Joe Biden, un an après: un bilan contrasté

Le nouveau président des États-Unis suscitait beaucoup d’espoirs. Joe Biden a réussi à réconcilier l’Amérique avec le monde. Mais pas les Américains avec eux-mêmes.

le président américain joe biden
Le taux de popularité de Joe Biden est tombé à 42 %. Depuis 1945, seul Trump a fait pire. © BelgaImage

La symbolique est forte. On se souvient de l’assaut du Capitole, le 6 janvier 2021. Moins de la prestation de serment de Joe Biden, quelques jours plus tard, que les cohortes trumpistes voulaient empêcher. C’est que la première année de mandat du 46e président des États-Unis, après en avoir été le… 47e vice-président, n’a pas effacé tous les marqueurs de l’ère Trump. Certes, les différences avec le mandat de son prédécesseur sont déjà indéniables. “L’image des USA à travers le monde s’est améliorée et la façon de gouverner a profondément changé”, commente Serge Jaumain, professeur d’histoire contemporaine à l’ULB et codirecteur d’AmericaS, le centre interdisciplinaire d’études des Amériques. En ce qui concerne les actions concrètes et les résultats par contre, “le bilan est mitigé. Mais la société américaine est totalement polarisée. Est-ce la faute de Biden ou de l’environnement politique?”, se demande Tanguy Struye de Swielande, professeur de relations internationales à l’UCLouvain.

Chaos afghan

Un des événements qui aura marqué cette première année de présidence est sans aucun doute le retrait des troupes américaines d’Afghanistan, permettant aux talibans de revenir rapidement au pouvoir. La majorité des observateurs sont d’accord: ce départ était indispensable. Mais sur l’exécution des opérations, les avis divergent. Serge Jaumain parle de “débâcle”. “Ce retrait a été décidé sans concertation avec les alliés, alors qu’auparavant il y avait toujours prises de contact, analyse l’historien. Il y a eu des erreurs d’organisation. Un retrait par étapes aurait été plus judicieux. Biden a hérité ce dossier de Trump et n’a pas pu faire grand-chose. Certains problèmes ne sont pas uniquement de son fait. Mais c’est à lui de les assumer.” Tanguy Struye est, lui, plus modéré: cette situation chaotique en Afghanistan était, selon lui, inévitable. “Les gens oublient ce que sont les guerres, ce n’est jamais très beau. Personne n’avait prévu cette avancée si rapide des talibans. Je ne pense pas que Joe Biden, ou quelqu’un d’autre, aurait pu faire mieux.

Retour de la diplomatie

Sur la scène internationale, Biden est à l’opposé complet de son prédécesseur. Les relations avec l’Europe notamment sont meilleures. Les États-Unis sont également de retour dans les grandes organisations, comme l’Otan, mais aussi dans les accords de Paris ou dans les discussions avec l’Iran. “L’image est bien plus positive: il y a du dialogue, des négociations, implication des autres…”, poursuit Tanguy Struye. “Renouer les liens est sans doute une des choses que Biden fait le mieux. C’est un très bon diplomate, habitué aux négociations”, ajoute Serge Jaumain.

Joe Biden

Joe Biden et sa vice-présidente Kamala Harris. © BelgaImage

Mais sur le fond, le professeur de l’ULB marque sa déception. “Avec quelqu’un d’aussi expérimenté en politique internationale, on s’attendait à de nets ­changements. Finalement, dans une série de dossiers, on a l’impression d’avoir la politique de Trump, dominée par les intérêts nationaux des USA, mais avec le sourire.” C’est notamment le cas dans les interactions avec la Chine. “Il s’agit d’un des rares sujets qui fait l’unanimité parmi les membres du Congrès. Ils veulent maintenir la même politique qu’avant.” En revanche, après la camaraderie Poutine-Trump, les relations avec la Russie se sont refroidies, d’autant plus depuis les tensions avec l’Ukraine. “Biden a privilégié la négociation tout en prenant des positions extrêmement fermes à l’égard de Poutine. Reste à voir comment se comporteront les USA si la Russie attaque…

