Bombardements de civils : " la reconstruction est quasi impossible "

Un rapport d’Handicap International montre l’impact à long terme des bombardements en zone urbaine. L’ONG pousse les États à encadrer l’usage d’armes explosives.

bombardements civils armes explosives Handicap International Irak Mossoul
Photo-Illustration/ Mossoul, en septembre 2017/©BELGAIMAGE

Pour les civils, la guerre ne prend jamais vraiment fin. Même longtemps après que les combats aient officiellement cessé, elle continue de faire de nouvelles victimes. C’est ce que montre le rapport récemment publié par Handicap International (HI). L’ONG y met le focus sur l’Irak, et plus précisément sur la province de Ninive.

Cinq ans après la fin des combats et la chute de Daech, le pays subit encore les conséquences des bombardements en zone urbaine. De larges pans de la population restent en effet tributaires de l’aide humanitaire, par exemple pour l’accès aux soins spécialisés. Des centaines de milliers de personnes sont toujours déplacées, comme l’expliquait récemment à Moustique Andrea Trevisan, ancien responsable de HI pour l’Irak.

Un travail de plusieurs décennies

Aux plaies physiques s’ajoutent les traumas psychologiques, d’autant plus difficiles à guérir lorsque les restes de la guerre sont partout si présents. L’Irak est en effet l’un des pays les plus pollués par les engins explosifs, rappelle HI. Plus de 3 200 km² de terres sont contaminées ; c’est deux fois la superficie de Londres. Quelques 8,5 millions d’irakiens vivent dans des zones polluées.

« Quand vous utilisez des armes explosives dans des villes, la reconstruction est quasi impossible, explique Baptiste Chapuis, chargé de Plaidoyer chez Handicap International. En tout cas, elle prend énormément de temps. Le travail va durer des décennies en Irak, vu le niveau de contamination ». Techniquement, les opérations de déminages prennent en effet beaucoup plus de temps en ville. Elles sont aussi très coûteuses.

« L’Irak a besoin de 170 à 180 millions de dollars par an, dont 50 millions rien qu’à Mossoul, pointe Baptiste Chapuis.  Mais il n’y a pas que les opérations de déminage à proprement parler : la sensibilisation, l’éducation des populations aux risques, l’assistance aux victimes… sont également primordiales ».

Encadrer l’usage des armes explosives

Depuis un peu plus de deux ans, l’International Network on Explosive Weapons (Inew), une coalition d’ONG (dont fait partie Handicap International) bataille pour faire cesser l’utilisation en zone urbaine des armes explosives à large rayon d’impact (bombes larguées par avion, systèmes de roquettes à canon multiple, etc.). L’objectif de l’Inew : faire aboutir prochainement une déclaration politique ambitieuse encadrant l’usage de ces armes par les États.

« On vise un texte fort, bâti sur de solides bases, résume Baptise Chapuis. Même s’il n’est d’abord ratifié que par un groupe restreint de pays signataires, ça sera un bon début. Il vaut mieux ça qu’un texte vide de sens, ratifié par toutes les grandes puissances ». Ne doit-on pas craindre que le texte, aussi contraignant soit-il, perde toute efficacité s’il n’était pas signé par les poids lourds que sont les États-Unis, la Russie ou la Chine ?

Baptiste Chapuis se veut optimiste. « Les États-Unis n’ont par exemple pas signé le traité d’Ottawa sur les mines antipersonnel. Et pourtant, ils l’appliquent de facto, par peur d’être isolés sur la scène internationale, grâce aussi à la pression de l’opinion publique, à l’appui de la société civile… C’est un combat difficile, de longue haleine ». Le prochain round devrait avoir lieu en février 2022, à la faveur d’ultimes négociations entre États.

Sur le même sujet
Plus d'actualité