Le pronom iel: scandale ou progrès?

Le pronom “iel”, contraction de “il” et “elle”, a été ajouté à la version en ligne du dictionnaire Le Robert et relance le débat pour une écriture et une communication plus inclusives.

le pronom iel dans le dictionnaire
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Vieille école

Il ou elle
Officiellement, la langue française reconnaît deux genres au travers du pronom masculin “il” et de son pendant féminin “elle”, ainsi que leurs pluriels. En français, il n’y a pas de reconnaissance du neutre – comme le “they” anglais. En fait, le neutre prend les formes du genre non marqué… soit le masculin.

Un scandale
La France n’aime pas trop que l’on touche à sa langue (l’écriture inclusive est bannie dans les écoles). L’arrivée du “iel” au dictionnaire a ravivé les tensions. “Il y a deux pronoms: il et elle. La langue est si belle. Et deux pronoms, c’est bien”, a déclaré Brigitte Macron. Des propos approuvés par le ministre de l’Éducation nationale et de nombreux politiques français.

Académie française
Excédés, des politiciens français ont saisi l’Académie française (qui a déjà qualifié l’écriture inclusive de “péril mortel”), lui demandant de statuer sur l’avenir du pronom dont il ne faut pas prononcer le nom. En réalité, si l’Académie a une aura médiatique, elle a peu de pouvoir sur l’évolution de la langue française.

Wokisme

L’ajout du pronom “iel” au Robert intervient en plein débat en France sur la “culture woke” (l’éveil face à l’injustice), considérée par certains comme de “l’obscurantisme”. Mais la direction du dictionnaire se défend de tout militantisme et rappelle que “la mission du Robert est d’observer l’évolution d’une langue et d’en rendre compte”.

Nouveaux principes

Il, elle ou iel
Le pronom neutre “iel”, déclinable en “ielle”, “iels” ou “ielles”, est employé, selon la définition du Robert, “pour évoquer une personne quel que soit son genre”. Un mot utilisé notamment par les personnes non binaires, ne se reconnaissant pas dans le schéma fille-garçon.

Une avancée sociale
Selon plusieurs études, entre 15 à 20 % des 18-40 ans ne s’identifieraient ni comme homme, ni comme femme, dans la population. L’usage et la reconnaissance d’un pronom adapté sont dès lors vécus comme une portée d’entrée vers une meilleure inclusion, une réelle avancée sociale pour cette communauté en manque de visibilité.

Instagram et Co.
Depuis mai 2021, les utilisateurs du réseau social Instagram peuvent afficher le pronom par lequel ils veulent être désignés, indépendamment de leur sexe de naissance. Le pronom neutre est une possibilité. De plus en plus d’applications – majoritairement américaines – offrent cette option, par souci d’inclusivité.

Progrès
Ces dernières années ont vu fleurir diverses avancées permettant d’améliorer la visibilité des personnes non binaires dans la société, comme l’introduction du genre “X” sur les cartes d’identité et passeports (aux États-Unis, au Canada, en Allemagne…) ou les coming out de personnalités (Sam Smith, Demi Lovato…).

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