La Belgique hausse le ton face à la Pologne

Les dirigeants politiques belges n’hésitent plus à montrer leur mécontentement au vu des libertés de Varsovie vis-à-vis de l’État de droit.

La Belgique hausse le ton face à la Pologne
Les Premiers ministres belge et polonais, le 1er octobre 2020 à Bruxelles @BelgaImage

En remettant en cause la primauté du droit européen, la Pologne a vraisemblablement franchi une ligne rouge pour de nombreux gouvernement du continent, y compris celui belge. Pour le Premier ministre Alexander De Croo, la décision de Varsovie représente ni plus ni moins «une menace directe pour notre prospérité et notre sécurité, en Belgique aussi», comme il l’a affirmé ce mardi. Et il n’est pas le seul à faire valoir son mécontentement. Les condamnations se multiplient la Belgique appelle désormais, comme d’autres, à l’action.

Sophie Wilmès ferme

En témoigne la position de la ministre des Affaires étrangères, Sophie Wilmès, qui a réagi au nom de tout le Benelux à la décision du Tribunal constitutionnel polonais sur la primauté du droit européen. Pour elle, «l’ouverture d’une procédure d’infraction dans ce cas est évidente, mais insuffisante. Nous demandons donc également à la Commission de faire usage, le cas échéant, du règlement sur la conditionnalité de l’Etat de droit le plus tôt possible et d’envisager sérieusement des mesures supplémentaires pour faire face aux risques inhérents à la détérioration de l’Etat de droit». En appelant à réagir de la sorte, Sophie Wilmès se joint ainsi aux appels allant dans le sens d’une suspension du versement de fonds européens aux pays coupables de dérives sérieuses sur l’État de droit. Quand est-ce que cela pourrait se faire? Cela n’est pas précisé. Le but est surtout de montrer le mécontentement ambiant.

Il y a une semaine, la Belgique s’était déjà jointe à une dizaine de pays (dont la France et l’Allemagne) pour soutenir les institutions européennes face aux agissements de la Pologne et de la Hongrie. Ces deux derniers venaient d’initier un recours pour empêcher l’Union européenne de recourir à la fameuse sanction sur suspendre ou réduire le versement de fonds européens en cas de violations des principes de l’État de droit.

Alexander De Croo veut des explications

Une réunion doit avoir lieu ces jeudi et vendredi au Conseil européen et si le sujet polonais n’était pas inscrit de base à la réunion, la Belgique et d’autres pays s’assureront qu’il en soit question. Le Premier ministre Alexander De Croo l’a encore confirmé hier en demandant à ce que son homologue polonais, Mateusz Morawiecki, s’explique sur ce qu’il envisage pour la suite, au vu de la décision du Tribunal constitutionnel. «Comment le gouvernement polonais va-t-il mettre cet arrêt en application, et que signifie-t-il pour ses engagements et sa coopération au sein de l’Union?», se demande Alexander De Croo.

Lui s’inquiète d’une remise en cause qui «se ressentira à travers notre coopération dans le marché intérieur et dans l’espace Schengen, à travers nos quatre libertés fondamentales et donc le fonctionnement même de l’Union». Preuve de sa fermeté, il n’hésite pas à affirmer qu’«en Pologne, l’indépendance de la justice est mise sous pression de manière inouïe». «C’est avant tout problématique pour les citoyens de ce pays, pour le respect de leurs droits fondamentaux, mais c’est aussi problématique pour nos nombreuses entreprises actives en Pologne. Car le marché intérieur européen dépend de la bonne application de règles communes à tous les pays qui en font partie, et la Belgique est l’un des pays de l’UE qui ont le plus à gagner d’un marché intérieur qui fonctionne bien».

Le tout de la réunion de demain et après-demain va donc de tempérer les deux camps, pour éviter un dérapage. Il s’agira probablement de rappeler l’importance du droit européen, garant des libertés fondamentales, et de laisser s’exprimer la Pologne. Cette dernière pourrait tout à fait faire marche arrière, mais cette provocation prend quoi qu’il arrive des allures d’escalade sur le long terme. Comme si, pas à pas, le gouvernement polonais tentait de savoir jusqu’où elle peut pousser son euroscepticisme. Il ne faut pas non plus oublier que la Pologne est le plus grand bénéficiaire des fonds structurels européens. Ça aussi, ça pèse dans la balance.

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