Comment être parent en 2023 : «En étant moins exigeant avec soi et avec l’enfant»

On ne crie pas, on punit de façon sensée, on montre l’exemple. Avec le psychopédagogue Bruno Humbeeck, revue des conseils à l'attention de ceux qui sont devenus des hyper-parents.

être parent c'est quoi en 2023 ?
Être parent, c’est protéger son enfant et “le diriger dans une direction qu’on choisit avec lui”. © Getty Images

Tous les parents ont tendance à être aujourd’hui des hyper-parents. Ces parents ont “convoqué” leurs enfants à naître…  Ils se sentent donc deux fois plus responsables de leur bonheur. Ces parents sont sous tension car désireux d’être des parents parfaits. Éclairant cette problématique, le psychopéda­gogue Bruno Humbeeck signe un ouvrage au titre ­limpide: Hyper-parentalité. Apprendre à lâcher prise pour le bien des parents et des enfants.  Il livre quelques balises pour remettre de l’ordre dans la perte de ­repères de ceux qui veulent bien faire…

Dans la société qui est la nôtre, dans un paysage de mutations, comment être parent en 2023?
Bruno Humbeeck -
En étant moins exigeant avec soi, avec l’enfant et par rapport à l’idée qu’on se fait du bonheur. Le bonheur, ce n’est pas le contentement continu, la satisfaction permanente. Il vaut mieux viser une forme de sérénité et un 7 sur dix sur l’échelle du bonheur. Le 9 sur 10 est un état eupho­rique, essentiellement compatible avec l’état amoureux ou une satisfaction exceptionnelle comme gagner au Lotto. La sérénité vaut mieux que l’intensité.

Peut-on encore utiliser la punition?
Bien sûr. Il faut éviter de mal l’utiliser. Vous pouvez punir par rapport à une infraction à une règle que l’enfant connaît. Dire à son enfant “Je te punis car ce que tu viens de faire, je ne veux pas que tu recommences” n’est absolument pas une hérésie sur le plan pédagogique. Dire “Tu as frappé ta sœur, c’est interdit” ou “Tu as insulté de façon sexiste, raciste ou homophobe, c’est interdit” sert à sanctionner pour marquer un coup d’arrêt. Mais “Je te punis parce que tu n’es pas sage”, ça ne fonctionne pas. Dire que saint Nicolas le punit parce qu’il n’est pas sage, c’est pire car la punition ne porte pas sur une règle.

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Les parents n’osent plus sanctionner?
C’est le problème de la pédagogie positive mal comprise. L’idée de la pédagogie positive, c’est promouvoir le positif et éviter de ne voir que le négatif. Mais cette pédagogie positive a viré en des recettes toutes faites comme éviter toute punition. Éduquer sans humilier ou sans porter atteinte à l’intégrité ­physique de l’enfant, c’est évident. Il faut éviter de punir n’importe quoi n’importe comment.

Il ne faut pas crier sur ses enfants?
Jamais. Le cri n’est pas éducatif. Le cri est une réaction à une émotion et la punition n’est pas une réaction émotionnelle. La punition est une chose pensée pour stopper un comportement. Le cri peut aussi être menaçant et ce n’est pas du tout éducatif.

Mais alors, comment faire?
Identifier les comportements que l’on veut éteindre et définir des règles. Une bonne règle doit pouvoir être dessinée comme un panneau routier. Exemple: “Tu ne cours pas” qui peut être si important quand on se promène en ville. Il faut toujours se demander si on a exprimé de façon suffisamment claire à son enfant la règle et la sanction à laquelle il s’expose.

Si un parent n’est pas heureux, il ne donne pas à son enfant l’envie d’être un jour adulte

Entre hier et aujourd’hui, comment a évolué la notion d’autorité?
Le principe de l’éducation d’autrefois, c’est d’avoir des enfants bien élevés qui grandissent dans des valeurs respectées. De nos jours, on est dans l’idée qu’il faut épanouir son enfant, parler avec lui, le diriger dans une direction qu’on choisit avec lui. Cela ne veut pas dire qu’on négocie tout, mais l’enfant devient un partenaire actif. On ne va pas le gaver de conseils et de directives: on va lui donner envie de vivre. C’est pour ça que le seul conseil qu’un adulte doit se donner, c’est d’être lui-même heureux. Si un parent n’est pas heureux, il ne donne pas à son enfant l’envie d’être un jour adulte. Il faut pouvoir se préoccuper de soi pour être un adulte épanoui qui donne à son enfant envie de grandir.

C’est bien de montrer l’exemple?
Tout à fait. Si on prend le goût de la lecture… Elle ne s’impose pas. Elle se transmet en lisant soi-même. Il faut leur montrer que lire est une source de plaisir. Quand l’enfant perçoit ça, il le garde toute sa vie.

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Comment ne pas transmettre de l’anxiété?
En nourrissant l’espérance pour être un humain équilibré. On peut tous agir à sa mesure - c’est ce qu’on appelle l’effet colibri. La planète est en danger. Mais on peut faire du tri sélectif ensemble et on ne doit pas cacher que l’inquiétude est légitime. Mais on est confronté à un phénomène nouveau: si vous demandez à un enfant de 12 ans ce qu’il veut faire plus tard, il ne saura pas vous répondre. On ne connaît pas les contours de 80 % des métiers qui existeront dans dix ans. Il y a énormément d’incertitudes. Il faut contrôler ce qu’on peut contrôler, accepter ce qui ne l’est pas. Si on fait cela, on n’aura pas des enfants sages, on aura des enfants qui savent faire preuve de sagesse. C’est beaucoup plus utile.

Mais la pression est là. Les enfants doivent décrocher un diplôme!
Non, ce n’est plus vrai. Il ne faut pas penser que le diplôme est la seule validation de l’intelligence. Les employeurs ne cherchent plus des diplômes mais des acquisitions de compétences. Il n’y a aucune corrélation entre mauvais résultats scolaires et réussite socioprofessionnelle. L’essentiel est de préserver le plaisir d’apprendre. Les parents doivent savoir que des enfants sont capables de transformer leurs jeux vidéo en espaces d’apprentissage.

Que faut-il transmettre à ses enfants?
L’envie de vivre. Le désir de réussir sa vie, et non pas réussir dans la vie. Si on transmet ça, on aura fait notre métier de parent. Pour ça, il faut ressentir soi-même le désir de vivre et de réussir sa vie.

Déculpabiliser comme parent, c’est la clé…
La culpabilité ne fait avancer personne dans l’éducation. Ni l’enfant ni le parent. La repentance sur l’état dans lequel on a mis la planète ne sert à rien. On ne l’a pas fait exprès. Nous n’avons pas à partager une culture de la culpabilité car nous ne sommes pas des parents parfaits.

Retrouvez notre dossier de la semaine Être parent en 2023

hyper-parentalité

Hyper-parentalité de Bruno Humbeeck. Éditions Mardaga, 144 p.

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