Pauvreté infantile : près d’un enfant sur cinq concerné

Cette semaine est placée sous la lutte de la pauvreté infantile. L’occasion de se pencher sur ce phénomène qui touche de plus en plus de personnes.

Pauvreté infantile
Un enfant sur cinq vit dans la précarité en Belgique © Unsplash

En Belgique, on estime qu’environ 513.000 enfants vivent dans la précarité. Ce n’est pas loin d’un enfant sur cinq. Et 43.000 de ces enfants vivent dans l’extrême pauvreté. Soit un enfant sur 10. Des chiffres qui font peur et sont intolérables dans un pays dit "développé", comme la Belgique. Pour éveiller les consciences et faire bouger les choses, la fondation Pelicano a lancé cette semaine contre la pauvreté infantile.

L’objectif de cette fondation est clair : soutenir les enfants en situation de précarité. "On essaye vraiment de briser le cercle vicieux de la pauvreté", nous explique Julien Etienne, chargé de mission pour Pelicano. "Pour ce faire, on soutient des jeunes et des enfants financièrement, grâce à des acteurs de terrain, jusqu’à leur majorité, ou plus si en fonction du projet de la personne. On accompagne des parcours de vie en essayant d’offrir une aide la plus durable possible."

Briser le cercle vicieux et relancer l’ascenseur social

A travers cette aide de longue haleine, Pelicano entend sortir les jeunes de la précarité et relancer l’ascenseur social et essayer de contrer le phénomène de reconduction sociale. "Concrètement, on remarque que plus un ménage fait face à des difficultés, plus elles vont s’accumuler et il devient de plus en plus difficile de s’en sortir", nous explique Julien Etienne. Un peu comme un jeu de domino où la chute de l’un, entraine la chute d’un autre, et ainsi de suite jusqu’à ce que tout s’écroule.

"Alors miser sur les enfants, déjà ça permet de relancer l’ascenseur social qui est vachement en panne ces derniers temps, mais c’est aussi une façon d’arrêter le système. Sortir le jeune de cette spirale négative lui permet de ne pas en créer une nouvelle avec ses enfants etc", soutient le chargé de mission pour Pelicano. "De plus, en misant sur les jeunes, on mise sur l’avenir. Il peut à son tour soutenir sa famille et remettre en marche l’ascenseur social."

Un contexte particulier

Les chiffres sont effrayants. Un enfant sur cinq vit dans la précarité. Un sur dix dans l’extrême pauvreté. Mais derrière ces statistiques, ce sont des êtres humains. "La réalité est vraiment dramatique. On voit des jeunes qui dorment dans des voitures ou qui viennent à l’école en sandale en plein hiver… Les boites à tartines sont vides ou presque", raconte Julien Etienne. "Et les crises successives n’arrangent rien."

S’il est encore trop tôt pour en prendre la pleine mesure, le tissu social s’est effrité et la crise énergétique ainsi que l’inflation galopante n’y sont pas innocentes. Pour le chargé de mission, " la crise énergétique écarte un peu plus les mailles du filet social et de plus en plus de personnes tombent dans la précarité. Ils ne savent pas vers qui se tourner, comment s’en sortir. La classe moyenne est en train de s’écrouler et cela devient compliqué à gérer".

Mais la pandémie de coronavirus joue également son rôle. Pour Julien Etienne, "elle a creusé les inégalités. En plus d’entrainer un retard scolaire, la pandémie a aussi créé une rupture sociale totale. Ce qui n’a fait que catalyser les différentes inégalités et les a empirés."

Avec le basculement vers un enseignement à distance, la fracture numérique s’est marquée mais cela a aussi rendu plus compliqué la détection des enfants dans le besoin. "Un autre souci de la pandémie c’est qu’elle a entrainé la fermeture des établissements scolaires. Mais beaucoup de parents comptaient dessus pour le repas chaud de midi où pour certains enfants sera le seul de la journée ou presque", explique Julien Etienne.

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L’importance de l’alimentation

Or, nous connaissons l’importance d’une alimentation équilibrée et en quantité pour favoriser la croissance et le développement chez l’enfant. "C’est pour cela que nous avons centré cette campagne de sensibilisation autour d’une assiette vide. On sait que l’alimentation joue un rôle clé dans le développement tant physique mais aussi cognitif de l’enfant", souligne le chargé de mission. "Une mauvaise alimentation peut causer des troubles de l’apprentissage, un déficit de l’attention etc."

Dans ce but de sensibilisation, la campagne " une assiette vide, c’est un vrai choc " a été lancée ce matin et tournera toute la semaine.

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La crise énergétique, une nouvelle épreuve pour les familles

Et la crise énergétique que nous traversons actuellement est une nouvelle difficulté qui s’impose à tout un chacun. Elle entraine un véritable basculement social et une fonte expresse de la classe moyenne. Mais pour les plus démunis, c’est catastrophique. Et les enfants en payent le prix fort.

"Des familles ne chauffent plus leurs logements car elles ne savent plus se le permettre. Mais cela entraine des taux d’humidité beaucoup plus élevés ce qui peut causer l’apparition de champignons au sein du logement", détaille Julien Etienne. "Et ces champignons ont des effets néfastes sur la santé, d’autant plus chez des jeunes enfants. Pour beaucoup, le foyer n’est plus un lieu sain."

"D’ailleurs, cette année il y a vraiment eu une énorme demande pour les internats. Les admissions dans ce genre d’établissement ont explosé. Cela rassure les parents d’une certaine manière. Oui l’enfant est loin mais au moins il est nourri, logé et (souvent) blanchi", explique Julien Etienne.

" Il est important de rester solidaire "

A travers cette semaine de prévention, la fondation Pelicano entend sensibiliser le grand public, lui rappeler la réalité de la situation mais aussi attirer l’attention des pouvoirs publics et les inciter à faire plus.

" Je pense qu’il est important que l’on reste solidaire. Surtout avec les plus faibles, et les enfants. On doit continuer à les soutenir et les protéger. Je fais ce métier depuis 20 ans et la situation devient vraiment dramatique. "

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