Géolocalisation des enfants : les conséquences de cette nouvelle forme de surveillance parentale

Avec la multiplication des applications qui permettent de géolocaliser ses enfants, on assiste à l’émergence d’une nouvelle forme de surveillance parentale. Quelles sont les conséquences sur la vie familiale et celles des enfants ?

Faut-il géolocaliser ses enfants?
Faut-il géolocaliser ses enfants? © Unsplash

De nombreuses applications mobiles proposent désormais de suivre géographiquement les plus petits lorsqu’ils sont en dehors du domicile familial. Parmi ces applications, on peut notamment citer Find My Kids, Google Family Link, ou encore Apple FindMy. Et selon une enquête menée par The Conversation, les parents seraient de plus en plus nombreux à s’adonner à cette pratique pour faire face aux éventuels dangers de leur environnement extérieur.

C’est le cas de Virginie, professeure des écoles de 38 ans, qui géolocalise occasionnellement sa fille : " Quand je vois ce qu’il se passe dans certains quartiers, je suis très contente quand ma fille part et qu’elle m’appelle ". Pour certains des parents interrogés dans le cadre de cette enquête, ne pas géolocaliser son enfant relèverait même d’une sorte d’" irresponsabilité " parentale.

D’autres considèrent toutefois que le suivi de la position géographique doit rester exceptionnel et s’effectuer uniquement lorsqu’il n’existe aucune autre solution pour joindre l’enfant : " S’il n’est pas rentré à l’heure prévue, qu’il ne répond pas au téléphone, voilà… Ce sont des cas où l’on commence à paniquer ", déclare Mohamed, cadre de 39 ans, qui estime que la géolocalisation est une pratique " malsaine " en dehors de ces situations.

Quelles conséquences pour l’enfant?

Les raisons qui mènent les parents à utiliser ses applications sont donc multiples. Si cette forme de surveillance n’assure pas une protection totale de l’enfant, elle permet toutefois de rassurer les parents. Mais que pensent les enfants de cette nouvelle technologie ? Encore une fois, les réceptions sont diverses mais la géolocalisation est plutôt bien acceptée par les adolescents interrogés par The Conversation. A condition que celle-ci soit perçue comme nécessaire : " Je marchais, je sens que quelqu’un me prend par l’épaule et ma mère, plus tard, m’a expliqué que c’était un pervers. Et c’est pour ça que des fois elle met la localisation, c’est vraiment rassurant pour moi ", raconte une adolescente de 14 ans.

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Les adolescents voient également des points négatifs aux applications de surveillance parentale, notamment la restriction du temps passé sur les réseaux sociaux qu’elles permettent. D’autres estiment que la géolocalisation est dans une certaine mesure une atteinte à leur vie privée. C’est le cas de Florian, 17 ans, interrogé par le magazine : " Chacun doit avoir une vie privée, surtout à un certain âge ".

Et pour la famille? 

Et lorsque la localisation attendue ne concorde pas avec la position vérifiée par les parents, les choses peuvent mal tourner pour les adolescents. Selon eux, la géolocalisation laisserait moins de place à la contextualisation et à la discussion avec les parents : " (Mon père) m’a demandé si j’étais bien allé au soutien, j’ai menti (…). Il m’a montré la tablette et tu ne peux rien dire contre ça, tu as tout de marqué, là où tu étais, à quelle heure… ", raconte Xavier, 15 ans.

L’utilisation de ces applications ne serait donc pas sans conséquence, estime Yann Bruna, maitre de conférences en sociologie à l’Université Paris Nanterre, qui a réalisé cette enquête. Le suivi géographique peut en effet mettre à mal la confiance au sein du groupe familial, et certains adolescents ressentent que leurs parents n’ont pas ou plus confiance en eux.

Interrogée sur les montres GPS pour enfants par Het Laatste Nieuws, la pédopsychologue Katelijne Van Lommel croit que l’utilisation de ces technologies doit être " réfléchie " : " Ne les utilisez pas tout le temps, mais seulement si elles peuvent contribuer à la sécurité et à la communication dans certaines situations, comme sur une plage bondée ou si votre enfant prend le bus seul. En tant que parent, il est plus important que vous en parliez comme un moyen de faciliter le contact, et non pas du point de vue de ‘mauvaises choses qui peuvent arriver’ ".

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