Ma vie en prison, épisode 5: dix jours au cachot

Un jeune détenu français raconte, sans filtre, la trouille du premier jour, la “promenade”, le parloir, les gardiens d'élite ou le mitard. Cinquième et dernier épisode de notre série en immersion dans le plus grand établissement pénitentiaire d’Europe.

le cachot ou mitard dans une prison
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Plus connu sous le nom de cachot ou de mitard, le quartier disciplinaire est une prison dans la prison. L’administration y place les détenus sanctionnés pour des faits de violence, de ­trafics divers ou de détention illégale (drogues, armes blanches, télé­phones…). “Tout a commencé avec ce mec qui mettait sa musique à fond le soir dans sa cellule, explique Saïd. Mon codétenu et moi en avions vraiment marre. J’ai commencé à taper sur son mur pour qu’il baisse le son, il a refusé, j’ai insisté, et il a fini par m’insulter. J’ai fermé la fenêtre sans répondre à ses provocations et j’ai laissé tomber.” Difficile d’en dire autant du mélomane d’à côté. Le lendemain, à la promenade, c’est l’accrochage. “Je suis descendu dans la cour et je me suis dirigé vers lui sans l’intention de lui faire du mal. Je voulais juste lui parler. Mais il m’a directement mis une patate. J’ai répondu et la bagarre a commencé.”

Les surveillants accourent et séparent les détenus. À la fin de la promenade, les deux belligérants ­reçoivent un compte-rendu d’incident. Quelques jours plus tard, ils doivent empaqueter leurs effets personnels et passer au prétoire. “C’est une sorte de mini-procès à l’intérieur de la prison. Une petite salle où sont présents le directeur de la maison d’arrêt, un gardien et un représentant de la société civile.” Saïd se défend comme il peut mais est condamné à dix jours de mitard. “On me demande alors de retirer les lacets de mes chaussures pour éviter que je me pende…”

Comme le couloir de la mort

Menotté, le jeune détenu est alors embarqué dans une camionnette en direction du bâtiment D2 de Fleury-Mérogis. “Je monte au quatrième et découvre les ailes de l’étage. C’est hyper-flippant, on dirait le couloir de la mort.” Saïd n’échappe pas à une nouvelle fouille à corps et découvre la pièce qu’il va occuper les dix prochains jours. “À l’intérieur de la cellule, il y a une cage avec une deuxième porte. On est donc ­doublement enfermé. À part la toilette, il y a juste un lit, une table et une chaise. Tout est fixé au sol, on dirait une prison américaine.” Si elle pouvait parler, cette cellule raconterait sans doute des tas d’histoires. “C’était super-crade et les murs étaient remplis de tags, de brûlures et de taches de sang.

Au mitard, les détenus ne peuvent emporter que des habits et quelques livres. Point barre. Pas de télévision, de console de jeux, ni même de “cantine” (plaque chauffante, ustensiles et aliments achetés à l’administration). “On est donc obligé de manger les repas dégueulasses cuisinés par la prison. Les douches, elles, sont communes et accessibles seulement certains jours. Elles sont immondes, l’eau monte aux chevilles. C’est le meilleur moyen de choper une crasse. Quant à la promenade, on a droit à une heure par jour et isolé des autres détenus.” Pas moyen non plus de faire entrer un peu d’air frais ni de communiquer avec les cellules voisines puisque les fenêtres des mitards sont scellées. “Bref, ces cachots sont étouffants – comment font les asthmatiques pour tenir? – et on ne peut y faire que deux choses: lire et dormir.

La première nuit au cachot est la plus compliquée. “Je me sentais seul au monde, c’était très dur psychologiquement de ne rien pouvoir faire.” Dans les mitards français, le taux de suicide est quinze fois plus élevé qu’en cellule ordinaire. “Des détenus m’ont même raconté qu’ils avaient eu des hallucinations ou avaient entendu des voix.” Après des mois de détention ­préventive à Fleury-Mérogis, Saïd est condamné et transféré dans un établissement pour peine. Malgré son jeune âge, ce détenu distille désormais ses conseils aux nouveaux. “Fais-toi quelques amis au quartier des arrivants, ça pourra t’être utile par la suite. Ne sois pas trop gentil avec les autres détenus au risque de te faire marcher dessus, mais sois correct avec les surveillants. La plupart du temps, ils seront alors corrects avec toi. N’hésite pas non plus à aller voir la psychologue et à trouver un travail. C’est le meilleur moyen d’alléger ta peine. Et si tu ne veux pas de codétenu, préviens le surveillant chef que tu es non-fumeur. En général, tu te retrouveras seul car il n’y en a presque pas en prison.

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