La France passe enfin à l’heure #MeToo

PPDA, Nicolas Hulot, Depardieu... Les affaires sordides présumées se multiplient dans le paysage médiatique hexagonal. C'est le mythe de la galanterie à la française qui s'écroule.

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Nicolas Hulot, PPDA, Gérard Depardieu, Pierre Ménès, le nageur Yannick Agnel,… Rien que ces dernières semaines, les histoires d’agressions sexuelles et de viol présumés ont déferlé. On ne les compte plus. Au-delà de savoir ce qu’il s’est réellement passé, les langues se délient et dénoncent. Les médias, eux, sont à l’écoute et relayent. Or, il n’en a pas toujours été ainsi.

« Droit à être importunée »

Souvenez-vous de l’affaire DSK. Le tout Paris savait, mais personne ne disait rien. Roman Polanski, accusé de toute part, restait soutenu et protégé par l’industrie du cinéma français jusqu’à recevoir un César en février 2020. Quand l’affaire Weinstein a explosé, la France a pris le train avec du retard, voire à contrecoeur. Pour beaucoup, c’était une question d’ « exception culturelle », la fameuse galanterie à la française, le « droit à être importunée » défendu par Catherine Millet et Catherine Deneuve. Mais le backlash a été sévère.

Quand cette lettre ouverte a été publiée, en pleine affaire Weinstein qui a vu émerger le mouvement #MeToo, la romancière nigériane Chimamanda Ngozie Adichie a « cru qu’il y avait un problème de traduction ». Pour cette féministe reconnue qui répondait aux questions du Monde en 2018 : « Vous avez un problème en France, votre culture de la galanterie est une infantilisation de la femme ».

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Le mythe de la galanterie à la française

C’est donc cette « galanterie à la française » qui est pointée du doigt comme un problème culturel dans le rapport des hommes avec les femmes. Pour l’historienne et spécialiste des questions de genres Laure Murat, qui s’exprimait sur France Culture en 2018 : « La galanterie serait une codification de l’amour qui aurait un rapport avec l’art de vivre. On ressort ce mythe de la galanterie française, car c’est un mythe. Toutes les nations se construisent sur des mythes, ce n’est pas ça que je reproche. Ce que je reproche c’est que l’on mette ce mythe en avant pour dédouaner des forfaits […] La galanterie à la française est un écran qui empêche de déplier cet impensé qui sont les rapports entre les hommes et les femmes et la manière dont ils se construisent ».

Aujourd’hui, les choses semblent changer. Entre la multiplication des scandales d’ordre sexuel, les accusations quasi quotidiennes, les coups de gueule (l’actrice Adèle Haenel lors des Césars), mises en examens et enquêtes ouvertes, la France est peut-être en train de regarder ses mythes dans le fond des yeux. Et d’y découvrir des choses qu’elle avait jusqu’ici refusé de voir. Mais, pour beaucoup, ce n’est que la pointe de l’iceberg.

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Fondamentalement, rien ne change

Dans une lettre ouverte à Libération, un collectif de plusieurs mouvements #metoo demande aux candidats et candidates à l’élection présidentielle d’entendre les victimes de harcèlement et de violences sexuelles et d’agir. Pour ce collectif, si la parole se libère, le problème est que, fondamentalement, les choses ne bougent pas.

« Depuis cinq ans que la parole se propage au prix de risques parfois immenses pour les victimes, peu d’agresseurs ont été inquiétés, quelques-uns ont été promus, presque aucun n’a été condamné. ». Il dénonce « la débâcle des institutions judiciaires et policières. Parcours culpabilisants et dissuasifs, exigences démesurées de preuves accablantes, magistrats débordés, enquêtes bâclées et classées, préjugés toxiques, résultats minables. Les condamnations sont l’exception. L’incapacité, la norme ». Le parcours judiciaire est ainsi subi comme « une violence supplémentaire » pour 80% des plaignantes.

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Si le mythe du « séducteur » et de la « galanterie » est mis à mal, il y a encore du boulot pour que les femmes soient entendues et considérées, vraiment, comme l’égal des hommes. La première étape est que le sujet s’invite dans les débats lors de la campagne présidentielle. Or, pour l’instant, on n’entend que les discours nauséabonds de l’extrême-droite.

« La campagne pour l’élection présidentielle commence. Les mouvements #MeToo réunis interpellent les candidat·e·s et leur posent une simple question : qu’allez-vous faire pour que les hommes cessent de harceler, d’agresser et de violer ? »

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