Pourquoi les violences conjugales augmentent-elles pendant la Coupe du Monde ?

Comment expliquer la hausse de violences conjugales qui se produit pendant la Coupe du Monde ? Une étude anglaise s’est penchée sur la question.

Carton rouge sur ta violence
© Télémb.be

L’étude n’est pas neuve, mais en ce 25 novembre, journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, elle prend un tout autre sens. Et toute son importance. Publiée en 2014 en Angleterre, son constat est sans appel. Les violences conjugales augmentent terriblement pendant la Coupe du Monde.

Basée sur les Coupes du Monde de 2002, 2006 et 2010, l’enquête anglaise pose trois constats effrayants, appuyés sur les rapports de police du comté de Lancashire.

Le premier c’est que lorsque l’équipe anglaise est victorieuse, ou s’en tire avec un match nul, les violences faites aux femmes augmentent de près de 26% par rapport à une journée sans rencontre sportive. Le second constat, c’est qu’en cas de défaite, les chiffres gonflent à vue d’œil. On reporte une hausse d’environ 38% d’augmentation de violences. Et enfin, si le match se déroule le weekend, en particulier le dimanche, la hausse des violences faites aux femmes explose.

Mais comment expliquer cela ? Selon les chercheurs de Lancaster, le mondial ne justifie pas à lui seul cette hausse. Il en est cependant le catalyseur. "La compétition a lieu en été, quand les températures sont plus élevées, la consommation d’alcool est en hausse, et elle provoque plus d’interactions entre les gens. Bien qu’il soit difficile d’affirmer que la compétition est un facteur causal, cette prestigieuse compétition concentre tous les facteurs de risques lors d’une période courte et volatile, et intensifie ainsi les concepts de masculinité, rivalité et agression."

Masculinité malade ?

Ce constat d’une masculinité toxique est également soulevé par Stéphanie Vallée, présidente de L’R des centres de femmes du Québec, dont les propos sont recueillis auprès de One Heart, le média de l’engagement : "On parle d’hommes qui ont déjà un potentiel de violence à l’intérieur d’eux. Quand leur équipe joue il y a cette idée de masculinité et de rivalité, l’alcool n’aidant pas, ils se désinhibent complètement et perdent toute notion de responsabilité."

Cependant, il est important de dissocier la compétition sportive du comportement problématique. Si il est vrai que la culture entourant le foot crée un terrain fertile à de tels actes, avec des chants et/ou des attitudes sexistes qui entrainent un environnement dans lequel les femmes (ou minorités) sont plus aisément dénigrées et rabaissées, le principal responsable des violences, c’est l’agresseur.

A lire aussi: Voici les chiffres effrayants des violences faites aux femmes en Belgique

Comme l’explique Sandra Horley, directrice de l’association refuge, à la BBC, il est plus qu’important de garder cela en tête. " Justifier les violences par le foot, l’alcool ou la combinaison des deux, c’est trouver une excuse à l’inexcusable. Cela déresponsabilise les auteurs des violences, les laisse tranquilles et ne leur permet pas d’assumer la pleine responsabilité de leurs actes", insiste-t-elle rappelant que "des femmes subissent les coups de leurs conjoints tous les jours, pas uniquement quand le foot passe à la télé".

Carton rouge à ta violence

En cette journée mondiale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, et en pleine Coupe du Monde controversée, une campagne de prévention vient d’être lancée dans le Borinage, intitulée " Carton rouge à ta violence " et mise au point par le Réseau VIF Borain. Elise Moity, référente en violence intrafamiliales à la police boraine, l’explique au micro de la Première : "C’est en fait une campagne pour sensibiliser les auteurs de violences intrafamiliales, essentiellement, pour leur dire que ce n’est pas parce que c’est la Coupe du monde, que les violences doivent s’inviter au domicile." 

La campagne, lancée ce matin, est visible sur de nombreux bus mais également au sein de nombreux bâtiments public. Et alors que la Belgique compte au moins 20 féminicides depuis ce début d’année (recensés par Stop Féminicide), il est certain qu’en matière d’éradication des violences faites aux femmes, nous avons encore un long chemin à faire…

Sur le même sujet
Plus d'actualité