L’OTAN, problème ou solution à la crise ukrainienne ?

Selon Vladimir Poutine, les Occidentaux ont trahi une parole donnée il y a trente ans de ne pas élargir l'OTAN à l'est. D'où son intransigeance actuelle.

Troupes US en Europe de l'Est
Belga

Il y a deux ans, Emmanuel Macron lançait que l’OTAN était " état de mort cérébrale ". Donald Trump en avait marre de payer pour la défense européenne. Ces derniers avançaient, comme toujours, de manière dispersée. Et puis, cette organisation avait-elle encore un sens alors que le communisme était tombé trente ans plus tôt et que la plupart des anciens pays du bloc de l’Est avaient rejoint non seulement l’organisation, mais aussi l’Union européenne ?

Parole trahie

Aujourd’hui, la crise ukrainienne replace l’OTAN au centre du jeu. Elle apparaît à la fois comme le problème et l’éventuelle solution au problème. Selon le point de  vue que l’on prend. Face à la menace d’invasion russe, les Occidentaux réagissent de concert et l’OTAN redevient l’instance de choix. Mais c’est aussi elle qui crée la tension. Si les Russes déploient une armée à la frontière ukrainienne, c’est pour éviter une nouvelle expansion de l’organisation jusqu’à ses frontières. Pour Vladimir Poutine, ce n’est pas négociable. Il n’y aura pas deux trahisons.

Il pointe la parole qui selon lui avait été donnée par les Occidentaux, lors de la chute du communisme, que l’OTAN ne s’étendrait pas à l’est. " Qu’est-il advenu des assurances données par nos partenaires occidentaux après la dissolution du pacte de Varsovie [le pendant soviétique de l’Otan] ? Où sont ces déclarations aujourd’hui ? Personne ne s’en souvient ", avait-il lancé en 2007 lors de la conférence sur la sécurité de Munich. Parole trahie? Mythe ou réalité ?

Carte élargissement OTAN

Carte de l’élargissement de l’OTAN – DR

1990, sur les décombres du Rideau de Fer…

L’Organisation du Traité Atlantique Nord a été mise en place en 1949, au sortir de la Seconde guerre mondiale, pour protéger l’Europe de toute tentative expansionniste soviétique. A la chute du Mur de Berlin, la donne change immanquablement.

Le 9 février 1990, le secrétaire d’Etat américain James Baker et celui qui est toujours le patron du Kremlin, Mikaïl Gorbatchev, s’entretiennent au sujet de l’Allemagne de l’est. Il est alors convenu que l’OTAN ne s’étendra pas à la RDA, une promesse répétée dans un discours du secrétaire général de l’OTAN le 17 mai à Bruxelles.

Une promesse difficilement tenable dès lors que l’Allemagne est réunifiée. Un nouvel accord est dès lors trouvé en septembre entre les Américains et la Russie pour permettre aux troupes de l’OTAN de stationner au-delà du " Rideau de Fer ", soit à la nouvelle frontière allemande. Mais pas question d’un élargissement plus à l’Est.

Vladimir Poutine

Vladimir Poutine – Belga

Problème ou solution ?

Or, on sait ce qu’il en est advenu. Pour les Occidentaux, le contexte était fondamentalement différent en 1990 et en 1991. Selon eux, personne n’aurait pu prévoir la chute de l’URSS… De plus, la promesse avait été donnée oralement. Pas de trace écrite, de traité officiel ou autre. La parole ne valait donc que selon le contexte de l’époque. Pour les Russes, c’est un autre son de cloche : il s’agit ni plus ni moins d’une trahison et il est hors de question que cela se reproduise aujourd’hui avec l’Ukraine. Si celle-ci rejoignait l’OTAN, cela placerait les troupes occidentales à la frontière russe.

Ce qui nous amène au regain de tension actuel. Alors qu’Américains et Britanniques envoient des troupes en Ukraine et que les troupes russes sont déjà déployées dans le Dombass, la question se pose du rôle de l’OTAN dans tout cela. Pour les ex-pays du bloc de l’Est qui ont rejoint l’organisation et l’Union, l’OTAN est sa seule protection face à la menace russe qu’ils considèrent bien réelle. Pour la Russie, l’OTAN, dont l’existence n’est plus justifiée trente ans après la chute du communisme, est source de tension avec les Occidentaux. Se dirige-t-on vers une guerre au nom de l’OTAN?

Sur le même sujet
Plus d'actualité