La "théorie de la dinde", ou quand les politiques rêvent d’un Noël profitable

Les fêtes représentent pour les politiques une occasion pour parler d'eux, au point d'influencer l'électorat. Une idée qui se confirme dans les faits?

Illustration d'un repas de Noël
Illustration d’un repas de Noël avec une dinde servie à table @BelgaImage

Durant le repas de Noël, s’il y a un sujet explosif, c’est bien la politique. Mais du point de vue des élus, ce serait une opportunité en or qui porte même un nom : la «théorie de la dinde». Selon celle-ci, il s’agirait d’une étape cruciale pour mobiliser son électorat, surtout dans les pays où des élections se dérouleront dans les prochains mois. C’est le cas cette année en France, au Portugal, en Slovénie ou encore en Hongrie. Mais est-ce que cette théorie correspond bien à la réalité? Les électeurs décident vraiment de leurs votes à Noël? C’est loin d’être sûr.

Une hypothèse populaire mais fumeuse

Outre-Quiévrain, l’agenda politique se calque en tout cas sur cette fameuse période des fêtes de fin d’année. La précampagne présidentielle arrive à son terme, l’Élysée fait des discours en série, etc. La théorie de la dinde est même particulièrement populaire au sein des équipes de communication des candidats aux élections. C’est le cas entre autres de celle d’Emmanuel Macron. Ces derniers jours, son parti relaye un «Bingo de Noël», une sorte de mode d’emploi sous forme de questions-réponses pour que les militants défendent le plus efficacement possible le bilan du président autour de la table de Noël. Le parti centriste de François Bayrou, le Modem, a fait de même. De quoi préparer le terrain  avant le premier tour des élections, le 10 avril prochain.

Mais dans les faits, cette théorie ne serait qu’un fantasme. «C’est un mythe», déclare à La Croix Frédéric Dabi, directeur général de l’Ifop. «Certes à quelques mois du premier tour, la période des fêtes est un moment important, il y aura des discussions, des débats, mais ce n’est pas là que les choses vont se jouer». Il faudrait attendre fin janvier, voire février pour que les votes se cristallisent en France, où les élections ont traditionnellement lieu au printemps.

De plus, cette année, les électeurs ont tendance à «se décider de plus en plus tard» dans l’Hexagone. L’institut Ispos montre que l’intérêt pour les élections est inférieur à il y a cinq ans et que seulement 61% des Français se disent certains d’aller voter (soit 9% de moins qu’en décembre 2016). Puis c’est oublier que les derniers mois d’une élection sont souvent le théâtre de retournements de situation. Les dernières présidentielles françaises constituent un bon exemple. À l’époque, lors des fêtes de fin d’année, ce n’est pas Emmanuel Macron qui menait la danse dans les sondages mais François Fillon et Marine Le Pen. Un mois après, les médias français révélaient le «Pénélope Gate» qui a provoqué la chute de l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy. En quelques jours, Emmanuel Macron a dépassé son concurrent de droite dans les intentions de vote et a fini par s’imposer in fine.

Pour que la théorie de la dinde soit plus prégnante, il faudrait donc que Noël soit plus proche du jour J. Et encore, il n’y a pas de certitude. Cette année, seul un pays européen se retrouve dans ce cas de figure, le Portugal, où les élections législatives auront lieu le 30 janvier. En Belgique, ce n’est pas près d’arriver. Tous les niveaux de pouvoir seront renouvelés en 2024 et seule une date est connue, celle des élections communales et provinciales. Il s’agira du 13 octobre.

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