Concert annulé car qualifié de "satanique" par des intégristes: qui sont-ils?

Des courants de catholiques ultras se sont coalisés pour empêcher l'événement. Ce n'est pas la première fois qu'ils se font remarquer dans cette ville.

Concert d'Anna von Hausswolff
Concert d’Anna von Hausswolff à Copenhague le 24 janvier 2019 @BelgaImage

Ce mardi à 21 heures, la chanteuse et organiste post-métal suédoise Anna von Hausswolff devait donner un concert dans une église du centre de Nantes. Mais à 21h45, tout est annulé. En cause: une soixantaine de catholiques intégristes rassemblés devant les portes de l’édifice pour empêcher les 370 spectateurs d’y rentrer. Ils qualifient l’événement de «satanique» et chantent «Sainte Marie mère de Dieu, priez pour nous pauvre pécheur». Ils s’attaquent surtout à une phrase, sortie de son contexte, prononcée par von Hausswolff dans une de ses chansons, «Pills». Évoquant l’addiction à la drogue, elle dit «faire l’amour avec le diable» sous un ton métaphorique. Des pochettes d’albums au style gothique les auraient également choqués.

Pour les protestataires, c’était donc de trop, qu’importe que la représentation prévue soit organisée avec l’évêché et que cela devait se faire sans paroles, seulement avec un orgue. Depuis, la presse française tente d’en savoir plus sur l’identité de ces intégristes qui ont provoqué l’émoi dans la cité des Ducs de Bretagne.

Nantes, refuge des catholiques traditionnels

Selon Ouest-France, les fauteurs de troubles étaient majoritairement des hommes jeunes ou dans la quarantaine, malgré la présence de quelques femmes. Le premier adjoint à la mairie de Nantes, Bassem Asseh, parle de «radicaux intolérants» et d’«intégristes» coupables d’une véritable «censure». «Une lamentable manifestation d’intolérance et d’atteinte à l’expression culturelle», ‘est également indigné Olivier Château, adjoint au Patrimoine à la mairie de Nantes.

Mais ce n’est pas la première fois que Nantes se fait remarquer pour abriter des catholiques traditionnalistes. D’après le mensuel chrétien La Nef, près de 1.630 personnes sont connues pour assister à des messes en latin dans cette ville (soit 2,5% des 60.000 catholiques du département de Loire-Atlantique). C’est moins qu’à Versailles, la capitale catholique traditionnelle où ils sont 10.000, mais c’est malgré tout relativement important. À Paris, ils sont 3.000, soit moins de deux fois plus qu’à Nantes, bien que la capitale française soit beaucoup plus peuplée.

La cité des Ducs abrite également plusieurs courants très religieux: les sédévacantistes (qui considèrent le pape comme un usurpateur du Saint-Siège depuis le concile Vatican II), les lefebvristes (partisans de Mgr Lefebvre qui avait consacré des évêques sans l’autorisation du Vatican et dont la commission de dialogue avec le pape François a été supprimée en 2019) ou encore la Fraternité traditionnaliste de Saint-Pierre.

Des sédévacantistes qui se font remarquer

C’est ce dernier mouvement qui officie dans l’église où devait avoir lieu le concert de la chanteuse suédoise. Cela dit, selon La Croix, ce sont notamment des sédévacantistes et des lefebvristes qui étaient présents ce mardi soir. Parmi eux, l’abbé Philippe Guépin, chef de file des sédévacantistes nantais. En 2019, il a été accusé d’abus de faiblesse à l’encontre d’une de ses fidèles qui lui avait fait un «don» de 345.000€. Il a été relaxé par la justice par manque «d’éléments» pouvant le confirmer.

Les sédévacantistes «sont placés au même plan que les Témoins de Jéhovah ou de la Scientologie», déclare Dominique Beloeil, professeur au séminaire de Nantes, au magazine d’investigations Médicités. Il rappelle d’ailleurs qu’ils sont étroitement surveillés par la mission interministérielle française de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). En cause: des discours religieux empreints de racisme, notamment d’antisémitisme. «Ils sont proches d’une extrême-droite violente, mais pas d’une extrême-droite façon Front National. Plutôt une extrême-droite royaliste avec une vision assez fantasmée de la politique».

Après l’incident de ce mardi, les autorités n’ont en tout cas pas manqué de réagir. L’affaire est remontée jusqu’à la ministre de la Culture Roselyne Bachelot qui a dénoncé un procédé «inacceptable». Ce vendredi, il a été confirmé qu’Anna von Hausswolff a finalement pu réaliser son concert mais à Paris et non à Nantes, dans un lieu gardé secret afin d’éviter les heurts. Elle doit maintenant continuer sa tournée en Belgique et aux Pays-Bas.

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