La règle du 3-6-9-12 et d'autres conseils pour guider les enfants face aux écrans

Le numérique est un outil intéressant du moment qu’on en reste acteur. Pour mieux slalomer à travers les écrans et les âges, et pour éviter les dangers, nous avons dressé ce répertoire de conseils pratiques.

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Le psychiatre Serge Tisseron a commencé à s’intéresser aux écrans à l’époque de la télévision. Il a développé à travers la méthode 3-6-9-12 (et plus) des conseils de bon sens qui restent valables comme regarder la télévision à plusieurs, en discuter, ne pas la regarder trop, alterner avec d’autres activités. Quand les nouveaux écrans sont arrivés, il a adapté la gestion. Avec les tablettes et smartphones, il vaut mieux couper le wifi la nuit, par exemple. Car avec les écrans, on peut trouver le meilleur comme le pire des mondes et la quantité d’usage change tout. Un usage modéré des écrans, par exemple une heure par jour, est extrêmement bénéfique pour la socialisation.

Par contre, à partir de plus de quatre, cinq heures par jour passées sur son écran comme celui de son smartphone, on va avoir des conséquences sur le fonctionnement émotionnel et social. Et le risque de sédentarité devient très important. L’essentiel est de varier les activités en lisant aussi des livres et en sortant faire du sport, par exemple. “La vigilance parentale est essentielle. Les petits doivent être accompagnés sur les écrans. Pour les grands, on ne va pas nécessairement se mettre avec eux derrière la console mais on va parler et acquérir une culture du numérique”, plaide Séverine Erhel, maîtresse de conférences en psychologie cognitive à Rennes 2. “Les influenceurs que mes enfants regardent, je les regarde. Ce n’est pas toujours hyper intéressant, mais l’idée est de s’impliquer dans la vie numérique de ses enfants. Ce qui est important, c’est de savoir. Certains influenceurs posent problème, notamment en matière de sexisme ou de grossophobie. Il faut en discuter avec ses enfants.

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utilisation recommandée des écrans selon les âges

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Il faut éduquer à la communication virtuelle et ça vaut pour tout le monde. “Des directeurs d’écoles se sont demandé pourquoi les enfants se quittaient bons copains le vendredi soir et se tapaient dessus le lundi matin. Je leur ai expliqué que, toute la semaine, ils interagissaient en présence les uns des autres et à travers leurs réseaux, mais, le week-end, uniquement à travers les outils numériques. Or les outils numériques sont des machines à fabriquer des quiproquos”, relève Serge Tisseron. On a tendance à caricaturer ce qu’on dit pour être mieux compris. On n’est pas compris et on en rajoute une couche. On n’a pas de feedback du regard de l’interlocuteur et donc on ne sait pas s’il nous suit ou pas. “Il faut faire une éducation pour apprendre ça dès la maternelle. Par exemple, en faisant communiquer deux enfants dos à dos pour montrer qu’on ne communique pas de la même manière qu’en se voyant.

Le deuxième apprentissage à faire, c’est celui des algorithmes qui rapprochent les gens qui se ressemblent en ayant des opinions et des centres d’intérêt convergents. Les algorithmes enferment les gens dans des bulles pour augmenter le trafic. Mais ils font fonctionner les gens en circuit fermé. “On a l’impression que tout le monde est d’accord avec nous et que les autres sont des imbéciles”, soulève Serge Tisseron. Et puis, il y a les inégalités sociales qui font qu’on a un usage plus ou moins intéressant des outils numériques pour le même nombre d’heures qu’on y passe. “Si les enfants riches sont moins devant les écrans, c’est parce que leurs parents leur offrent d’autres activités. Plutôt que de dire qu’on est trop devant les écrans, il faut prendre ces causes de mésusages et les réduire chacune”, plaide l’expert.

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Sextorsion et grooming

Internet est un outil génial mais qui n’est pas sans danger, pose Ruth de Bruiker, project manager prévention chez Child Focus qui a mis au point un programme pour aider les parents en collaboration avec la Ligue des familles. Cela fait dix ans que cette collaboration se montre utile. Des animateurs se rendent dans les écoles à la demande des directions ou des comités de parents. Le cyberharcèlement est un des thèmes car c’est un danger. Il peut prendre une forme plus conséquente que des moqueries à la récré puisqu’il ne s’arrête jamais. Pour se prémunir, mieux vaut opter pour un profil privé limité aux amis qu’un profil public ouvert à tout l’univers. “Meta protège en principe les enfants entre 13 et 16 ans. Et 13 ans est l’âge minimum pour ouvrir un compte sur un réseau social, TikTok compris. Mais cette règle est arbitraire et hypocrite. Elle est venue des États-Unis où l’on ne peut pas faire de publicité personnalisée avant 13 ans. Mais ça ne dit rien du contenu auquel l’enfant peut accéder.

Beaucoup d’enfants trichent sur leur date de naissance, avec la collaboration souvent des parents eux-mêmes. “On conseille du coup de rester en mode privé afin qu’une personne qui n’a pas été acceptée ne puisse pas vous suivre. Sur des plateformes de gaming, l’idée est toutefois de jouer précisément avec des inconnus. Dans ce cas, il faut conseiller au jeune de ne pas dévoiler ses données privées et de ne discuter de rien d’autre que du jeu. Pour les ados, on peut être moins dans la protection mais conseiller de toujours vérifier à qui on a affaire, en faisant le détective, pour vérifier qu’il s’agit d’un vrai profil de quelqu’un qui a les mêmes valeurs que soi.” Un autre danger vient du fait que des enfants se profilent avec des chorégraphies sexy ou des photos qui peuvent être sexualisées. Cela peut venir directement des parents qui postent parfois n’importe quoi de leurs enfants. Pour Ruth de Bruiker, “le consentement est quelque chose de fondamental concernant la vie en ligne”. La sextorsion et le grooming peuvent mener à l’abus sexuel des mineurs. Le grooming est le fait qu’un adulte entre en contact avec un enfant en essayant d’obtenir un rendez-vous ou des images de lui, sans chantage financier.

Une petite centaine de cas ont été dénoncés l’an dernier chez Child Focus. Le sextorsion va plus loin: à partir d’un faux compte, il est demandé à la personne de se dénuder devant la caméra ou des photos nues, avec ensuite un chantage financier. Quarante cas ont concerné des mineurs l’an dernier mais c’est beaucoup plus fréquent chez des adultes. Le sexting, lui, est devenu courant avec l’envoi d’images sexy via son téléphone. Le danger est alors que la personne qui reçoit transmette sans consentement à d’autres les images. C’est malheureusement trop souvent le cas chez les ados. “En 2021, on a eu 129 cas mais on n’est pas toujours prévenu.” Ce phénomène, punissable, est également présent chez les adultes. Le porno en ligne est un dernier danger. “Il faut éduquer au fait qu’il s’agit d’acteurs payés pour ça et que cela ne reflète pas la réalité des relations sexuelles”, conclut Ruth de Bruiker.

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