Pourquoi la fessée n’est toujours pas interdite en Belgique?

La Belgique est, avec l'Italie et la Tchéquie, le seul pays de l'UE à ne pas interdire clairement la fessée. Une campagne appelle à franchir le pas.

Illustration d'une fessée
Illustration d’une fessée sur un enfant @BelgaImage

Plusieurs acteurs et actrices des droits de l’enfant pressent vendredi les autorités belges d’adopter une loi afin de proscrire les violences éducatives ordinaires alors que plus de 60 États ont déjà voté pour une telle interdiction en Europe et ailleurs dans le monde. Une campagne de sensibilisation est lancée en parallèle afin de rappeler les enjeux d’une telle mesure.

Interdire pour protéger le "meilleur intérêt des enfants"

"La violence n’est jamais éducative. Il n’y a pas de gifle, de fessée, d’insulte ou d’humiliation sans conséquences négatives, parfois graves, sur la vie d’un enfant", exposent les associations à l’origine de cette campagne, parmi lesquelles figurent l’Unicef, le centre interdisciplinaire des droits de l’enfant ou encore le délégué général aux droits de l’enfant. "Il existe en revanche une panoplie énorme d’outils non-violents d’éducation qui peuvent la remplacer et nous projeter dans une société où les relations entre adultes et enfants, entre enfants, entre adultes eux-mêmes, seront apaisées et sereines", soulignent-elles.

À l’occasion de la journée mondiale de lutte contre les violences dites "éducatives ordinaires", qui se tient le 30 avril, ces différents acteurs exhortent le monde politique à accélérer l’adoption d’une telle interdiction "dans le sens du meilleur intérêt des enfants". Pendant la crise sanitaire, le nombre de signalements d’enfants ­maltraités a par ailleurs explosé. Il y a un an, des associations appelaient déjà la classe politique à agir, notamment par l’interdiction de la fessée.

Pour l’heure, comme le précise à La Libre le Délégué général aux droits de l’enfant, Bernard De Vos, deux propositions de loi sur la fessée sont actuellement à l’étude, "mais ça coince". "L’interdiction de ces violences ne figure, par exemple, ni dans le dernier décret portant le Code de l’Aide à la jeunesse, ni dans le décret Missions qui définit les missions de l’enseignement", précise-t-il, malgré les nombreuses séquelles laissées par ces actes.

Quand la loi change les comportements

La Suède a été, en 1979, le premier pays au monde à avoir promulgué une telle loi. Depuis lors, une soixantaine d’États se sont inscrits dans son sillage. "Dans les années 60 et le début des années 70, battre des enfants était une chose normale pour de nombreuses familles en Suède. Il y a eu un mouvement fort de la société civile, des organisations confessionnelles et des pédiatres qui ont pu constater les effets néfastes de la violence sur les enfants. Une proposition a donc été faite par les différents partis politiques au Parlement pour adopter une loi", se souvient Elisabeth Dahlin, Ombudsman for Children en Suède. Une fois la loi adoptée, une vaste campagne d’information a été mise en place. "Des publicités sur des briques de lait montraient différentes manières d’éduquer ses enfants plutôt que de les battre", raconte-t-elle.

Plusieurs études ont ensuite montré que la violence sur les enfants avait sensiblement diminué, trois ou quatre ans après son interdiction légale. "Ce qui est intéressant, c’est qu’une loi peut changer nos attitudes, puis nos comportements", commente-t-elle, dans une vidéo diffusée dans le cadre de la campagne de sensibilisation. "Chaque enfant, quel qu’il soit et où qu’il vive, a droit à une éducation non violente", rappelle par ailleurs Unicef. "Respecter l’intégrité de nos enfants, c’est la promesse d’un monde plus juste, plus pacifié. Finalement, c’est tout ce qu’on souhaite, non?", déclare de son côté Bernard De Vos, Délégué général aux droits de l’enfant. "Stop à la violence éducative, le futur appartient aux enfants", concluent les différents acteurs.

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