Chacun son secret (2/4): "J’ai découvert un féminicide parmi les miens"

Certaines familles cachent des souvenirs terribles, surprenants ou encore difficiles à assumer. Voici celui de Ludovic, deuxième témoin de notre série "Chacun son secret".

féminicide
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"Ma grand-mère de 92 ans m’a un jour parlé de Ludivine, une tante qu’elle n’a pas ­connue, décédée prématurément parce que son mari l’avait battue alors qu’elle était enceinte. Ça l’avait marquée, car l’histoire raconte que le talon de la chaussure du mari était visible sur la tête du bébé décédé. Alors j’ai essayé de retrouver la trace de cette dame, dont je ne connaissais que le prénom, et qui s’est même avéré ne pas être le bon. J’ai découvert que le féminicide n’avait jamais été reconnu, car il a eu lieu en 1919 et que le mari était un poilu revenu de la Première Guerre mondiale. Une gueule cassée au cerveau fou. J’ai trouvé cela via le dossier militaire du mari, parce qu’il envoyait des lettres pour réclamer des sous à l’armée. Il y a le descriptif de sa blessure, ses soins et le fait qu’il n’a pas été emprisonné ni jugé. Il a aussi pu se remarier. Je lui ai trouvé une seconde épouse et trois enfants, dont il a été déchu de la garde par la suite. J’ai retrouvé ces enfants et un petit-fils qui l’avait vu une seule fois dans sa vie, il parlait de lui comme d’un défiguré un peu fou. J’ai exposé cette découverte dans ma famille proche. J’ai eu l’impression d’être le seul à en mesurer la portée. Outre la curiosité, pour moi c’est l’énigme que formait cette histoire racontée de bouche à oreille, passant de génération en génération, qui m’a captivé. Cela ne paraissait pas important pour ma grand-mère, pareil pour ma mère. Sans doute car il s’agissait d’un fait ancien concernant des membres de la famille éloignée."

Retrouvez notre dossier de la semaine Secrets de famille

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