémonie appelée le Swan Upping consiste à recenser tous les cygnes du bassin de la Tamise. À l’époque, il s’agissait d’assurer que cette source de nourriture garnisse les banquets de la Couronne britannique. Aujourd’hui, même si les cygnes ne se retrouvent plus dans l’assiette de la reine, ce recensement à grande échelle est toujours effectué par le Queen’s Swan Marker (marqueur de cygnes de la Reine) lors de la troisième semaine de juillet. Parfois, la reine s’affiche lors de cet événement annuel.

Test de la mouche morte et poète personnel

Si vous voulez travailler pour la souveraine, il vaut mieux être prêt. Comme l’explique notamment le documentaire "Inside Sandringham", il ne suffit pas d’être Britannique, condition déjà obligatoire pour être engagé. Si vous écrivez dans votre lettre de motivation une phrase comme "J’ai toujours rêvé de travailler pour la famille royale", cela vous élimine d’office car vous vous éloignez du sujet. Miser sur ses affinités avec le Royaume-Uni et le Commonwealth est jugé plus à propos.

Suivent l’obtention d’une autorisation des "Royal Household" ("ménages royaux") et diverses épreuves comme le dressage du lit, le nettoyage de l’argenterie, etc. Et au milieu de ce véritable examen, il y a le test de la mouche morte. Le but: amener le candidat dans une pièce où il doit, après un rapide coup d’œil, repérer et ramasser une mouche morte par exemple placée sur le tapis ou dans la cheminée. Cette épreuve est souvent fatale: la moitié des aspirants serviteurs de la reine ne repèrent pas l’insecte et seulement un sur dix le ramasse.

Parmi les personnes au service d’Elizabeth II, on retrouve aussi un poste pour le moins particulier: le poète personnel de Sa Majesté. Ce dernier jouit d’une fonction officielle à la cour. Auparavant nommé à vie, ce poste créé en 1668 est désormais soumis à une durée de deux ans renouvelables. De 2009 à 2019, c’est Carol Ann Duffy qui tenait ce titre prestigieux. Elle était la première femme à jouir de cette position. Depuis, c’est Simon Armitage, un professeur de Leeds et d’Oxford, qui a repris le flambeau.

Langue française

En parlant de littérature, il faut noter que depuis la conquête normande de l’Angleterre en 1066, les Britanniques entretiennent un rapport particulier avec la langue française. Près de 30% du vocabulaire anglais provient de notre langue, sans compter les autres 30% issus d’un héritage latin commun et d’autres éléments de grec, etc. Pendant des siècles, le français a été la langue de la monarchie anglaise, d’où son cri de guerre "Dieu et mon droit" qui figure encore aujourd’hui comme tel sur les armoiries royales du Royaume-Uni.

Elizabeth II reste en ce sens fidèle à cet héritage en ayant appris le français pendant sa jeunesse avec notamment sa gouvernante française Georgina Guérin et une aristocrate belge, Antoinette de Bellaigue. Encore aujourd’hui, elle tient à parler la langue de Molière lors des visites dans des pays francophones. Elle l’a prouvé à plusieurs reprises en se rendant par exemple à l’Élysée. Parfois, elle le fait aussi lorsqu’elle s’adresse aux Canadiens, comme en 2017 lors du 150e anniversaire de la Confédération canadienne. A priori, l’avenir du français dans la famille royale britannique est assuré vu que le prince Charles parle cette langue, tout comme le prince William (même si ce dernier est moins à l’aise dans cet exercice).

Pas de permis, de passeport, d’impôts ou de poursuites judiciaires

Parmi les autres côtés insolites de la monarchie britannique, il y a toute une série de privilèges. La reine peut par exemple conduire une voiture… sans permis. Légalement, elle n’a pas l’obligation de le posséder. Dans les faits, elle a quand même appris à conduire pendant la Seconde Guerre mondiale. Autre document dont elle peut être exemptée: son passeport. Les autres membres de la famille royale doivent quant à eux présenter ce document à l’étranger.

Autre héritage des anciennes lois britanniques: la reine n’est pas contrainte de se soumettre au payement de l’impôt. Mais à l’instar du permis de conduire, elle a finalement décidé de se plier à cette règle. Depuis 1992, elle s’acquitte d’un impôt sur les revenus et les plus-values. Par contre, elle reste protégée d’une quelconque poursuite judiciaire. Elizabeth II ne pourra donc jamais se retrouver forcée de se rendre face à une cour de justice. Comment imaginer en effet la reine dans une telle situation, sans compter qu’elle est aussi à la tête de l’Église anglicane? Dans les faits, si elle venait à être sérieusement mise en cause, elle pourrait néanmoins être contrainte d’abdiquer par la force des choses.

Une reine déjà morte?

Le règne d’Elizabeth II pourrait être revu de long en large à travers toute une série d’anecdotes. Mais l’une d’elle avait un goût particulier. En 2015, un message alarmant apparaît sur un compte Twitter. "URGENT: la reine Elizabeth reçoit des soins au King Edward VII Hospital de Londres. Communiqué suivra rapidement". Ce compte appartient à Ahmen Khawaja, journaliste à la BBC, autrement dit une source a priori fiable. C’est ce qui fait que rapidement des médias comme CNN aux États-Unis et Bild en Allemagne reprennent l’info. Peu après, le même compte Twitter publie un autre message: "La reine Elizabeth est morte".