Pandémie politisée

En termes de politique intérieure, la gestion de la crise sanitaire a évidemment été un dossier majeur de cette année 2021. Et pour Tanguy Struye, elle a été plutôt bonne. “Il a pris des décisions pour encourager à la vaccination, il parvient à s’adapter à la situation, à faire évoluer sa stratégie… Par rapport à l’administration Trump, c’est moins chaotique, les lignes sont claires.” Le problème est qu’aux États-Unis, le Covid est devenu un véritable marqueur politique. Ainsi, les républicains sont très antivax. “Les États-Unis sont un État fédéral où les gouverneurs ont beaucoup de pouvoir. Si Biden encourage à la vaccination, des gouverneurs républicains iront forcément dans le sens inverse.” Parmi les initiatives appréciées, il faut noter un plan Covid de 1.900 milliards de dollars pour venir en aide aux États et aux familles après la pandémie. “Il a essayé de relancer l’économie, d’aider les classes moyennes et popu­laires. Cela a été bien accueilli, même par plusieurs républicains.” “Cela a permis de montrer à quoi pouvait servir le filet de protection sociale américain, commente Serge Jaumain. Maintenant, on attend de voir si cela va permettre une relance rapide de l’économie américaine.”

Relance ardue

L’autre dossier majeur de cette première année, c’est le fameux plan de relance “Build Back ­Better”. Son but: rénover routes, ponts, aéroports, mais aussi améliorer l’accès à l’eau ­potable, à Internet, investir dans l’écologie… “C’est fabuleux comme truc, analyse Tanguy Struye. Les États-Unis ont un énorme problème dans ces secteurs. S’ils n’investissent pas dans ces domaines, le leadership américain dans le monde finira par s’écrouler.” Il a été divisé en trois lois. La première, liée au Covid, a donc été votée en mars, la deuxième, qui répartit 1.200 milliards dans les infrastructures, les investissements et l’emploi, a été votée en novembre après de longues discussions. Mais la dernière, autour de la santé, du logement et de l’écologie, pourrait bien ne pas voir le jour.

Joe Biden

Joe Biden © BelgaImage

Après avoir revu le montant à la baisse (de 3.500 à 2.200 milliards), le projet de loi est passé au Congrès, mais doit encore être validé par le Sénat, où les démocrates n’ont qu’une très courte majorité. ­Chaque voix sera donc nécessaire, mais le parti est divisé et deux sénateurs, plus centristes, s’y opposent. “C’est une politique interventionniste, trop socialiste pour les États-Unis, d’où les controverses. Pour les centristes et les républicains, cela va creuser la dette.” Coup dur donc pour ce grand projet de Biden, qui tombera probablement à l’eau. “Le sujet devrait revenir à l’agenda fin janvier. Je ne pense pas que cette version de la loi passera, mais une nouvelle révision pourrait être votée d’ici les élections de novembre. Sans ça, le bilan des démocrates à mi-mandat serait assez mauvais.

Un peu moins pire

Les quatre années de Trump ayant fortement aggravé la polarisation de la société américaine, beaucoup espéraient que Joe Biden serait celui qui réconcilierait les deux camps. Pour l’instant, c’est mal parti. Son taux de popularité a atteint 42 %, un record depuis 1945. Seul son prédécesseur a fait pire. “Il était sans doute la personne la plus à même de raccommoder cette Amérique. Il a plus d’expérience et plus de qualités que les autres, indique Serge Jaumain. Mais les clivages sont là pour rester. La société américaine, ce sont deux bulles qui n’interagissent plus.

Malgré cette première année plutôt moyenne, pour Tanguy Struye, il n’y a pas de quoi accabler le président américain. “Il faut tenir compte des défis de l’époque, qui sont nombreux et énormes, conclut le politologue. De nos jours, on ne peut plus attendre d’un décideur qu’il soit exceptionnel, aux États-Unis comme ailleurs.”

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