Le bitcoin s’effondre, à cause de la crise kazakhe?

La chute du bitcoin braque les projecteurs sur le rôle du Kazakhstan vis-à-vis de cette monnaie, mais la crise de ce pays n’explique pas tout.

Représentation du bitcoin
Représentation du bitcoin @BelgaImage

Le cours du bitcoin fait face à une véritable dégringolade: d’une valeur d’environ 69.000 dollars en novembre 2021, il ne vaut plus que 41.000 aujourd’hui. Une débâcle déjà entamée en décembre mais qui continue de façon frappante en ce début 2022, en cédant plus de 10% cette semaine. Pour l’expliquer, les partisans de cette cryptomonnaie regardent souvent du côté du Kazakhstan, qui traverse une grave crise politique. Un réflexe qui peut étonner de prime abord mais qui est en réalité tout à fait logique. Il s’agit du deuxième pays au monde le plus important pour la création des cryptomonnaies, après les USA, et les émeutes kazakhs ont fait frémir ce système. Mais est-ce que pour autant cela a amené à la chute du bitcoin? Ce n’est pas si sûr.

Quand les mineurs de bitcoin migrent de la Chine au Kazakhstan 

L’importance du Kazakhstan pour le bitcoin est assez récent. Début 2021, cet État ne jouait encore qu’un petit rôle dans son cours. Mais en mai dernier, tout bascule. Jusqu’alors, la Chine abritait environ 50-60% des mineurs de bitcoin de la planète, autrement dit des acteurs de cette cryptomonnaire. Sauf que cela n’a plus été du goût de Pékin, à la fois pour favoriser la devise électronique chinoise mais aussi pour des raisons environnementales, les ordinateurs des mineurs représentant un gouffre énergétique. Le minage du bitcoin consomme par exemple autant d’énergie que la Finlande entière. La Chine a ainsi interdit cette pratique sur son sol. Conséquence directe: un crash de la valeur de cette monnaie de 50% en deux mois.

Les mineurs ont donc dû se trouver une autre patrie d’accueil. Or il s’avère que juste à côté de la Chine, il y a le Kazakhstan, qui cumule les avantages. Ses centrales à charbon, très polluantes, permettaient de maintenir le prix de l’électricité assez bas. Les tarifs de l’énergie sont contrôlés, le climat rude permet de refroidir efficacement et sans frais les ordinateurs pendant une bonne partie de l’année, et tout ça sans oublier la proximité avec l’Empire du Milieu. Résultat: en août, un cinquième des mineurs de bitcoin étaient basés au Kazakhstan, séduits par tous ces avantages.

Quand la crise énergétique déstabilise tout 

Les mineurs menaient donc la belle vie en Asie centrale, jusqu’à la flambée des prix de l’énergie de ces derniers mois. Des pénuries d’électricité ont commencé à se produire suite à la fermeture de trois centrales de charbon en octobre et un rationnement a dû être mis en place. Naturellement, cela n’a pas été pour plaire aux mineurs. 50 d’entre eux ont d’ailleurs été prévenus qu’ils seraient parmi les premiers déconnectés.

C’est aussi à cause de cette crise énergétique que les émeutes ont commencé au Kazakhstan. Le prix du gaz a cristallisé les tensions, déjà fortes en raison du caractère autoritaire du régime. La contestation est née au sud-ouest du pays puis s’est propagée dans le reste du territoire, avec très rapidement une dimension politique. En réaction, le gouvernement kazakh n’a pas lésiné sur les moyens en coupant purement et simplement la connexion à internet. Autrement dit, cela revient à paralyser les mineurs du pays. En un instant, entre 12% et 18% du hashrate (la puissance de calcul du réseau bitcoin) a disparu.

Pour le magazine Fortune, cela «apporte la preuve définitive de ce qu’on supposait: le Kazakhstan est bel et bien devenu le deuxième plus important pays pour la création des cryptomonnaies». «On sait depuis avril 2021 qu’une baisse des capacités mondiales de ‘minage’ peut entraîner une forte chute des cours des cryptomonnaies, et c’est ce que les gens craignent aussi cette fois-ci», explique à France 24 Nathalie Janson, économiste et spécialiste des cryptomonnaies à l’école de management Neoma Business School.

Pas le seul facteur 

Si la crise kazakhe peut jouer un rôle déstabilisateur pour le bitcoin, plusieurs experts doutent que qu’elle représente le facteur principal de la chute importante du bitcoin ces derniers jours. «Ces baisses ont bien plus à voir avec les décisions prises par la Réserve fédérale américaine (Fed)», soutient Vincent Boy, analyste chez IG France. La Fed vient en effet d’annoncer un resserrement rapide des conditions monétaires, ce qui rend plus risqués les investissements dans les cryptomonnaies. Nathalie Janson approuve l’analyse mais précise quand même que la situation kazakhe a pu «accentuer la tendance à la baisse».

Autre élément pertubateur: le Kosovo vient d’interdire le minage, là aussi pour faire face à une pénurie énergétique. Si ce pays abrite beaucoup moins de mineurs que le Kazakhstan, cette annonce n’a pas aidé à calmer la tension ambiante. Cela rend aussi très difficile l’analyse de la situation. Jusqu’à quel point la crise kazakhe influence-t-elle le cours du bitcoin? Impossible de le dire.

«La baisse de ce jeudi est surtout révélatrice de l’état du marché du bitcoin et des cryptos, qui n’a pas de direction franche depuis des mois», précise au quotidien suisse Le Temps Lionel Jeannerat, un entrepreneur en contact avec des mineurs dans différents endroits du globe. S’il ne s’inquiète pas autre mesure pour le bitcoin, il prévoit des perturbations pour près de deux semaines. «Avec une puissance de calcul moindre, il faudra probablement un peu plus de temps pour valider un bloc de transactions. […] Mais le niveau de difficulté des calculs est automatiquement adapté environ tous les quinze jours, il sera donc probablement abaissé lors de la prochaine mise à jour».

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