L’Europe aux abonnées absentes sur la crise des migrants

La crise des migrants que le Bélarus est accusé d'orchestrer à la frontière polonaise démontre une nouvelle fois la faiblesse et l'impuissance de l'Europe. En attendant qu'une solution soit trouvée, les droits humains sont bafoués.

Frontière Pologne-Biélorussie
Belga

Alors que la Pologne pointe la Russie du doigt et que l’Union européenne menace la Biélorussie, des centaines de personnes sont prises en étau dans une forêt froide à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie. L’incapacité de l’Union européenne de faire respecter les droits humains sur ses terres est aveuglante, d’autant que ce n’est pas la première fois que l’Europe est manipulée par des pays tiers (la Turquie avant la Biélorussie) en brandissant le spectre de la migration de masse. En attendant, des centaines de Syriens, d’Irakiens ou d’Afghans meurent littéralement de froid, pris entre deux feux.

Devant cet état de fait, les ministres des Affaires étrangères des 27 doivent se retrouver… lundi à Bruxelles pour trouver une solution. En attendant, c’est la guerre des mots, les menaces lancées à qui veut les entendre et les grands discours. « Nous sommes dans une situation où il est grand temps de tirer les conséquences maintenant. Nous voulons le faire avec nos partenaires européens », a expliqué le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas devant les députés du Bundestag. Il a ajouté que « l’Union européenne va étendre et renforcer ses sanctions contre le régime de Loukachenko ».

Enfants essayant de migrer en Pologne

Belga

Guerre des mots et menaces en l’air

Des sanctions contre des personnalités proches du président biélorusse et des mesures contre « des secteurs économiques aussi importants que l’industrie de la potasse », pilier de l’économie du Bélarus. Le pays est en effet le deuxième exportateur mondial de potasse, un ingrédient de la fabrication d’engrais. Les sanctions individuelles du bloc européen contre des responsables du régime bélarusse visent actuellement 166 personnes, dont le président Alexander Loukachenko et deux de ses fils. Elles consistent en un gel des avoirs et une interdiction d’entrée dans l’UE. Peut-on honnêtement penser que cela va régler le problème des personnes coincées sur place?

Le président biélorusse Alexandre Loukachenko a affirmé jeudi 11 novembre que son pays répondrait à toute nouvelle sanction européenne liée à la crise des migrants à la frontière, que Bruxelles impute à Minsk. « S’ils nous imposent de nouvelles sanctions (…), nous devons répondre », a-t-il affirmé, cité par l’agence de presse publique Belta, évoquant notamment la possibilité de suspendre le fonctionnement d’un gazoduc qui traverse la Biélorussie et livre du gaz russe, vital aux Européens. Et c’est probablement ce qu’il attend avec impatience…

Pushback

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Violation des droits humains en Europe

En attendant la conclusion de ce jeu de politique-politicarde, des centaines de personnes ayant fui leur pays sont coincées entre deux feux. La Pologne a déployé 15.000 soldats dans la zone, en plus de policiers et de garde-frontières, repoussant avec brutalité ces migrants vers la Biélorussie. Or, ces refoulements (pushbacks) sont illégaux au regard du droit international, mais la Pologne n’en a cure. Le 14 octobre, le Parlement polonais a légalisé ce procédé, ce qui a été dénoncé par les juristes et les ONG comme une violation flagrante de la convention de Genève. Une récente enquête de l’ONG Lighthouse Reports accuse la Grèce, la Croatie et la Roumanie d’agir de la même façon.

Il faut dire aussi que ces pays doivent gérer ces situations seuls. Frontex, l’agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures, est sous-financée et tous les Etats membres regardent ailleurs quand il s’agit de la question de la migration. Pour eux, c’est de la faute d’Alexandre Loukachenko qu’ils accusent (à raison, très probablement) d’avoir sciemment orchestré cette situation en délivrant depuis des mois des visas à des migrants et en les acheminant à la frontière pour se venger de sanctions européennes qui ont fait suite à la répression implacable d’un mouvement d’opposition en 2020.

Devant l’impuissance européenne, la chancelière allemande Angela Merkel a demandé à Vladimir Poutine, lors d’un entretien téléphonique, « d’agir » contre « l’instrumentalisation inacceptable et inhumaine » des migrants par le régime de Loukachenko. On en est là.

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