Les femmes vivent-elles plus longtemps? C’est plus complexe, montre une étude

Une étude très exhaustive pointe les raisons expliquant la moins grande espérance de vie des hommes, qui ne sont pas condamnés à vivre moins longtemps.

Un couple âgé
Un couple âgé @BelgaImage

Mi-juillet dernier, Statbel révélait sa nouvelle estimation de l’espérance de vie en Belgique pour l’année 2021. Après avoir chuté à 80,8 ans en 2020 à cause du Covid, elle est désormais remontée à 81,7. Une bonne nouvelle mais l’écart entre les sexes reste important: 84 ans pour les femmes (en augmentation de 11 jours comparé à 2019) et 79,2 ans pour les hommes (soit 124 jours de moins qu’en 2019). Au niveau mondial, cette différence se retrouve quasiment partout. Seuls quelques rares pays du sud de l’Afrique voient les hommes vivre en moyenne plus longtemps.

Est-ce que cela veut pour autant dire que la gente masculine est biologiquement prédestinée à passer en premier l’arme à gauche, notamment dans les pays développés? Une nouvelle étude publiée dans le prestigieux "British Medical Journal" en doute sérieusement après avoir compilé un nombre impressionnant de données.

Des différences qui ont varié au cours du temps

Pour étudier le sujet, les démographes de l’Université du Danemark du Sud ont passé en revue des statistiques concernant 199 populations différentes réparties sur tous les continents, entre l’an 1751 et 2020. Une base de travail qui permet de faire toute une série de comparaisons de mortalité à l’échelle continentale, nationale et régionale, toujours en faisant cette distinction entre les sexes.

Il s’avère ainsi de manière globale, pour quasiment chaque année depuis 1751, la probabilité pour un homme de vivre plus longtemps qu’une femme se situait entre 25% et 50%. Mais dans certains cas, cette probabilité était supérieure à 50%, et ce dans des régions très diverses à travers le monde. C’était par exemple une réalité en Iran entre 1950 et 1964 et en Irak entre 1960 et 1969. En Asie du Sud, c’était le cas encore plus récemment: avant 1985 au Bangladesh, en Inde et aux Maldives, puis entre 1995 et 2010 au Bhoutan.

Dans les pays développés aussi, les démographes ont remarqué que la différence de mortalité entre les sexes n’a commencé à véritablement se creuser qu’à partir de 1880. La probabilité que les hommes survivent aux femmes a diminué jusqu’aux années 1970 et depuis, la tendance tend à s’inverser mais que très progressivement.

De multiples facteurs sociologiques

Évidemment, l’étude a tenté de comprendre ce qui provoquait ces fluctuations. À la base, il y a notamment la réduction des inégalités entre sexes qui affectaient auparavant tout particulièrement les femmes. La mortalité féminine de moins de 50 ans a ainsi baissé de manière beaucoup plus rapide que celle masculine, notamment dans la première moitié du XXe siècle. Cela est particulièrement vrai pour la mortalité maternelle, qui a véritablement chuté.

Pour ce qui est des hommes, les universitaires pointent d’abord le fait que dans la plupart des pays, il y a plus de bébés garçons qui meurent que de bébés filles, ce qui fait déjà baisser la moyenne. Puis ce qui pèse beaucoup dans la balance, c’est l’épidémie de tabagisme qui a frappé beaucoup plus durement la genre masculine. Notons d’ailleurs que l’année 1880 citée auparavant correspond plus ou moins au début de la production industrielle des cigarettes.

Il y a aussi la tendance à prendre plus de risques à même de mettre en péril la vie des hommes. Ces derniers sont globalement plus susceptibles de succomber à des accidents et à des homicides dans la vingtaine et la trentaine. C’est particulièrement évident en Amérique latine depuis les années 1990. Au Mexique, la mortalité par homicide a ainsi contribué à faire chuté l’espérance de vie masculine par rapport à celle féminine. Après 40-50 ans, les hommes payent leur plus grande appétence au tabac et à l’alcool, ce qui se traduit à cet âge-là par une plus grande prévalence à développer un cancer (qui aboutit dans toute une série de cas à la mort dans la soixantaine).

Combattre les inégalités pour combler l’écart

À cause de ces désavantages, les hommes moins scolarisés ou célibataires ont en règle générale peu de chances aujourd’hui de survivre aux femmes, qu’importe le statut de ces dernières. Par contre, en l’état actuel, les hommes titulaires d’un diplôme universitaire ou mariés ont déjà plus de chances de vivre plus longtemps que de nombreuses femmes, surtout si elles sont moins scolarisées et célibataires.

"Il serait donc trompeur de dire que la moitié de la population est désavantagée par les différences sexuelles dans la durée de vie, les inégalités sont plus nuancées", notent les chercheurs. Avec leur étude, ils invitent à prendre en compte la globalité du problème, la durée de vie étant influencée l’état matrimonial, le revenu, l’éducation, le lieu de résidence, etc. "Ce constat implique qu’il faut aujourd’hui plus d’efforts que par le passé pour réduire les inégalités, pour un même écart d’espérance de vie", concluent-ils, en veillant à ce que les désavantages qui affectent encore les deux sexes soient tous combattus.

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