Princesse Elisabeth: quand les reines remplaceront les rois

Lorsque la princesse Elisabeth deviendra reine des Belges, d'autres femmes monteront également au trône dans leurs propres pays. Mais avant cela, le monde pourrait connaître une période... sans aucune reine.

Princesse Elisabeth: quand les reines remplaceront les rois
La princesse Elisabeth avec son père, le roi Philippe de Belgique, le 21 juillet 2021 à Bruxelles @BelgaImage

Ce lundi 25 octobre, la princesse Elisabeth de Belgique fête ses 20 ans. Pas de grandes festivités prévues au programme mais un événement strictement privé. Seule une nouvelle photo officielle a été publiée pour l’occasion. Pour le reste, la fille de Philippe et Mathilde reste concentrée sur ses études à Oxford en Histoire et Politique, un cursus qui devrait lui donner des outils très utiles pour assumer le rôle qui l’attend, c’est-à-dire celui de reine des Belges. La Belgique aura alors pour la première fois de son histoire une femme à la tête de sa monarchie. D’autres monarchies européennes pourraient elles aussi être prochainement dirigées par des femmes. Et pourtant, il se pourrait bien qu’avant cela, les monarchies du monde entier soient brièvement toutes gouvernées… par des hommes.

Elizabeth II et Margrethe II, des survivantes dans un monde d’hommes

À l’heure actuelle, les reines sont en effet en voie d’extinction. Il n’en reste que deux, et elles sont très âgées. Il y a Elizabeth II pour le Royaume-Uni et le Commonwealth, 95 ans, et Margrethe II du Danemark, 81 ans. Or que ce soit dans un cas ou dans l’autre, ce sont des garçons qui leur succèderont. Elizabeth II sera ainsi suivie par Charles, William et enfin George, tous aînés de leurs générations. La fin de la préférence masculine, actée seulement en 2013, n’aura donc aucune incidence dans la monarchie britannique puisque l’aîné reste prioritaire. Margrethe II sera quant à elle suivie par son fils, Frederik, puis par son petit-fils Christian. Là aussi, pour chaque génération, c’est un garçon qui est le plus âgé et qui arrive donc en premier dans l’ordre de succession.

Une fois Elizabeth II et Margrethe II parties, il n’y aura donc que des rois dans le monde. Est-ce qu’il est possible d’ici là de voir l’inverse arriver, c’est-à-dire qu’un roi très âgé cède sa couronne à une femme? À vrai dire, les chances sont minces. Nombreuses sont encore les monarchies à exclure les femmes de la succession, ce qui réduit fortement les possibilités. La loi salique est encore strictement appliquée dans tout le Moyen-Orient, au Maroc, Cambodge, Swaziland, à Brunei, en Malaisie et dans un État européen, le Liechtenstein (et ne parlons pas du Vatican!).

La loi salique est également toujours appliquée au Japon, mais il y a de grands débats pour permettre l’arrivée au trône du seul enfant de l’empereur Naruhito, la jeune Aiko. Sans cela, c’est son oncle Fumihito puis son cousin Hisahito qui deviendraient empereurs. Plusieurs Premiers ministres japonais se sont proclamés en faveur d’Aiko mais les résistances sont encore nombreuses. Certains Japonais craignent qu’en permettant Aiko de devenir impératrice, la «pureté» de la lignée impériale, censée être ininterrompue depuis les origines, soit brisée.

Des pays où les filles passent à la trappe

Il y a aussi beaucoup de pays où la couronne peut être léguée à une fille, mais pas si la fratrie comporte un garçon, qu’importe qu’il soit l’enfant cadet. Or dans tous les pays appliquant cette règle, les rois ont toujours au moins fils. C’est le cas en Thaïlande où Rama X a son jeune garçon Dipangkorn Rasmijoti, aux Tonga où Tupou VI a lui aussi un fils. Idem au Lesotho où le troisième enfant de Letsie III est un garçon, Lerotholi, qui deviendra roi sauf si la loi change d’ici là. En Europe, la préférence masculine est encore appliquée à Monaco, où Albert II sera suivi par Jacques, sauf surprise, même si ce dernier n’est que son quatrième enfant. Et enfin, au Bhoutan, l’aîné du roi Jigme Khesar Wangchuck est un garçon, ce qui règle la question.

Enfin, il y a deux pays où la succession monarchique met les femmes et les hommes sur le même pied d’égalité mais où il y aura malgré tout un roi, comme au Royaume-Uni et au Danemark. C’est le cas au Luxembourg où le grand-duc Henri sera suivi par son fils, Guillaume, puis son petit-fils Charles, aînés de leurs générations. Quant à la Norvège, l’enfant aîné d’Harald V est bien une femme, Märtha Louise, mais lorsqu’elle est née la loi salique existait encore. Puisque l’abrogation de cette règle n’est pas rétroactive en Norvège, c’est donc son frère cadet, Haakon, qui deviendra roi.

Les femmes en Suède puis en Belgique, Espagne et Norvège

En réalité, il n’y a qu’une seule façon d’éviter un monde sans reine. Il faudrait pour cela que Charles XVI Gustave, âgé de 75 ans aujourd’hui, cède sa place à sa fille, Victoria, avant qu’Elizabeth II et Margrethe II ne fassent de même. Lorsque Victoria est née, la loi salique s’appliquait toujours. Mais en 1980, cette dernière a été abrogée et Victoria a pu devenir princesse héritière. Elle représente ainsi la seule chance de voir les femmes encore représentées à moyen terme au sein des monarchies mondiales.

Victoria de Suède, âgée de 44 ans, pourra toutefois compter sur la génération suivante qui arrivera ensuite dans plusieurs monarchies européennes. En Belgique bien sûr, il y aura Elisabeth après Philippe, mais elle n’est pas seule. Aux Pays-Bas, le roi Willem-Alexander sera suivi par sa fille Amalia. En Espagne, la préférence masculine existe toujours mais Felipe VI n’a que des filles. C’est donc a priori sa fille aînée, Leonor, qui devrait lui succéder.

Enfin, il y a une petite surprise: la Norvège. Comme dit auparavant, l’abrogation de la loi salique n’est pas rétroactive mais l’égalité des sexes s’appliquera bel et bien aux enfants d’Haakon. Or son enfant aîné… est une fille, Ingrid Alexandra. C’est donc elle, et non son frère Sverra Magnus, qui se retrouvera sur le trône de Norvège.

Pour la petite histoire, la loi salique n’a été abrogée en Belgique qu’en 1991. C’est pour cela que Léopold II n’a pas cédé sa couronne à une de ses filles (il a eu aussi un fils, mort jeune) mais à son neveu, Albert Ier. De même pour la succession de Léopold III, suivi par Baudouin qui avait pourtant une sœur aînée, Joséphine-Charlotte. À la mort de Baudouin en 1993, la loi salique n’existait plus, et Joséphine-Charlotte était toujours en vie (elle est décédée en 2005). Elle n’a toutefois pas pu devenir reine des Belges car elle était déjà grande-duchesse du Luxembourg. Puisque la constitution belge interdit que le roi soit en même temps à la tête d’un autre pays, c’est Albert II qui est monté sur le trône.

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