Arrestation du narcotrafiquant Otoniel, "comparable à la chute d’Escobar"

Le président colombien qualifie cette capture de «coup le plus dur qui ait été porté au trafic de drogue en ce siècle dans notre pays ».

Arrestation du narcotrafiquant Otoniel, «comparable à la chute d’Escobar»
L’armée colombienne avec Dairo Antonio Usuga, alias Otoniel, chef du Clan del Golfo, le 23 octobre 2021 @BelgaImage

Le gouvernement colombien a annoncé samedi l’arrestation de Dairo Antonio Usuga, alias «Otoniel», le narcotrafiquant le plus recherché du pays, pour lequel les Etats-Unis avaient offert 5 millions de dollars de récompense.

Les autorités colombiennes aux anges

«C’est le coup le plus dur qui ait été porté au trafic de drogue en ce siècle dans notre pays (…) seulement comparable à la chute de Pablo Escobar», s’est félicité le président Ivan Duque, dans un message diffusé sur les réseaux sociaux. Pablo Escobar, chef du cartel de Medellin qui a contrôlé jusqu’à 80% du commerce mondial de cocaïne, avait été abattu par la police colombienne en 1993. Des images diffusées par le gouvernement montrent Otoniel, vêtu de noir, menotté et entouré de militaires colombiens armés. Le narcotrafiquant a été capturé à Necocli dans le nord-ouest du pays, près de la frontière avec le Panama.

Le Clan del Golfo est le plus puissant gang de narcotrafiquants de Colombie et l’arrestation de son chef représente le plus gros coup porté par le gouvernement colombien au crime organisé dans le pays. «Reconnaissance spéciale aux forces de sécurité (…) pour la capture à Necocli de Dairo Antonio Usuga, alias ‘Otoniel’, haut dirigeant du Clan del Golfo», a déclaré sur Twitter Emilio Archila, conseiller du président Ivan Duque.

Les États-Unis avaient offert une récompense de 5 millions de dollars pour sa capture. Otoniel, qui a été inculpé par la justice américaine en 2009, fait notamment l’objet d’une procédure d’extradition devant le tribunal du district sud de New York.

Un cartel omniprésent

Le narcotrafiquant, âgé de 50 ans, était à la tête du Clan del Golfo, formé d’anciens membres de groupes paramilitaires qui ont mené une lutte acharnée contre les guérillas de gauche jusqu’aux années 2010. Le cartel, qui se finance principalement grâce au trafic de drogue, à l’exploitation minière illégale et à l’extorsion, est présent dans près de 300 municipalités du pays, selon le groupe de réflexion indépendant Indepaz.

Le gouvernement colombien accuse le Clan del Golfo d’être l’un des responsables de la pire vague de violence qui secoue le pays depuis la signature de l’accord de paix en 2016 avec la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxiste). En 2017, Otoniel avait annoncé son intention de parvenir à un accord pour se rendre à la justice. Le gouvernement avait répondu en déployant pas moins de 1.000 soldats pour le pourchasser. Selon la police, le narcotrafiquant se cachait dans la jungle et n’utilisait pas de téléphone.

Otoniel était devenu le chef du Clan del Golfo après la mort de son frère Juan de Dios, «Giovanni», lors d’affrontements avec la police en 2012. Il avait pris les armes à l’âge de 18 ans comme guérillero dans l’Armée de libération populaire, une guérilla marxiste démobilisée en 1991. Après avoir déposé les armes, il était retourné combattre dans les groupes paramilitaires d’extrême droite. Nombre de ces groupes avaient été démobilisés en 2006 à l’initiative du gouvernement de l’ex-président de droite Alvaro Uribe (2002-2010). Mais Otoniel avait décidé de rester dans l’illégalité. Malgré quatre décennies de lutte contre le trafic de drogue, la Colombie reste le premier producteur mondial de cocaïne, dont les États-Unis sont le premier consommateur.

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