Royaume-Uni: que contient le rapport sur le "Partygate"?

Le Premier ministre britannique s'est excusé et promet des mesures suite à la publication de ce rapport très attendu sur le «Partygate».

Boris Johnson au 10 Downing Street
Boris Johnson quittant le 10 Downing Street pour la Chambre des Communes, à Londres le 31 janvier 2022 @BelgaImage

Il y a eu des "erreurs de leadership" et des leçons doivent être "tirées": un rapport administratif très attendu sur le scandale des fêtes à Downing Street durant le confinement a rappelé sèchement à l’ordre lundi le Premier ministre britannique Boris Johnson. Après la publication de ce document, M. Johnson s’est excusé et a annoncé des changements dans le fonctionnement du cabinet et de Downing Street.

Un rapport sur 16 événements, dont 12 avec "une référence minimale"

La publication de ce rapport, rédigé par la haute fonctionnaire Sue Gray, sur les pots de départ, garden parties et fêtes de Noël ou d’anniversaire organisés en 2020 et 2021 à la résidence du Premier ministre, ébranle Boris Johnson, dont la popularité a déjà souffert du scandale. "Il y a eu des échecs de leadership et de jugement de la part de différentes parties de Downing Street et du Cabinet Office à des moments différents", a souligné Sue Gray, dans ce rapport qui a été remis au Premier ministre dans la matinée et publié en début d’après-midi.

À une période où les Britanniques étaient contraints de limiter drastiquement leurs interactions sociales en pleine pandémie de Covid-19, "certains des comportements liés à ces rassemblements sont difficiles à justifier", a-t-elle pointé du doigt. Elle dénonce notamment une "consommation excessive d’alcool" qui "n’est pas appropriée dans un cadre professionnel" et souligne que le jardin de la résidence du Premier ministre a été utilisé pour "des rassemblements sans autorisation claire ou surveillance", ce qui "n’était pas approprié".

Elle conclut qu’"un certain nombre de ces rassemblements n’auraient pas dû être autorisés à avoir lieu ou à se dérouler comme ils l’ont fait. Il y a un enseignement important à tirer de ces événements qui doit être abordé immédiatement dans l’ensemble du gouvernement", ajoute-t-elle, soulignant que "cela n’a pas besoin d’attendre les conclusions de l’enquête de police".

Sur Gray s’est penchée sur 16 événements, dont 12 font l’objet d’une enquête de police, parmi lesquels un rassemblement dans l’appartement de Downing Street et un autre à l’occasion de l’anniversaire de Boris Johnson en juin 2020. En raison de l’enquête de police en cours, la haute fonctionnaire a expliqué qu’elle ne peut faire qu’"une référence minimale" aux rassemblements sur lesquels enquête la police dans son rapport de 12 pages. La police britannique avait provoqué l’indignation vendredi en demandant que ce rapport interne soit expurgé d’éléments clés afin de ne pas nuire à ses propres investigations sur plusieurs de ces fêtes, potentiellement les plus dommageables pour Boris Johnson.

Des excuses et des mesures suffisantes?

Suite à la publication du rapport, Boris Johnson a tenu à prendre la parole sur cette affaire. "Tout d’abord, je veux dire désolé. Je suis désolé pour les choses que nous n’avons tout simplement pas bien faites et je suis désolé pour la façon dont cette affaire a été traitée", a déclaré le Premier ministre. Il a ajouté que la pandémie était "difficile pour tout le monde" et a admis qu’il avait exigé de grands sacrifices de la part des habitants de tout le pays. "Il ne suffit pas de s’excuser. C’est un moment où nous devons nous regarder dans le miroir et apprendre", a-t-il déclaré.

Johnson a également déclaré qu’il "accepte pleinement" les conclusions de Gray. Il s’est en outre engagé à apporter des changements "maintenant" à la manière dont Downing Street et le cabinet sont dirigés. Il veut le faire, entre autres, en installant un bureau du Premier ministre avec un secrétaire permanent à Downing Street. Le Premier ministre a également souligné ce que son gouvernement a été en mesure de réaliser. "La question est de savoir si ce gouvernement est toujours digne de confiance. Ma réponse est ‘oui’".

L’opposition britannique a déjà fustigé le Premier ministre après la publication du rapport. Plusieurs députés de l’opposition du parti travailliste et des libéraux démocrates, entre autres, exigent la démission du Premier ministre. "Il doit partir avant de pouvoir faire plus de dégâts au pays", a déclaré le chef libéral démocrate Ed Davey. Il appelle les députés conservateurs à "faire leur devoir patriotique". L’opposition demande depuis longtemps la démission de Boris Johnson mais n’a pas la majorité à la Chambre des communes. Le parti conservateur de Johnson y est aux commandes. Le vrai danger pour le Premier ministre vient donc principalement des membres de son parti en colère. Ils peuvent essayer de l’évincer en tant que chef du parti. Ensuite, il devrait également partir en tant que Premier ministre.

Brandir le Brexit pour faire oublier le Partygate?

La révélation de ces fêtes à Downing Street ont choqué les Britanniques, qui étaient alors soumis à de stricts confinements, et plongé Boris Johnson dans une grave crise menaçant son maintien à son poste. Beaucoup de députés de son camp attendaient la publication du rapport de Sue Gray pour décider de tenter de l’évincer ou non par le biais d’un vote de défiance.

Disant comprendre la colère du public, Boris Johnson avait présenté des excuses pour ses "mauvais jugements", mais il s’est défendu d’avoir enfreint les règles, affirmant notamment avoir pensé qu’une fête où il s’était brièvement rendu en mai 2020 était un "événement de travail". "Nous allons devoir attendre et voir le résultat des investigations, mais bien sûr, je maintiens absolument ce que j’ai dit dans le passé", a-t-il déclaré lundi en début de journée, interrogé à la télévision en marge d’une visite dans le sud-est de l’Angleterre.

Pour faire oublier les scandales, le Premier ministre a lancé une contre-offensive, annonçant lundi un projet de loi "libertés du Brexit" qui vise à faciliter le processus déjà en cours pour modifier ou abandonner et remplacer les lois héritées de l’Union européenne.

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