Macron et la stratégie du clivage: pari osé, pari risqué

A trois mois du premier tour des présidentielles, Emmanuel Macron entre en campagne en jouant l'attaque sur sa droite. Une stratégie osée, mais risquée.

Emmanuel Macron
Belga

Avec sa petite phrase choc (sa « punchline », comme on dit à l’ère du rap), Emmanuel Macron a décidé de frapper sur sa droite. La gauche, plus divisée que jamais, voire inexistante dans les sondages, ne devrait pas être un adversaire à sa hauteur. C’est donc à droite que se jouera l’élection présidentielle.

Phrase calculée

En disant texto qu’il avait envie « d’emmerder les non-vaccinés », Macron a-t-il fait une faute politique, comme disent ses adversaires ? A voir en avril. Mais cette phrase n’est pas sortie par hasard et a été très savamment calculée (comme toutes les sorties com’ du président). Selon les  observateurs, sa stratégie est de déstabiliser ses adversaires.

L’extrême droite, d’abord. De Zemmour et de Le Pen. En utilisant un langage, disons, familier, il joue le même jeu « populiste » qu’eux. De la même manière, en ciblant une partie de la population, il ne fait rien d’autre que ce que font déjà, à longueur de temps, Zemmour et Le Pen. Laquelle soutient les antivax.

La droite conservatrice de Valérie Pécresse, ensuite. Qui est, probablement, la candidate qu’il craint le plus (elle est donnée gagnante en cas de duel au deuxième tour). En pointant les antivax, Macron cherche à faire sortir du bois les Républicains. Lesquels n’ont pas une ligne claire sur la pandémie : la plupart sont en faveur du pass vaccinal, les autres sont plus à droite encore. Comment faire, dès lors, pour se différencier de la ligne gouvernementale lorsque celle-ci frappe fort ? Résultat des courses, lors du vote à l’Assemblée nationale cette nuit, les Républicains ont voté en désordre : 28 pour, 24 contre, 22 abstentions.

Pari osé, mais pari risqué

La campagne est en tout cas lancée. Et il est bon de noter que dès que Macron ouvre la bouche, c’est pour dicter l’agenda de la campagne et se placer au centre du jeu. Ceci étant posé, cette stratégie du clivage, si elle est osée, est aussi très risquée.

L’idée de Macron est de raviver le souvenir du candidat transgressif de 2017 qui avait fait bouger les lignes et chuter le clivage gauche-droite. Sauf que ces petites phrases à répétition ne jouent pas en faveur de son capital-sympathie. Elles mettent surtout en avant son image de président-roi qui méprise ses sujets. On en est au point où l’extrême droite donne des leçons de retenue et se dit la force rassembleuse du peuple français…

Si Macron peut espérer s’appuyer sur la majorité silencieuse qui est pro-vaccination et en a ras-le-bol des mesures sanitaires – lesquelles sont prises, en grande partie, pour éviter d’engorger les hôpitaux… de patients le plus souvent non-vaccinés -, la carte du clivage avait déjà utilisée par Sarkozy en son temps, sans résultat. Et Pécresse, qui vise le même électorat, se positionne comme la candidate qui prend de la hauteur. Surtout, cela ne va pas calmer les esprits déjà bien échauffés par deux ans de pandémie. Laquelle, on le sait, favorise la montée des extrêmes.

Quoi qu’il en soit, la campagne électorale française est lancée. Et la bataille se jouera à droite.

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