Cruauté envers les animaux : est-elle synonyme de violences envers les humains ?

De nombreuses études se sont penchées sur la question.

La cruauté envers les animaux est-elle synonyme de violences envers les humains ?
© Unsplash

Un fait de cruauté envers un animal a fait parler en ce début de semaine dans la commune de Wanze (province de Liège). Un petit bichon, qui venait d’être adopté, a été égorgé par son nouveau maître. Les voisins de cet homme, qui habite dans une résidence-service, demandent maintenant son expulsion : « Moi, j’ai peur de cet individu, il est capable de tuer un chien, il peut faire d’autres dégâts », a déclaré une résidente de l’immeuble, interrogée par Sudinfo.

La cruauté envers les animaux est-elle synonyme de violences envers les humains ? L’addictologue, professeur de psychologie sociale, et membre de l’Institut universitaire de France, Laurent Bègue-Shankland, s’est penché sur la question, dans un article paru dans The Conversation.

Une corrélation

Depuis les années 1960, les liens entre les troubles psychiatriques et la maltraitance animale ont fait l’objet de nombreuses études. Pas moins de 96 publications traitant de ce sujet sont parues dans la revue scientifique Research in Veterinary Science depuis cette date. « Dans 98 % des articles, une corrélation entre les violences envers des humains et la maltraitance animale était effectivement relevée », renseigne le professeur.

A lire aussi : Belgique : un éleveur de chevaux multirécidiviste en matière de maltraitance animale écope de cinq ans avec sursis

En outre, les individus responsables de cruauté envers les animaux ont souvent eux-mêmes été témoins ou victimes de violences physiques, sexuelles ou psychologiques par le passé. Selon une étude de l’université de Denvers, les enfants victimes de violences sexuelles ont cinq fois plus de chances d’être auteurs d’actes de violence envers les animaux que les autres enfants. « Cependant, il faut souligner qu’il existe une grande variété de modalités de violences envers les animaux, ainsi que d’espèces animales maltraitées, qui toutes n’ont pas la même signification », ajoute le professeur de l’université de Grenoble Alpes.

Toutes les méthodes de violence ne se valent pas, précise l’article. En effet, plus la proximité physique est forte lors de l’acte de cruauté (frapper, donner un coup de pied, poignarder, bruler…), plus le risque de violences envers des humains augmenterait, selon une étude américaine réalisée sur 257 détenus. D’autres méthodes, comme l’utilisation d’une arme à feu, permettraient une certaine distance physique entre l’auteur et l’animal et donc un « plus grand détachement ».

A lire aussi : Maltraitance animale: la nouvelle vidéo choc de L214

Limite des études

Cependant, toutes les études sur le sujet ont une limite en raison des échantillons sur lesquels elles s’appuient. Bien souvent, ces études sont réalisées sur des personnes incarcérées, voire des tueurs en série, et les résultats ne sont jamais comparés à ceux de la population générale. Or, il s’agit d’une comparaison importante à prendre en compte pour déterminer si la cruauté envers les animaux est synonyme de violences envers les humains : « Une deuxième difficulté résulte de ce que très souvent, les faits de cruauté envers les animaux ne sont pas dénoncés (ou le sont moins dans certains contextes culturels), ou ne sont pas enregistrés ».

Pour répondre à ces limitations, une étude épidémiologique de l’université de Saint-Louis, aux Etats-Unis, a constitué un échantillon anonyme représentatif de 43.000 personnes. Les résultats montrent que le taux de délinquante était bien plus élevé chez les personnes ayant commis des actes de cruauté envers les animaux que chez ceux qui n’en avaient jamais commis.

A lire aussi : Abattage sans étourdissement: Hugo Clément menacé de mort après avoir pris position

D’autres chercheurs, français cette fois-ci, ont étudié 12.300 élèves âgés de 13 à 18 ans. Leur enquête a démontré que les adolescents responsables de violences envers les animaux, étaient aussi plus fréquemment auteurs de harcèlement scolaire.

Toujours selon cette étude, les élèves qui estiment qu’il existe une « différence fondamentale de valeur » entre les humains et les animaux ont plus de probabilités d’avoir commis des sévices envers ces derniers. Pour Laurent Bègue Shankland, ce résultat suggère, qu’au-delà des facteurs psychopathologiques qui affectent les auteurs de maltraitance animale, la hiérarchie des espèces peut, elle aussi, conduire à de la violence.

Sur le même sujet
Plus d'actualité