Le Covid a-t-il entraîné un boom des divorces?

Confinements, télétravail, tensions financières, enfants en quarantaine… La pandémie a mis bon nombre de couples à rude épreuve. Jusqu’à faire exploser le nombre de séparations? Les notaires et les tribunaux nous livrent en primeur leur dernier bilan.

Un couple prêt à divorcer
La Belgique est l’un des pays au plus fort taux de séparation. Chez nous, quatre mariages sur dix se terminent de la sorte. © Adobe Stock

Tous les signaux étaient au rouge. Lors du premier confinement provoqué par la crise sanitaire, au printemps 2020, les notaires et les tribunaux ont littéralement été pris d’assaut par les demandes de divorce. Si de nombreux fiancés ont décidé de postposer leur mariage pour le célébrer comme il se doit, sans masques et sans restreindre le ­nombre de leurs convives, de nombreux couples mariés ont explosé. L’été dernier, les premiers chiffres fournis par le Registre national pour l’année 2020 montraient ainsi une diminution de près de 25 % des mariages et une hausse des procédures de divorce de plus de 12 %.

Une situation symptomatique de la crise du Covid-19? “C’est surtout le premier confinement qui a été le plus critique pour les mariés belges, analyse Renaud Grégoire, notaire en province de Liège. On a vraiment senti que le lockdown avait créé des tensions au sein des couples car les conjoints se sont subitement retrouvés nez à nez alors qu’ils avaient plutôt l’habitude de se croiser. Beaucoup de couples habitent sous le même toit mais, en réalité, plutôt l’un à côté de l’autre que l’un avec l’autre.” Des ménages qui se sont retrouvés entre quatre murs mais ont dû également, pour certains, faire face à des conditions de vie plus précaires. Ce qui a encore augmenté les tensions et a poussé de nombreux couples à la rupture.

Sauf que les chiffres globaux de l’année 2020 n’ont pas été aussi dramatiques qu’escompté. Selon une enquête menée par Statbel, l’Office belge de statistique, les mariages ont diminué de 26 % la première année de pandémie, mais les divorces ont également enregistré une baisse générale de 5 %. Comment expliquer cette diminution alors que tous les indicateurs étaient à la hausse durant l’été 2020? Si les confinements ont effectivement envoyé de nombreux couples au tapis – Statbel a enregistré durant le mois de juin 2020 un boom des divorces de 33 %! -, les premiers chiffres ont été faussés par un effet de rattrapage.

Les tourtereaux se cachent pour mourir

De nombreux dossiers en effet n’ont pu être traités durant les lockdowns et sont ensuite venus encombrer les tribunaux et les études de notaire. Après ce pic estival record, on a donc noté un retour à la normale, c’est-à-dire une baisse du nombre de divorces, comme on le constate chaque année en Belgique. Mais les notaires appelaient néanmoins à la prudence. Le long traitement de certains dossiers allait-il à nouveau renverser la tendance en 2021 et faire exploser le nombre de séparations unilatérales ou par consentement mutuel?

un couple au bord de la séparation

Il sera peut-être bientôt possible de divorcer directement à la commune. © Adobe Stock

En exclusivité pour Moustique, la Fédération royale du notariat belge (Fednot) livre ses chiffres pour l’année 2021. “Nous avons enregistré 8.138 divorces, soit une baisse de 10,6 % entre 2020 et l’année dernière”, indique Sébastien Procureur. Alors que tous prédisaient un boom des séparations provoqué par la pandémie de Covid-19, les couples en sortiraient-ils, au contraire, plus unis que jamais? Pas si vite…

Plusieurs éléments peuvent expliquer cette tendance à la baisse, analyse Renaud Grégoire. D’un point de vue statistique, d’abord, il y a un recul des divorces parce que de moins en moins de gens se marient. Beaucoup de jeunes n’officialisent plus leur union, des divorcés ne se remarient plus. C’est une première explication sociétale. Ensuite, nos chiffres ne concernent évidemment que les divorces par consentement mutuel devant notaire et on constate que de nombreux couples ne choisissent plus cette procédure.

