Nouvel An: des radars dévoilent la panique des oiseaux après les feux d'artifice

Les feux d'artifice du 1er janvier provoquent des envols massifs d'oiseaux, comme le prouvent les radars météorologiques. Un phénomène loin d'être anecdotique.

Feu d'artifice à Bruxelles
Feu d’artifice à la Place des Palais de Bruxelles lors du passage au Nouvel An 2023 ©BelgaImage

Ce 1er janvier, à minuit, le monde entier était en fête. Partout les feux d'artifice ont illuminé le ciel, pour le plus grand plaisir des humains. Mais pour la faune, l'heure était plutôt à la panique générale. En témoignent les images radars des instituts météorologiques belge (IRM) et néerlandais (KNMI). Lors du passage à la nouvelle année, ceux-ci ont en effet détecté non seulement les zones de précipitations mais aussi des déplacements de masse d'oiseaux, effrayés par ce festival pyrotechnique XXL.

Le ciel belge rempli de feux d'artifice... et d'oiseaux

Depuis plusieurs années, l'IRM et la KNMI rendent public le résultat de leurs radars météo le jour du Nouvel An, en collaboration avec l'université d'Amsterdam. Ceux-ci permettent en effet de détecter les oiseaux volant jusqu'à une altitude de 500 mètres et à chaque fois, le 1er janvier à minuit, c'est le même rituel. Les volatiles paniquent et le passage en 2023 n'a pas échappé à la règle.

En témoignent les images prises ce dimanche au-dessus de Helchteren, près de Hasselt (province du Limbourg). Contrairement à la moitié des communes flamandes, celle-ci n'avait pas interdit les feux d'artifice le 1er janvier. Un choix qui a eu des conséquences directes pour les oiseaux. Sur le radar, ceux-ci apparaissent sous la forme de taches qui se multiplient et deviennent omniprésentes à minuit, signe de leur agitation à ce moment-là.

Mesures radar de Helchteren lors du passage à l'an 2023 ©UVA

À Zaventem aussi, l'IRM a détecté ce pic d'activité inhabituel. Durant toute la soirée du 31 décembre, le radar a détecté un taux assez stable de densité mesurée d'oiseaux par km², avec un indice d'environ 2. Lorsque minuit sonne, ce chiffre monte subitement à 40, avant de retomber brutalement à son niveau originel.

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L'effroi jusque dans les zones naturelles

Les autres années, des constatations similaires avaient été réalisées, parfois à grande échelle comme lors du passage en 2021. La KNMI avait alors réalisé une animation radar sur tout le sud des Pays-Bas. Le constat est saisissant: une grande partie de la carte s'illumine dès minuit, preuve qu'un nombre important d'oiseaux s'envolent d'un coup à cette heure-là sur une large partie du territoire.

Animation d'images radar du sud des Pays-Bas avant et après le passage à l'année 2020/2021 ©IRM/KNMI

 

«Des densités élevées d'oiseaux sont constatées dans l'espace aérien du radar pendant 45 minutes après le début des feux d'artifice», note l'Université d'Amsterdam dans son analyse du phénomène. «Les densités les plus élevées ont été observées dans les prairies et les milieux humides, y compris dans les sites de conservation de la nature, où des milliers d'oiseaux aquatiques se reposent et se nourrissent en hiver».

Si on remonte un peu plus dans le temps, on trouve le même type d'images, cette fois le 1er janvier 2014 en Belgique, et plus précisément en Flandre occidentale. Ici encore, un grand calme règne jusqu'à ce que les feux d'artifice apparaissent. Il faut près d'une demi-heure pour que la plupart des oiseaux reviennent au sol. À nouveau, ceux-ci ont été surtout détectés dans les zones humides comme la réserve naturelle De Blankaart et les polders entre Bruges et Zeebruges.

Animation radar montrant les mouvements d'oiseaux lors du passage en 2014 en Flandre occidentale ©IRM

Une panique pas sans conséquences

Pour les scientifiques, ce phénomène n'est pas anodin. Comme le note l'Université d'Oxford en réaction aux radars belgo-néerlandais, juste après le passage au Nouvel An, les oiseaux «montent jusqu'à des altitudes de 800 mètres, ce qui dépasse de loin celles que ces oiseaux atteindraient habituellement». Normalement, ces altitudes sont celles atteintes lors de migrations et ils y restent jusqu'à 45 minutes après minuit en groupes denses. «Il est probable que ces vols soient énergétiquement assez coûteux et stressants pour les oiseaux. C'est un investissement inattendu, sans compter la nécessité de se réinstaller dans un endroit sûr au milieu de la nuit». Une étude de 2011 constate aussi que les feux d'artifice pourraient perturber le sommeil des oiseaux ainsi que leur recherche de nourriture, ceux-ci étant désorientés. Au total, les chercheurs estiment que «plusieurs millions d'oiseaux pourraient être touchés» rien qu'aux Pays-Bas.

Quel est l'impact à long terme de cette zizanie du Nouvel An? La question reste en suspens. «Bien que nous ne nous attendions pas à ce que ces vols mettent généralement leurs vies en danger, il peut y avoir d'autres effets indirects», note l'université d'Oxford. «La capacité immunitaire pourrait par exemple être réduite, ce qui pourrait augmenter le risque de contracter des maladies ou la capacité de faire face à des conditions météorologiques difficiles. De plus, il pourrait y avoir des coûts physiologiques résultant d'une réaction de stress aux feux d'artifice». La panique provoquée par les feux d'artifice pourrait enfin provoquer des collisions avec des objets statiques. En 2011, plus de 5.000 cadavres de merles à épaulettes ont été retrouvés à Beebe dans l'Arkansas, au lendemain du Nouvel An, probablement pour les mêmes raisons.

Rappelons pour conclure que les oiseaux ne sont pas les seuls animaux perturbés par les festivités de la Saint-Sylvestre. Un article du New Zealand Veterinary Journal notait en 2011 que 46% des propriétaires de chats et de chiens avaient remarqué la crainte de leurs compagnons lors de l'explosion des feux d'artifice. Dans le détail, les chats avaient plus tendance à se cacher ou à afficher un état anormal d’inhibition comportementale, alors que les chiens soit vocalisaient leur détresse soit fuyaient purement et simplement. Une étude parue dans la revue Animals précise enfin qu'il en est de même avec les chevaux, avec une panique qui représente «la norme plutôt que l’exception».

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