Comment Boris Johnson a perdu son mojo

Le #partygate semble sonner le début de la fin pour Boris Johnson, lâché par une partie des Conservateurs. BoJo aurait-il perdu son mojo ?

Boris Johnson
Belga

Le 12 janvier, devant les parlementaires, le Premier ministre britannique a avoué avoir participé à une fête à Downing Street en mai 2020, alors que le pays était strictement confiné. " Mais je n’ai pas réalisé qu’il s’agissait d’une fête ", a-t-il marmonné, penaud, tandis que les huées montaient dans l’assemblée. Dans la foulée, l’opposition, mais aussi une partie des conservateurs, a demandé sa démission.

Serait-ce le début de la fin pour Boris Johnson ? Cela y ressemble. Même s’il ne faut pas vendre la peau de l’ours péroxydé avant de l’avoir tué, car le bonhomme s’est déjà sorti de pas mal de pétrins, il faut bien avouer que l’année commence comme 2021 s’est terminée pour le PM : mal. Tout avait pourtant si bien commencé…

Boris Johnson sort du 10, Downing Street

Boris Johnson sort du 10, Downing Street – Belga

Boris sur un nuage… puis aux urgences

Arrivé au 10, Downing Street en août 2019, Boris Johnson avait consolidé son autorité en décembre en remportant les élections anticipées avec le meilleur score des Conservateurs depuis 1987. Dans la foulée, il a fait passer l’accord du Brexit au Parlement britannique. Notre homme était lancé sur les chapeaux de roue et, en ce début d’année 2020, tout semblait lui sourire. Et puis, la pandémie est arrivée…

D’abord, il n’y a pas cru. " Je vais continuer à serrer des mains ", lançait-il aux caméras tout en serrant des mains, enjoué. Jusqu’au jour où il attrapa le Covid… Et fut emmené aux soins intensifs. C’était au tout début. Le Royaume Uni avait perdu son capitaine pour faire face à la crise sanitaire. Tout partait à vau-l’eau. Quelques semaines après être sorti de l’hôpital, il participait à une petite fête " BYOB " (" Apportez vos bouteilles ") à Downing Street alors que tout le pays était dans le dur du confinement…

"Dégagez Johnson de notre démocratie!"

" Dégagez Johnson de notre démocratie! " – Belga

A cette époque, déjà, les choses ne tournent plus comme il l’espérait. Son conseiller politique et proche Dominic Cummings fait les frais d’un voyage en famille à Durham alors que le pays est confiné. En somme, les mesures sanitaires, c’est bon pour le bas peuple, pas pour l’élite ! Mais Bojo conserve son mojo. Il est un des premiers à sortir un vaccin de sa poche et à commencer à tour de bras la vaccination de la population.

Las, le vaccin en question, AstraZeneca, pose pas mal de questions et un conflit avec l’Union européenne s’ensuit autour des doses promises. Boris n’en a cure, England first ! Le Brexit est complété, rien à faire des Européens ! L’Union devient son meilleur ennemi et il n’hésite pas à titiller son voisin français, histoire de raviver les vieilles querelles qui sont toujours populaires. Et pour mieux cacher la réalité du Brexit…

Le Brexit, une erreur historique ?

Les Britanniques se rendent désormais compte de quoi il en retourne : on leur promettait une libération de la bureaucratie européenne honnie, ils récoltent un cauchemar administratif (contrôles douaniers, besoin de passeport…) et une pénurie de main-d’oeuvre ! Et le voilà obligé d’augmenter les impôts dans un pays qui a l’horreur des impôts !

Et puis, où est la Global Britain ? Ces grands accords commerciaux avec les Etats-Unis et les pays du Commonwealth ? Tout juste a-t-il signé des accords symboliques avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande… Pire, alors que le Brexit avait été voté principalement autour de la migration jugée incontrôlée, celle-ci a explosé cette année : 28.000 migrants sont passés en Angleterre, soit dix fois plus qu’en 2019. Et vu les relations entre les deux pays, un accord avec la France n’est pas à l’ordre du jour…

Si un récent sondage montre que 52% (seulement) estiment que le Brexit se déroule mal, la presse eurosceptique commence à se poser de sévères questions : " Le temps presse pour prouver que le Brexit n’est pas une erreur historique ", a titré le 4 janvier le Daily Telegraph. Le PM fait face à une chute vertigineuse de sa popularité et la colère commence à gronder, particulièrement dans le nord traditionnellement travailliste qui a voté en masse pour le Brexit.

"Ceci est une fête"

" Ceci est une fête " = Belga

Le linge sale se lave au sein de la famille politique

Enfin, Johnson est rattrapé par les scandales. Celui du #partygate n’est que le dernier d’une série qui a commencé. D’abord, il y a cette redécoration de son appartement au 10, Downing Street pour lequel BoJo semble monnayer le prix contre l’organisation d’une " grande exposition ". Ensuite, il y a cet acharnement du PM de sauver un ami député pris en flagrant délit de lobbying et son refus d’avouer qu’il avait assisté à cette fête à Downing Street, malgré toutes les preuves accumulées. A cela s’ajoute le bilan de la gestion sanitaire : avec 150.000 décès liés au Covid, le Royaume Uni détient le triste record européen.

Les résultats électoraux ont suivi : mi-décembre, les Conservateurs ont perdu une élection partielle dans un de leur fief historique. Ce qui a réveillé une partie des troupes. Passe encore les scandales à répétitions, mais quand il s’agit des élections, on ne rit plus. Preuve que la situation Johnson est prise au sérieux par ses collègues, le Parti Travailliste, complètement perdu depuis dix ans, est aujourd’hui en tête dans les sondages. Car en Angleterre, le linge sale se lave au sein de la famille politique.

Ce sont les Conservateurs qui ont poussé Thatcher vers la sortie ; ceux-là qui ont forcé Cameron à organiser un référendum sur le Brexit, accélérant sa chute ; et ce sont encore les Conservateurs qui ont jeté Theresa May dehors. Soyons-en certains, si Boris Johnson est contraint de démissionner, ce sera parce que son parti l’aura décidé. Or, il est de plus en plus isolé et certains, comme la ministre des Affaires étrangères Liz Truss ou le Chancelier de l’Echiquier Rishi Sunak, s’avancent déjà au portillon pour saisir prendre sa place. Pas sûr que Boris passe l’hiver au n° 10…

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