En effet, bien souvent, la liquidation des comptes des futurs ex-conjoints ne pose pas de problèmes. Prenons l’exemple d’un couple qui loue un appartement ou une maison et dont chaque moitié ­dispose d’une voiture à crédit. On résilie le bail et chacun repart avec son véhicule. Basta. Plus besoin de notaire, on demande directement au tribunal de prononcer le divorce, on paie entre 50 et 100 euros de mise au rôle et l’affaire est réglée. “Cette baisse des divorces par consentement mutuel peut aussi s’expliquer par la pandémie, les confinements et quarantaines. Il a été en effet plus compliqué de réunir les parties devant un notaire pour se mettre d’accord sur les conventions.”

L’infidélité en crise

Mais d’autres éléments, moins politiquement ­corrects, peuvent aussi expliquer cette régression des divorces en temps de crise sanitaire… “Il y a eu aussi beaucoup moins de tentations en 2021, poursuit le notaire. Plus de sorties en boîte, de fêtes de mariage, de dîners entre collègues, de voyages d’affaires… Autant d’occasions en moins de rencontrer des personnes qui vous font prendre conscience que votre couple prend l’eau.” Comprenez: moins de possibilités d’adultère. Or, environ 30 % des divorces sont causés par l’infidélité. Ou du moins achoppent sur ce symptôme. “De nombreux ­couples ont aussi reporté leurs projets de vacances l’année dernière. Et les notaires le constatent chaque année, il y a davantage de demandes de divorce en septembre et octobre à la fin des congés d’été. Parce que les vacances ont exacerbé les problèmes des couples ou parce que l’un des conjoints a été infidèle. C’est un moment où on lâche un peu la bride.

Si la majorité des divorces en Belgique se font devant notaire, une partie d’entre eux se déroule donc directement devant les tribunaux. Y observe-t-on la même tendance à la baisse? Le ministère de la Justice nous livre également ses premiers chiffres. “Le service des statistiques du collège des cours et tribunaux nous transmet le nombre de 9.935 affaires de divorces pour désunion irrémédiable closes en 2021 devant les tribunaux de la famille, indique Christine-Laura Kouassi du SPF Justice. Des premières données à prendre avec prudence car elles peuvent être légèrement affectées par la manière dont elles sont encodées.” En additionnant ces chiffres à ceux de la Fédération des notaires, on obtient donc un premier bilan global d’environ 18.000 divorces prononcés l’année passée en ­Belgique. Soit une baisse de 15 % des séparations légales par rapport à 2020! Nouveau (beau) record. Reste à savoir si le retour des tentations, annoncé prochainement, engendrera oui ou non ce boom tant redouté des divorcés de la pandémie.

Divorces éclairs

Cette tendance serait principalement liée à la simplification des procédures. Auparavant, il fallait avancer une raison pour demander le divorce au tribunal, comme un adultère, par exemple. Aujourd’hui, l’impossibilité de poursuivre une vie commune suffit et la séparation peut être demandée au juge sur simple requête. Bien. Mais certains élus voudraient encore démocratiser l’accès au divorce. La députée fédérale ­Kristien Van Vaerenbergh (N-VA) propose ainsi d’alléger la charge des juges et d’octroyer aux ­officiers de l’état civil le pouvoir de dissoudre les couples mariés ­lorsque la séparation est déjà un fait.

Selon la députée, interrogée par La Libre, faciliter le divorce pour les désunions irrémédiables devrait laisser plus de place à la médiation, moins coûteuse, mais aussi plus efficace. “Une médiation est le fruit d’un accord à l’amiable entre chaque partie, un accord plus facile à trouver et dès lors plus facile à respecter. C’est aussi une piste moins douloureuse pour les couples avec des enfants. Un jugement de la part d’un tribunal cause parfois du tort au noyau familial. L’objectif n’est pas non plus de désengorger les tribunaux de la famille pour noyer les administrations communales. Mais une partie de cette tâche administrative est déjà prise en charge par les ­communes. L’idée, c’est de faire en sorte que les administrations reprennent entièrement cette fonction.” Pourra-t-on dès lors prochainement se rendre à son administration communale pour divorcer? Son texte sera débattu cette semaine en commission Justice de la Chambre.

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