L’annonce déclenche un véritable choc, alors que la reine subissait justement à ce moment-là un examen de santé annuel. Mais évidemment, il n’en est rien et les publications sont rapidement supprimées. Comme l’a expliqué ensuite Ahmen Khawaja, qui s’est excusée depuis, son téléphone était resté sans surveillance et un petit blagueur a eu l’idée de publier ces deux messages sur Twitter. Il n’empêche qu’à cause de cette affaire, le porte-parole du palais de Buckingham a dû prendre la parole pour assurer que la reine était bien sortie de l’hôpital. La BBC a quant à elle assuré que l’incident a eu lieu lors d’un test de ses infos nécrologiques, tout en lançant une enquête et en s’excusant pour le mal causé.

Un record mondial de longévité de plus en plus proche

À 95 ans aujourd’hui, Elizabeth II est donc toujours en vie et cela lui a permis de devenir la reine britannique avec le règne le plus long de l’histoire. Demain, le compteur sera fixé à 70 ans. Avant elle, c’est la reine Victoria qui détenait le titre, avec près de 63 ans et demi sur le trône.

Maintenant, Elizabeth II peut viser le titre suprême: le monarque au règne le plus long non seulement à l’échelle britannique mais mondiale. Pour l’instant, aucune tête couronnée actuellement en vie n’est au-dessus d’elle. Dans moins d’une centaine de jours, elle dépassera celui qui est actuellement le troisième sur le podium: l’ancien prince de Liechtenstein, Jean II (décédé en 1929). Quelques jours plus tard, elle devra ensuite passer devant le roi de Thaïlande, Rama IX (mort en 2016 après 70 ans et 126 jours de règne). Enfin, il y aura l’étape ultime: battre le Roi-Soleil, Louis XIV. Ce dernier était resté sur le trône de France pendant 72 ans et 110 jours. Autrement dit, vers la mi-2024, si Elizabeth II est toujours en vie, elle prendra la tête du classement (si on excepte quelques princes restés à la tête de petits États allemands encore plus longtemps).

"Le London Bridge est en panne"

Mais lorsque le jour de la mort de la reine arrivera, que se passera-t-il? Pour cela, tout est prévu par l’opération London Bridge, le nom de code prévu pour l’occasion. Dès qu’Elizabeth II aura laissé échapper son dernier souffle, son secrétaire privé appellera le Premier ministre, quitte à le réveiller en pleine nuit, pour lui dire la phrase suivante: "Le London Bridge est en panne, je répète, le London Bridge est en panne". Un service des Affaires étrangères préviendra ensuite les chancelleries étrangères du Commonwealth via un dispositif spécial pour garder l’information secrète. Ce n’est qu’une fois cela fait que tous les médias (et non seulement la BBC) seront invités à diffuser la nouvelle.

Un panneau noir relayant la nouvelle décorera alors la porte de Buckingham, les drapeaux seront mis en berne, des hommages seront rendus et les Londoniens entendront partout une liste de chansons tristes diffusées par toutes les stations de radio. Si le corps de la défunte reine n’est de base pas à Londres, il y sera rapatrié selon un code précis: accompagné d’un rituel écossais si elle meurt à Balmoral, ou via un jet privé surnommé le Royal Flight si elle décède à l’étranger. Sa dépouille sera ensuite exposée dans la salle du trône du palais de Buckingham, avec un personnel prié de rester impassible, du moins en façade.

Après un jour de deuil, les drapeaux reflotteront normalement et une proclamation sera faite au Palais Saint-James pour confirmer l’arrivée d’un nouveau roi, le tout sous le son des trompettes et des hérauts d’armes dans toute la ville, notamment à Trafalgar Square. Comme pour Elizabeth II, le véritablement couronnement arrivera des mois plus tard. Mais c’est ce jour-là que son successeur sera intronisé, c’est-à-dire en l’état actuel son fils sous le nom de Charles III. Suivra ensuite le petit-fils avec le titre de roi William V (ou Guillaume V en français).

Dans les jours suivants, le nouveau souverain fera un tour du royaume à l’instar des anciennes Joyeuses Entrées, c’est-à-dire à Édimbourg, Belfast et Cardiff, respectivement capitales d’Écosse, d’Irlande du Nord et du Pays de Galles. À J+4 après la mort d’Elizabeth II, son cercueil sera installé au Palais de Westminster pour quatre jours en suivant un grand défilé militaire via l’avenue du Mall. Son successeur sera déjà présent pour l’occasion. Une fois ce nouveau délai passé, il y aura l’enterrement, qui sera un jour férié pour les Britanniques. Big Ben fera sonner son glas et une cérémonie aura lieu à l’abbaye de Westminster, où arrivera le cercueil depuis le palais voisin. À 11 heures, le pays entier suivra un moment de silence. Puis une dernière procession amènera le corps de la reine à la chapelle Saint-Georges du château de Windsor, dernière demeure de ses prédécesseurs au trône britannique et où repose aussi son défunt mari, Philip.

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