Pays-Bas: des médecins s’emploient à vacciner les protestants conservateurs

Urk, bastion de l'Église réformée, a un taux de vaccination très bas. La faute à la peur d'interférer avec la «providence divine», mais pas seulement.

Temple néerlandais de l'Église réformée
Temple de l’Église réformée aux Pays-Bas @BelgaImage

De son cabinet d’Urk, petite ville de pêcheurs isolée et très religieuse au nord des Pays-Bas, le docteur Wilco Bloed essaie de convaincre ceux qui résistent au vaccin contre le coronavirus, persuadés que Dieu est de leur côté. Face à la recrudescence du nombre de cas de Covid-19, atteignant des records au niveau national, les médecins d’Urk ont lancé leur propre campagne de vaccination dans une ultime tentative de convaincre les réfractaires.

Seulement 35% d’adultes vaccinés

Urk, 20.000 habitants, est nichée au cœur de la «Bijbelgordel», la ceinture de la Bible, une expression qui désigne des localités protestantes conservatrices dans le pays. Une ceinture qui traverse les Pays-Bas de la Zélande au sud-ouest jusqu’à la frontière allemande au nord-est. Seulement un tiers environ des habitants d’Urk ont été vaccinés dans cette ville connue pour son opposition historique à la vaccination. Les médecins de cette localité proposent aux habitants de les vacciner eux-mêmes, dans leur cabinet, un endroit familier, plutôt que dans un centre de vaccination.

Depuis le début de cette initiative en octobre, le taux de vaccination a grimpé à 35% mais ce chiffre reste bien en deçà du taux national chez les adultes aux Pays-Bas, de l’ordre de 84,7%. «L’aversion pour la vaccination était assez grande», concède Wilco Bloed, qui s’est installé à Urk il y a 15 ans. «Il est vrai que les habitants d’Urk peuvent être assez têtus», affirme-t-il.

«Province divine»

Urk, qui compte près d’une vingtaine de clochers, a été le point de départ en janvier des pires émeutes depuis plusieurs décennies aux Pays-Bas, provoquées par la mise en place d’un couvre-feu national contre le virus. Puis des échauffourées ont eu lieu avec des journalistes devant les églises qui continuaient d’organiser des messes malgré les restrictions. Le week-end dernier, la ville a été le théâtre de nouveaux troubles, sans commune mesure cependant avec les heurts survenus à Rotterdam ou La Haye.

Il y a soixante-dix ans, Urk était encore une île. Depuis, elle a été rattachée au continent après d’énormes projets d’assèchement mais a gardé sa mentalité insulaire. «Si le reste des Pays-Bas fait une chose, Urk fait l’autre», relève Jacob, 21 ans, venu pêcher dans le port avec un ami. Certains estiment que se faire vacciner revient à intervenir dans la volonté de Dieu et il y a deux ans, Urk a connu une épidémie de rougeole.

«D’une part, la Bible dit que l’on peut prendre des précautions. On peut donc se préparer à certaines crises» comme le coronavirus, déclare Alwin Uitslag, révérend de l’Eglise réformée néerlandaise à Urk. «D’un autre côté, il est dit que la vaccination n’est pas autorisée car vous intervenez dans la providence divine», ajoute-t-il auprès de l’AFP.

Alwin Uitslag décrit son Église comme «stricte», avec deux services religieux le dimanche, jour durant lesquels les magasins sont fermés et il est interdit de travailler. Les femmes doivent porter des robes et mettre un foulard. Mais le choix de se vacciner contre le coronavirus incombe à la «conscience individuelle» des gens, estime le révérend, sans vouloir préciser si lui-même est vacciné.

La religion, mais pas que

La science et la religion ne font pas toujours bon ménage mais les médecins et les révérends d’Urk essaient de trouver ensemble la meilleure voie à suivre. Même si finalement, la religion reste «en fait une très petite partie» du problème, observe Wilco Bloed. La peur des effets secondaires, l’isolement d’Urk – bien loin du gouvernement à La Haye -, la désinformation et une population jeune expliquent «en grande partie» le faible taux de vaccination, analyse le médecin.

Les résultats de la campagne de vaccination locale, menée avec l’autorité sanitaire néerlandaise (GGD) et la municipalité, sont encourageants, bien qu’il reste encore beaucoup à faire. «Au cours de la première semaine et demie, le même nombre d’injections a été administré que ce que le GGD avait fait en quatre semaines auparavant, bien que nous voyons ce nombre ralentir un peu», déclare M. Bloed. Le médecin est également membre de l’Église réformée, cela ne l’empêche pas de prôner la vaccination: «Regardez, je suis aussi chrétien. Et oui, nous ne sommes pas obligés d’être d’accord sur tout».

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