Le photographe René Robert mort dans l’indifférence sur un trottoir parisien

Ce photographe est décédé dans le froid après avoir trébuché ou fait un malaise. Il a fallu des heures avant qu'une personne appelle à l'aide, trop tard.

Le photographe René Robert
Le photographe René Robert @Capture d’écran Twitter

La semaine dernière, le jeudi 20 janvier, le photographe René Robert, 84 ans, est décédé après être resté une nuit entière dans Paris à cause d’une chute. Personne ne s’est arrêté pour lui porter secours si ce n’est un SDF, mais trop tard. Après neuf heures dans le froid, l’artiste n’a pas survécu. Une tragédie que raconte avec émotion l’un de ses amis, Michel Mompontet, journaliste et éditorialiste sur France Info.

Hypothermie mortelle

La scène a eu lieu non pas dans un sombre cul-de-sac de Paris sur du côté de la rue de Turbigo, une voie particulièrement importante du centre-ville qui relie les Halles à la Place de la République. C’est dans ce quartier qu’habitait René Robert. Comme le raconte Michel Mompontet, le photographe avait pour habitude de se promener dans ce coin particulièrement animé de la capitale française. C’est ce qu’il a fait le mercredi 19 janvier, vers 21 heures, lorsque le drame est arrivé, probablement une demi-heure plus tard.

"A-t-il trébuché? A-t-il fait un malaise? On ne sait pas. Ce qu’on sait, c’est qu’il est tombé, un peu sonné et qu’il n’a pas pu se relever", explique le journaliste. Évidemment, ce n’est pas les passants qui manquent dans ce quartier où les bars sont nombreux, mais personne ne s’arrête pour lui venir en aide. À 6h30 le lendemain matin, soit neuf heures plus tard, les pompiers sont appelés à l’aide par un SDF. Il est emmené en urgence à l’hôpital Cochin mais les secours n’arrivent pas à le réanimer. René Robert a succombé à une hypothermie extrême.

Il était notamment réputé pour ses portraits en noir et blanc. Il s’était notamment pris de passion pour le flamenco, photographiant les danseurs de passage à Paris puis en allant lui-même les rencontre en Espagne. Il avait notamment appris à connaître Paco de Lucía, l’un des guitaristes de flamenco les plus réputés.

Les conséquences de l’effet spectateur

Michel Mompontet préfère ne pas jeter la pierre sur ces passants qui ne se sont pas arrêtés pour voir ce qui se passait. Lui-même dit ne pas être certain de ce qu’il aurait fait à leur place. Il faut d’ailleurs noter que ce genre de drame a même fait l’objet d’une théorie bien connue en psychologie: l’effet spectateur (ou témoin). Il s’agit du fait de ne pas réagir à une situation d’urgence à cause de la présence d’autres personnes sur les lieux et n’agissant pas, elles aussi.

Théorisé dès les années 1960 par deux psychologues, John Darley et Bibb Latané, ce phénomène a été testé de nombreuses fois lors d’expériences scientifiques diverses et variées. Il ne s’agit d’ailleurs pas seulement du fait de ne pas aider quelqu’un dans la rue. Les chercheurs l’ont par exemple montré en plaçant une personne lors d’une réunion. Un inconnu, situé en-dehors de la pièce, crie de douleur mais les autres membres de la réunion, tous acteurs, ne bougent pas d’un poil. Par conséquent, souvent, le "cobaye" fait de même.

Dans la vie réelle, ce ne sont pas les exemples qui manquent. Le plus célèbre est celui du meurtre de Kitty Genovese, une New-Yorkaise de 28 ans, en 1964. Violée et poignardée dans le Queens, aucun témoin n’a osé réagir. C’est son cas qui a amené John Darley et Bibb Latané à s’interroger sur ce problème.

Un des outils essentiels pour éviter ce phénomène, c’est d’abord la simple connaissance de cette réalité. "On peut éduquer très tôt contre ses effets, expliquer comment appeler à l’aide et faire des enseignements sur les effets de groupe", explique à France Info Martine Batt, professeure de psychologie à l’université de Lorraine. "Tirer une sonnette d’alarme à quai, avoir une intervention active en cas de harcèlement… Ça peut être aussi un simple sourire, se lever ou se rapprocher. Ça peut aider, le fait de montrer par un moyen ou un autre une sorte d’empathie avec la victime", ajoute Olivia Mons, porte-parole de la fédération France Victimes. En somme, un petit geste peut parfois représenter le déclencheur d’une réaction en chaîne, les autres se mettant eux aussi à aider, même dans des situations dangereuses comme une agression.

Sur le même sujet
Plus d'actualité