Pourquoi y a-t-il eu +50% de méthane en 2020? On a désormais la réponse

Une étude a découvert les raisons se cachant derrière l'énorme augmentation des émissions de méthane. Des constats inquiétants pour les années à venir.

Extraction de pétrole
Extraction de pétrole, source d’émissions de méthane ©BelgaImage

En 2020, un chiffre provoque un choc chez les scientifiques. Cette année-là, le taux de méthane dans l'atmosphère a bondi subitement de 50% (par rapport à 2019). Une hausse inattendue et surtout inexpliquée. Pourquoi cette augmentation alors que le monde entier était sous lockdown, y compris les entreprises qui émettent ce composé chimique? La question mérite d'être posée, vu que le méthane a un pouvoir de réchauffement global (GWP) près de 25 fois supérieur à celui du CO2. Ce 14 décembre, une nouvelle étude publiée dans Nature fait la lumière sur cette énigme restée jusqu'ici mystérieuse.

Milieux humides et trafic routier

Pour comprendre quelle était l'explication derrière ce phénomène, les chercheurs ont analysé les données d'émissions et de concentrations atmosphériques. Il en ressort que la moitié de cette hausse de 50% est liée aux milieux naturels riches en méthane. C'est le cas par exemple du permafrost, qui en dégelant libère les composants qu'il détenait. Le gros du problème ne viendrait toutefois pas des sols gelés dans les régions polaires. Ce que l'étude pointe surtout, ce sont les zones humides (marécages et tourbières). Ces régions ont reçu plus de précipitations et ont subi des températures plus élevées, ce qui a allongé la période durant laquelle ont lieu ces émissions de méthane.

L'autre grande explication, c'est paradoxalement... la baisse du trafic routier. Les voitures émettent en effet des oxydes d’azote (NOx), qui deviennent ensuite des radicaux OH sous l'effet du rayonnement solaire. Or ces radicaux OH permettent d'éliminer une bonne partie du méthane dans l'atmosphère. Avec le confinement, il y a certes eu moins d'émissions de CO2 mais aussi, in fine, moins de radicaux OH, donc plus de méthane.

Des craintes pour l'avenir

Reste un souci: en 2021, les taux de méthane ont augmenté de nouveau. Pourquoi? C'est la grande question. Les transports sont seulement partiellement revenus à leur niveau pré-pandémique. Autrement dit, les radicaux OH ont pu faire leur grand retour, mais pas totalement. Les chercheurs sont par ailleurs d'avis que «des mécanismes différents de ceux responsables de 2020» seraient en jeu ici. «On est par conséquent dans l'attente d'une explication», écrivent-ils.

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L'étude émet pour finir une remarque à ce propos: «Notre étude souligne que les améliorations futures de la qualité de l'air, avec des émissions réduites de NOx, pourraient augmenter la durée de vie du méthane dans l'atmosphère, et nécessiteraient donc une plus grande réduction des émissions de méthane pour atteindre l'objectif de l'Accord de Paris». Concrètement, il ne suffira pas de lutter contre les émissions de CO2 avec notamment les voitures électriques pour réussir le pari climatique. Il faudra aussi s'attaquer au problème du méthane à sa source. Tout un programme, alors que le réchauffement climatique menace toujours plus les milieux humides, sans oublier le méthane issu de l'industrie, de l'agriculture ou encore des feux de forêt.

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