Coup d’État en cours au Soudan: des dirigeants arrêtés, Internet coupé

Des hommes armés non identifiés ont mené des arrestations très tôt ce lundi matin, alors que les tensions sont extrêmement élevées dans le pays depuis des semaines.

Coup d’État en cours au Soudan: des dirigeants arrêtés, Internet coupé
Des manifestants demandant le transfert du pouvoir aux civils à Khartoum, capitale du Soudan, le 21 octobre 2021 @BelgaImage

Les forces armées au Soudan ont arrêté lundi les dirigeants civils, notamment le Premier ministre en raison de son refus de soutenir leur «coup d’État», a déclaré le ministère de l’information après des semaines de tensions entre militaires et civils se partageant le pouvoir depuis 2019. L’Association des professionnels, l’un des fers de lance de la révolte qui a mis fin en 2019 à 30 ans de dictature du président Omar el-Béchir, a appelé lundi les Soudanais à la «désobéissance» face à un «coup d’État». Cette coordination a lancé son appel sur Twitter malgré le fait que l’internet est coupé dans tout le pays depuis tôt le matin quand des hommes armés non identifiés ont arrêté plusieurs dirigeants à leurs domiciles après des semaines de tensions entre civils et militaires censés mener conjointement la transition post-Béchir.

Un régime précaire

Les Etats-Unis, dont l’émissaire était la veille encore dans le bureau du Premier ministre, Abdallah Hamdok, aujourd’hui en détention, se sont dits «profondément inquiets». Ces annonces d’une prise de pouvoir par les militaires vont «à l’encontre de la déclaration constitutionnelle» qui régit la transition dans le pays et «des aspirations démocratiques du peuple soudanais», a tweeté l’émissaire américain pour la Corne de l’Afrique, Jeffrey Feltman.

Dans les rues de Khartoum, où les réseaux sociaux ne sont plus accessibles pour beaucoup, de nombreux Soudanais ont conspué le général Abdel Fattah al-Burhane, qui chapeaute le Conseil de souveraineté désormais amputé de sa part civile, ont constaté des correspondants de l’AFP. Beaucoup convergeaient vers le principal axe du centre-ville où des pro-civils avaient organisé jeudi une démonstration de force aux cris de «révolution» pour refuser ce que les militants appelaient déjà «un coup d’Etat rampant».

L’internet a été coupé dans tout le pays, ont constaté des journalistes de l’AFP, tandis que des manifestants se rassemblaient dans les rues pour protester contre ces arrestations, mettant le feu à des pneus. Ces événements interviennent deux jours seulement après qu’une faction soudanaise appelant à un transfert du pouvoir vers un régime civil a mis en garde contre un «coup d’État rampant», lors d’une conférence de presse qu’une foule de personnes non identifiées avait cherché à empêcher.

Le spectre du retour des militaires

Le Soudan connaît une transition précaire entachée de divisions politiques et de luttes de pouvoir depuis l’éviction du président Omar el-Béchir en avril 2019. Depuis août 2019, le pays est dirigé par une administration composée de civils et de militaires chargée de superviser la transition vers un régime entièrement civil.

Le principal bloc civil — les Forces pour la liberté et le changement (FFC) — qui a mené les manifestations anti-Béchir en 2019, s’est scindé en deux factions opposées. «La crise actuelle est artificielle — et prend la forme d’un coup d’Etat rampant», a déclaré Yasser Arman, leader du FFC, lors de la conférence de presse de samedi dans la capitale Khartoum. «Nous renouvelons notre confiance dans le gouvernement, le Premier ministre Abdallah Hamdok, et dans la réforme des institutions de transition, mais sans ordre ni imposition», a ajouté M. Arman.

Les tensions entre les deux parties existent depuis longtemps, mais les divisions se sont exacerbées après le coup d’État manqué du 21 septembre. La semaine dernière, des dizaines de milliers de Soudanais ont défilé dans plusieurs villes pour soutenir le transfert complet du pouvoir aux civils, et pour contrer un sit-in rival de plusieurs jours devant le palais présidentiel dans la capitale Khartoum, qui exigeait un retour au «régime militaire».

M. Hamdok a précédemment décrit les divisions au sein du gouvernement de transition comme la «crise la plus grave et la plus dangereuse» à laquelle est confrontée la transition. Samedi, M. Hamdok a démenti les rumeurs selon lesquelles il avait accepté un remaniement ministériel, les qualifiant de «non exactes». Le Premier ministre a également «souligné qu’il ne monopolisait pas le droit de décider du sort des institutions de transition».

Samedi également, l’envoyé spécial des Etats-Unis pour la Corne de l’Afrique, Jeffrey Feltman, a rencontré conjointement M. Hamdok, le président de l’organe dirigeant du Soudan, le général Abdel Fattah al-Burhan, et le commandant paramilitaire Mohamed Hamdan Daglo. «M. Feltman a souligné le soutien des Etats-Unis à une transition démocratique civile, conformément aux souhaits exprimés par le peuple soudanais», a déclaré l’ambassade des Etats-Unis à Khartoum.

Selon des analystes, les récentes manifestations de masse témoignent d’un fort soutien à une démocratie dirigée par des civils, mais les manifestations de rue risquent d’avoir peu d’impact sur les puissantes factions qui font pression pour un retour au régime militaire.

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