Elections sous très haute tension au Chili

Extrême-droite contre extrême-gauche, c'est peu ou prou le menu du deuxième tour des élections présidentielles qui ont lieu au Chili ce dimanche. Le pays est au bord du gouffre.

Belga

Tiraillés entre la peur et l’espoir, les électeurs chiliens sont appelés dimanche à élire leur président parmi deux candidats inattendus, aux projets de société diamétralement opposés, dans un second tour antagoniste que le Chili n’a jamais connu depuis le retour de la démocratie en 1990.

Gauche/Droite

Gabriel Boric, député depuis 2014 qui mène une coalition de gauche avec le Parti communiste, se présente comme le candidat du changement et l’héritier politique du mouvement de 2019 pour plus de justice sociale dans le pays le plus inégalitaire de l’OCDE. Agé de 35 ans, l’âge minimum pour se présenter, l’ex-leader d’un mouvement étudiant en 2011 n’était pas attendu dans le sprint final il y a quelques mois seulement.

Gabriel Boric, candidat de la gauche

Gabriel Boric, ancien leader des manifs étudiantes de 2019, candidat de la gauche – Belga

José Antonio Kast, leader du parti d’extrême droite qu’il a lui-même créé, avait remporté 7,93% des suffrages au 1er tour en 2017 et profite aujourd’hui du rejet inspiré par l’actuel président conservateur Sebastian Piñera qui achève dans l’indifférence son second mandat (2010-2014 puis depuis 2018). La droite chilienne victime du « dégagisme » s’est donc rangée en ordre de bataille derrière lui.

José Antonio Kast, candidat de la droite

josé Antonio Kast, nostalgique de Pinochet candidat de la droite – Belga

Ultralibéralisme vs Redistribution

M. Kast a remporté le premier tour le 21 novembre avec 27,9% des suffrages, devant son adversaire de gauche (25,8%). Le programme économique ultralibéral de l’avocat de 55 ans propose de réduire encore plus les dépenses d’Etat et d’abaisser les impôts des entreprises pour créer de l’emploi.

Tout le contraire du programme de M. Boric qui entend lancer une grande réforme fiscale pour faire participer les plus riches du pays –dont les 1% détenant 26,5% des richesses, selon une agence de l’Onu– à son programme redistributif d’un meilleur accès à la santé, à l’éducation, et la création d’un nouveau système de retraite, aujourd’hui entièrement privé.

Katz: "Danger"

Un graffiti à l’effigie de Katz avec la croix gammée et barré d’un « Danger » – Belga

Coude-à-coude

Mais dans un pays gouverné par le centre-droit et le centre-gauche depuis la fin de la dictature il y a 31 ans, les électeurs semblent animés par le rejet plutôt que par l’adhésion. La campagne présidentielle a été rugueuse et « axée sur le discrédit du concurrent », a expliqué Marcelo Mella, analyste à l’Université de Santiago. Lors de son dernier meeting jeudi, M. Kast, opposé à l’avortement, a juré que « le Chili n’est pas, et ne sera jamais, un pays marxiste ou communiste ». M. Boric, pour sa part, a estimé que son rival « n’apportera qu’instabilité, plus de haine et de violence ».

L’issue de ce scrutin indécis (les derniers sondages publiés hors du pays où ils sont interdits donnent les deux prétendants au coude-à-coude) sera dictée par la captation des voix du centre et la mobilisation des abstentionnistes du 1er tour (53%).

Selon Patricio Navia, professeur à l’Université de New York, « si Kast gagne, il est certain que nous verrons des manifestations » mais « si Boric gagne, il y aura probablement des troubles sur le marché boursier ». « Que ce soit sur les marchés boursiers ou dans les rues, il y aura des remous », prévient-il. Quelque 15 des 19 millions de Chiliens sont appelés aux urnes ouvertes de 08H00 à 20H00 locales.

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