La souffrance des familles face aux frais scolaires

En primaire et en secondaire, les frais scolaires sont encore trop élevés et parfois illégaux, dénonce la Ligue des Familles, qui veut une vraie gratuité à l'école.

 

Les coûts scolaires sont trop chers. - BELGA

L’enseignement est gratuit en Belgique et, chaque année, à quelques jours de la rentrée, la Ligue des Familles tient à le rappeler. Car, dans les faits, les frais scolaires engendrés par certains établissements pèsent encore lourdement sur les familles, insiste l’organisation qui a donné la parole à sept d’entre elles, aux profils variés, mais unies face aux difficultés financières que représentent la scolarité.

« L’année passée, le matériel scolaire de mes trois enfants m’a coûté 750 euros, témoigne un parent. C’est la moitié de ce que je touche chaque mois ! Pour payer ça, je retire 50 euros de mon budget tous les mois. Il y a des moments où on doit absolument se serrer la ceinture. » Un ordre de priorité s’installe dès lors au quotidien. Pour pouvoir payer l’école et « les 600 euros pour une classe de neige », de nombreux parents doivent renoncer à leurs propres vacances, des restaurants, des sorties, voire même à de la nourriture. En effet, pour les familles les plus précarisées, il arrive un moment où il faut faire un choix entre l’école des enfants et remplir le frigo.

Préoccupation constante

Chaque dépense doit donc être anticipée. Ce qui représente une charge mentale importante pour les parents, principalement pour les mamans qui sont le plus souvent à la manœuvre. « On a beau essayer d’anticiper, on oublie, d’autres factures tombent toujours au moment où on ne l’attend pas forcément et puis mince, on trouve la facture de l’école dans le journal de classe. Et on se dit qu’il va bien falloir la payer celle-là aussi », témoigne l’une d’entre elles. « Parfois, l’école nous oblige à acheter certaines marques, plus chères que les marques blanches. Alors, j’imprime la liste en juin, et je la mets dans mon portefeuille. Quand je fais les courses et que je vois une promo, je ramène une boîte. Comme ça, petit à petit, j’y arrive. J’ai toujours ça en tête. Même quand l’école est fermée, en juillet ou en août, je continue d’y penser ! » confie une autre.

Cette mère de famille souligne un autre point dénoncé par la Ligue des familles. Toujours trop nombreux, les frais scolaires sont parfois illégaux, comme l’obligation d’acheter certaines marques ou de payer les photocopies. Malgré tout, les parents s’exécutent, ce qui rend ces difficultés difficilement perceptibles. Le problème est que d’une part, beaucoup ne savent pas ce qui est autorisé et ce qui est interdit. D’autre part, même si les parents étaient au courant, beaucoup n’oseraient pas s’opposer à l’école par crainte d’observer des répercussions sur leurs enfants par la suite.

Jusqu’à l’exclusion

En revanche, il arrive que des parents n’arrivent pas à payer. Et dans ces cas-là, ils peuvent subir des coups de pression de l’établissement et leurs enfants, des situations humiliantes. « Une fois on a pas su payer la piscine, alors mon fils est resté sur le banc. Il regardait les autres. Milliard, c’était dur », explique un père. Parfois, cela va beaucoup plus loin. Les parents, et leurs enfants, se retrouvent poussés vers la sortie. « Parfois, les enseignants nous disent qu’il faut changer d’école. Parce qu’on a signé, parce que c’est dans le règlement, les sorties sont obligatoires. C’est le projet pédagogique », confie une mère. Les frais scolaires deviennent ainsi un vecteur de tri social au sein de certains établissements, qui veulent attirer les plus riches. Ce qui n’est pas sans conséquence sur le parcours scolaire des autres enfants désavantagés puisque, on le sait, « l’avantage dont jouissent les enfants de milieux favorisés passe notamment par l’accès à des contextes de meilleure qualité », rappelle La Ligue des Familles.

Pour réduire cette iniquité du système scolaire, l’organisation demande que la gratuité des fournitures scolaires, instaurée progressivement dans l’enseignement maternel, soit étendue à l’enseignement primaire et secondaire. Elle demande également le plafonnement du coût des voyages à l’école primaire, qui peuvent monter actuellement jusqu’à plusieurs centaines d’euros chaque année. Mais comment réaliser un tel idéal ? « Cela implique de veiller à un financement adéquat des écoles, afin que la gratuité ne soit pas perçue comme un frein à l’organisation de certaines activités ou à la bonne qualité de l’enseignement. » Ce qui était prévu dans le Pacte pour un enseignement d’excellence dont on attend toujours la concrétisation.

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