L’Autriche imagine un lockdown pour les non-vaccinés dès lundi

La décision doit être prise dimanche mais elle ne fait pas l'unanimité. Des craintes existent notamment sur l'application de cette règle.

Chancelier autrichien Schallenberg
Le chancelier autrichien Alexander Schallenberg à Vienne le 5 novembre 2021 @BelgaImage

Les non-vaccinés devront-ils bientôt se confiner? C’est en tout cas la proposition qui est sur la table du chancelier Autriche Alexander Schallenberg. La date du lundi 15 novembre est évoquée pour la mise en pratique, sans pour autant être actée. Le pays comptabilise aujourd’hui près de 10.000 cas par jour, pulvérisant le précédent record établi en novembre 2020 avec près de 7.500 sur une moyenne de sept jours. D’où la nécessité d’agir selon les autorités autrichiennes. C’est dans ce contexte qu’a émergé l’idée de créer un lockdown limité à toute personnes n’étant pas vaccinée ou détentrice d’un certificat de guérison (valable six mois après l’infection). Le chancelier devrait se prononcer ce dimanche 14 novembre sur cette possibilité mais il reste quelques points à éclaircir d’ici là.

Une décision «inévitable»?

Le confinement envisagé en Autriche pour les non-vaccinés serait en tous points comparable à ceux appliqués auparavant à l’ensemble de la population. Ils devraient rester chez eux, ne pouvant sortir que pour faire leurs courses «couvrant les besoins de base», pour aller travailler si le télétravail n’est pas possible, pour faire du sport ou une promenade ou encore pour des nécessités impérieuses (s’occuper d’enfants ou de personnes dans le besoin notamment). Bref, un vrai lockdown, si ce n’est que tous les établissements seront ouverts (magasins, horeca, etc.) et non fermés comme lors des vagues précédentes.

Durant ce week-end, le chancelier doit organiser une conférence virtuelle avec les gouverneurs pour s’entretenir avec eux sur le sujet. Pour Schallenberg, ce confinement serait «inévitable» et il affirme qu’il serait incompréhensible que la minorité de la population, non-vaccinée, «prenne en otage» la majorité soit vaccinée (64% des Autrichiens ont reçu leurs deux doses), soit guérie.

Les gouverneurs divisés

Le chef du gouvernement est rejoint en ce sens par Thomas Stelzer, le gouverneur du Land de Haute-Autriche, l’un des plus touchés du pays. Dans ce territoire, 210 des 250 lits des unités de soins intensifs (USI) sont occupés, dont 90 par des patients Covid. Mais au niveau national, le bilan est bien moins cataclysmique que lors des précédentes vagues de coronavirus. On compte aujourd’hui 428 lits USI dédiés à des cas de Covid-19, contre près de 700 il y a un an, malgré un nombre bien plus élevé de contaminations. L’Autriche dénombre aussi 26 morts quotidiens en moyenne sur sept jours, bien loin des 129 atteints en décembre 2020.

Opter pour un lockdown, même limité aux non-vaccinés, est ainsi jugé excessif par d’autres personnalités politiques, à l’instar du gouverneur du Land de Salzbourg, Wilfried Haslauer. Ce dernier se dit «sceptique à ce sujet» et rappelle que le pass sanitaire autrichien empêche déjà les non-vaccinés de se rendre dans l’horeca, aux événements et dans les sites sportifs.

Le casse-tête de la mise en pratique

Puis il va falloir trancher une question essentielle: est-ce qu’un tel confinement pourrait se reposer sur une basse légale? La question fait l’objet d’un débat entre experts du droit constitutionnel. Il existe déjà une loi permettant d’édicter un lockdown «afin d’éviter un effondrement imminent des soins médicaux ou des situations d’urgence similaires». Il n’est donc pas improbable que cette règle puisse s’appliquer aux non-vaccinés, pointés du doigt dans de nombreux pays pour expliquer la reprise de l’épidémie de Covid-19.

Si la réponse est positive, il faudra ensuite déterminer comment seront organisés les contrôles. «Ce sera bien sûr un énorme défi», a avoué le porte-parole du ministère de l’Intérieur. Une personne non-vaccinée qui se trouverait par exemple dans un magasin de chaussures serait par exemple susceptible d’être sanctionnée. Idem pour un rendez-vous chez le coiffeur. Un syndicat de la police autrichienne, représenté par Hermann Greylinger, a déjà prévenu: elle se refuse d’opérer les contrôles nécessaires. Ce serait alors aux agents du ministère de la Santé d’en assurer la charge.

Il faudra enfin déterminer ce qu’il adviendra de la saison des sports d’hiver dans les Alpes autrichiennes. Le pays impose déjà une quarantaine pour tout étranger ne possédant ni certificat de vaccination, ni certificat de rétablissement. Une initiative déjà rédhibitoire pour les vacanciers non-vaccinés. L’Autriche assure que ses stations alpines fonctionneront bel et bien cet hiver.

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