Évacuations en Afghanistan : les chiens et les chats d’abord ?

Le Royaume-Uni a autorisé l'évacuation de 200 animaux, alors que des centaines d'Afghans sont restés bloqués à l'aéroport de Kaboul, faute de place dans les avions.

Des chiens au refuge Nowzad à Kaboul. - Reuters

L’opération d’évacuation menée par le Royaume-Uni en Afghanistan s’est achevée ce samedi avec le départ d’un vol transportant ses derniers militaires. Plus de 15.000 personnes ont pu quitter le pays en moins de deux semaines. Même si la mission s’est déroulée « aussi bien que possible au vu des circonstances », le chef des forces armées britanniques, le général Nick Carter, a estimé samedi « déchirant » ne pas avoir « pu faire sortir tout le monde », faute de temps et de place dans les avions. Mais c’est pour une autre raison que le gouvernement britannique est sous le feu des critiques depuis dimanche.

Alors que des centaines d’Afghans éligibles au départ ont dû rester sur place, l’un des derniers avions à quitter Kaboul transportait Paul Farthing, un vétéran anglais, ainsi que 200 chiens et chats de son refuge. Ce rapatriement spécial ne passe pas pour une partie de l’opinion publique, d’autant plus que l’ancien militaire a laissé derrière lui ses 24 employés afghans et leurs proches.

Après avoir combattu en Afghanistan au cours des années 2000, ce Royal Marine surnommé « Pen » s’y est installé, avant de fonder le refuge pour animaux Nowzad dans la capitale afghane. « Nous sommes soulagés de confirmer que Pen et les animaux ont quitté l’Afghanistan cet après-midi et sont à présent en sécurité », a annoncé sur Facebook son association. Quant aux employés qui n’ont même pas pu parvenir à l’aéroport pour y être évacués, l’organisation a promis de « faire le maximum pour les aider ».  

« Pendant ce temps, la famille de mon interprète risque d’être tuée »

Pour sauver ses animaux, Paul Farthing a mené une campagne très médiatisée au Royaume-Uni, déclenchant des réactions très partagées. Intitulée Ark en référence à l’arche de Noé, cette opération de sauvetage plaît évidemment aux militants pour les droits des animaux, mais suscite l’indignation dans une partie de la sphère politique, face à l’afflux d’Afghans candidats au départ.

« Que diriez-vous si j’envoyais une ambulance pour sauver mon chien plutôt que pour sauver votre mère ? », a déclaré le député conservateur Tom Tugendhat, qui a servi dans l’armée britannique en Afghanistan. « Nous venons d’utiliser beaucoup de troupes pour amener 200 animaux. Pendant ce temps, la famille de mon interprète risque d’être tuée », a-t-il poursuivi à la radio LBC samedi.

De leur côté, l’ancien militaire et ses partisans ont affirmé que l’opération Ark n’a pas pris de sièges d’avion aux Afghans et n’a pas drainé les ressources de l’opération d’évacuation officielle.

« Non seulement Paul Farthing a abandonné son personnel afghan, mais ils ont fait monter leurs chiens dans leur avion au moment même où les Américains chargeaient leurs 13 victimes » de l’attentat de jeudi, s’est indignée une source britannique de défense citée par le journal The Times.

Le rôle du gouvernement est, lui aussi, contesté. Dans un premier temps, le secrétaire d’Etat à la défense britannique, Ben Wallace, avait annoncé sur Twitter qu’il n’allait pas « donner la priorité aux animaux sur les hommes, femmes et enfants désespérés qui frappent à la porte ». Mais devant la mobilisation des militants de la cause animale et l’obstination de Paul Farthing, accusé d’avoir envoyé des messages de menaces à l’un de ses conseillers, l’homme politique a fini par plier. « À ce stade, s’il arrive avec ses animaux, nous chercherons un créneau pour son avion. » Un changement de position vivement commenté dans les médias britanniques qui questionnent l’influence de l’ex-militaire sur les autorités locales.

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