Élections tchèques: défaite surprise du Premier ministre populiste

Andrej Babiš, mis en cause par les Pandora Papers, a de grandes chances de perdre son poste vu la coalition qui pourrait se former.

Élections tchèques: défaite surprise du Premier ministre populiste
Andrej Babiš le 8 octobre 2021 à Prague @BelgaImage

L’alliance tchèque de centre-droit Ensemble a remporté de justesse samedi les élections législatives face au Premier ministre populiste milliardaire Andrej Babiš, selon des résultats presque complets qui ont créé la surprise.

Une quadripartite se dessine

Les résultats partiels publiés par le site officiel électoral donnaient M. Babiš confortablement en tête, conformément aux sondages mais l’écart a fondu et le résultat a basculé au fur et à mesure que les bulletins de vote des grandes villes étaient décomptés. Après le dépouillement de plus de 99,9% des votes, l’alliance Ensemble (Spolu) regroupant le Parti démocratique civique de droite, TOP 09 (centre-droit) et l’Union chrétienne démocrate (centre), a obtenu 27,78% des voix, lui assurant 71 sièges. Elle devance le mouvement populiste ANO de M. Babiš qui a recueilli 27,14% et obtiendrait 72 sièges.

Ensemble dont le chef de file s’est positionné immédiatement pour former le prochain gouvernement, disposerait d’une majorité de 108 sièges au Parlement (qui compte 200 élus) s’il forme une coalition plus large avec l’alliance du PoS formée par le Parti pirate antisystème (Piráti) et le mouvement centriste des Maires et indépendants (STAN). «Il semble que les deux coalitions démocratiques parviendront à obtenir une majorité parlementaire, ce qui signifie très probablement que Babiš devra partir», a déclaré Otto Eibl, directeur du département des sciences politiques de l’université Masaryk de Brno.

Un quatrième parti siègera au Parlement, le mouvement d’extrême droite et antimusulman Liberté et démocratie directe (SPD), dirigé par l’homme d’affaires Tomio Okamura, né à Tokyo, qui a obtenu près de 10% des voix et devrait pouvoir compter sur 20 élus. Le taux de participation a atteint plus de 65%, contre 60,84% lors des précédentes élections législatives en 2017.

La chute de Babiš et des communistes

Andrej Babiš, 67 ans, a fait fortune dans l’agroalimentaire, la chimie et les médias. Il est accusé de fraude présumée aux subventions européennes et l’Union européenne lui reproche un conflit d’intérêts entre ses rôles d’homme d’affaires et d’homme politique. Le week-end dernier, l’enquête internationale Pandora Papers a révélé qu’il avait utilisé l’argent de ses sociétés offshore pour financer l’achat de propriétés dans le sud de la France en 2009, dont un château. M. Babiš a rejeté toutes ces allégations, criant à la diffamation. Selon M. Eibl, les révélations des Pandora Papers n’ont pas particulièrement pesé dans le vote: «Il y a eu tellement d’affaires de corruption que beaucoup d’électeurs y sont devenus insensibles», dit-il.

Andrej Babiš préside actuellement un gouvernement minoritaire avec les sociaux-démocrates (ČSSD), tacitement soutenu par le Parti communiste (KSČM) qui avait dirigé l’ancienne Tchécoslovaquie totalitaire de 1948 à 1989. Avec un score de 3,6%, les communistes n’ont pas franchi samedi la barre des 5% et seront exclus du Parlement pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale. «C’est une grande chose, enfin!», a commenté auprès à l’AFP Alexandr Vondra, membre du Parlement européen, dissident anticommuniste dans les années 1980. «Mais c’est aussi la fin d’Andrej, et c’est encore plus grand», a ajouté M. Vondra, un proche collaborateur de l’ancien président tchèque Václav Havel.

Constitutionnellement, c’est au président pro-russe Miloš Zeman qu’il revient de désigner le nouveau Premier ministre. Avant le scrutin, il avait laissé entendre qu’il choisirait M. Babiš, son ancien allié. Malade, le président Zeman a été contraint à voter de chez lui mais son entourage a indiqué samedi qu’il rencontrerait M. Babiš pour des entretiens dimanche matin. «Nous verrons ce que le président dira», a déclaré M. Babiš. «Je suis un manager, ma place est au gouvernement», a-t-il insisté devant les journalistes. Mais le président de l’alliance Ensemble, Petr Fiala, a de son côté déclaré, sous les ovations, que son mandat pour former le prochain gouvernement était «fort». «M. le président devra en tenir compte», a-t-il insisté.

Le président à l’hôpital après une réunion avec Babiš

Ce dimanche, le président de la République tchèque, Milos Zeman, a été hospitalisé à Prague, la capitale. Cela s’est produit juste après sa rencontre avec le Premier ministre sortant Andrej Babiš.

«En ce moment, le malade est hospitalisé dans une unité de soins intensifs de l’Hôpital universitaire militaire de Prague», a déclaré à la presse le docteur Miroslav Zavoral, ajoutant qu’il ne pouvait pas encore donner d’informations sur le diagnostic. Cet incident laisse en tout cas en suspens le processus de désignation du nouveau gouvernement.

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